Entretien

Cloud souverain : Quelles sont les ambitions d'OVH vis-à-vis des hyperscalers qui scrutent ce marché ?

Avec trois data centers certifiés SecNumCloud, OVHcloud veut accélérer sa stratégie pour proposer un "cloud de confiance ouvert, réversible et transparent". Ce marché intéresse aussi grandement les hyperscalers qui multiplient les stratégies pour s'ancrer sur le sol français et obtenir le précieux sésame par l'Anssi. L'Usine Digitale a pu échanger avec Caroline Comet-Fraigneau, VP France & Benelux & Africa Middle East d'OVHcloud, sur sa position vis-à-vis de ces mastodontes.

 

OVHcloud
OVHcloud

L'Usine Digitale : Dans le cadre du sommet Choose France, Microsoft a annoncé un investissement de 4 milliards d'euros dans l'infrastructure cloud et l'intelligence artificielle. Certaines entreprises françaises se sont émues de cette situation en particulier pour la souveraineté des données. Alors, bonne ou mauvaise nouvelle ?

Caroline Comet-Fraigneau, VP France & Benelux & Africa Middle East d'OVHcloud: L'événement en lui-même veut que cela récompense des investissements étrangers quel que soit le domaine. Là-dessus, pas de surprise. Cela montre aussi qu'il y a des vrais besoins, des vraies attentes sur le sujet et donc il est important d'investir. C'est ce que nous faisons chez OVHcloud : nous investissons de façon significative dans les infrastructures que ce soit en France ou à l'international. La France représente 49% du chiffre d'affaires d'OVHcloud, ce qui montre que nos produits ont du succès au-delà des frontières françaises. Nous investissons aussi dans la partie "intelligence artificielle" et dans les GPU. Notre objectif est de pouvoir en permanence offrir des capacités de calcul à nos clients.

De son côté, OVHcloud parle d'un "cloud de confiance ouverte, réversible et transparent". Qu'est-ce que cela signifie en pratique ?

C'est notre promesse. Quand on parle de "réversibilité", sur l'aspect technologique, il s'agit de proposer sur des technologies que vous allez retrouver ailleurs que ce soit de l'open source ou non. Nous n'avons aucun produit qui n'est que chez OVHcloud. C'est un point important. C'est aussi une réversibilité commerciale : il n'y a pas de frais excessifs pour récupérer ses données.

La transparence fait partie de notre ADN. En plus de l'open source, nous essayons toujours de promouvoir des modèles tarifaires qui vont être les plus clairs et les plus simples possible. Nous proposons ainsi une enveloppe tarifaire prédictive pour que les clients n'aient pas de mauvaises surprises. Le fait d'être "ouvert" passe également par notre participation à Gaia-X afin de promouvoir des standards interopérables. De manière plus globale, nous ne voulons pas que le cloud soit une prison pour nos clients.

Dans le détail, combien de zones certifiées SecNumCloud avez-vous ?

Nous disposons de trois régions SecNumCloud : Roubaix, Gravelines et Strasbourg. Ce qui permet aux clients d'avoir un très haut niveau de résilience en cas de problème. Avec cette offre, nous répondons à la fois à des critères de sécurité qui sont renforcés par rapport à une offre de standard mais également à des critères de souveraineté (localisation des données, accès, réalisation des opérations…). C'est un point clé : nous ne sommes pas soumis à des lois extra-territoriales.

Quelle part de marché représente cette offre ?

Je ne parlerais pas chiffre mais ce que je peux vous dire c'est qu'aujourd'hui, nous sommes leader sur ce marché en matière de parts de marché. Mais cela reste une activité qui est quand même limitée par rapport à l'ensemble de notre portefeuille.

Qui utilise cette offre ? Avez-vous des noms à communiquer ?

L'une des plus belles références est l'Agence pour l'informatique financière de l'État (AIFE) avec toute la facturation des entreprises. C'est un très gros projet de l'Etat qui s'appuie sur nos trois régions pour avoir un très fort niveau de résilience.

Vous faites donc partie des rares à avoir obtenu le label SecNumCloud, avec Cloud Temple, Oodrive, Outscale et Worldline. Craignez-vous que des entreprises américaines par le biais d'offres hybrides – je pense à S3NS (Thales et Google) et Bleu (Orange, Capgemini et Microsoft) – puissent également l'obtenir ?

Déjà, pour l'instant, elles n'y sont pas et ne font pas partie des acteurs qui ont ce type de qualification. Je pense que ce sont des offres qui vont l'objet d'une forte dépendance technologique. Nous-mêmes, nous avions tenté ce type de partenariat et nous avions vu que cela pouvait être compliqué à maintenir dans le temps car cela nécessite de maintenir un produit complètement séparé. Cela peut avoir un impact sur la structure de coût et donc avoir des offres qui vont être très chères.

De notre côté, nous élargissons notre portefeuille de produits avec Bare Metal qui va arriver très prochainement et Public Cloud en 2025. L'objectif est de proposer un éventail très large de solutions à nos clients. Aujourd'hui, c'est quelque chose qui tourne et qui est reconnu, la plupart des ministères travaillent avec nous. Nous sommes confiants sur notre positionnement et surtout la façon dont cette offre va évoluer avec l'objectif de rester bien positionner sur le rapport prix/performance.

OVHcloud est également certifié "Hébergeur de données de santé" (HDS), référentiel dont la nouvelle version a récemment été publiée. Une lettre ouverte, à laquelle vous avez participé aux côtés d'Outscale (filiale cloud de Dassault Systèmes), Cloud Temple, Docaposte (filiale numérique du groupe La Poste), Oodrive, demande d'aller encore plus loin et d'aligner les exigences de HDS sur celles de SecNumCloud. Pourquoi ?

Ce serait quand même un avantage de simplifier un peu ce paysage réglementaire. A chaque fois, nous avons des exigences un peu différentes. Nous trouvons que le label SecNumCloud est celui qui protège le mieux les données des Français et les données industrielles. Précisons également le secteur de la santé est devenu un secteur extrêmement critique dans lequel les personnes ont besoin d'être rassuré sur la façon dont les données de santé vont être utilisées.

Parlant des données de santé, il y a aussi le fameux sujet du Health Data Hub. OVHcloud candidate à la succession de Microsoft pour héberger cette base de données de santé. Où en sont les discussions ?

Nous restons en relation avec les autorités compétentes. En pratique, l'une des exigences qui est demandée par le Health Data Hub est d'avoir une offre de cloud public avec l'ensemble des services. Notre offre de cloud public va être qualifiée SecNumCloud est 2025, ce qui permettra notamment de répondre à cette exigence. C'est cohérent avec ce que l'on veut proposer au marché.

Que répondez-vous aux personnes qui estiment que les acteurs français n'ont pas la capacité d'héberger autant de données et de proposer des services ?

Héberger les données en quantité, cela ne pose aucun souci. Nous avons des fortes capacités. Nous nous occupons par exemple des données de cartographie de l'Institut national de l'information géographique et forestière (IGN) dans le cadre de son application. En revanche, il y a un chemin à faire pour avoir l'ensemble des services, notamment en qualification SecNumCloud. C'est là-dessus que nous travaillons.

Certains ont pris le parti de se rapprocher pour être plus puissants, tel que Numspot qui regroupe Dassault Systèmes, Docaposte, la Banque des territoires. Qu'en pensez-vous ?

Depuis le début, nous avons une démarche dite d'écosystème. Nous croyons fortement dans le fait qu'il faille soutenir un écosystème français, à l'image de Michel Paulin qui s'est investi dans le Comité stratégique de filière "Solutions numériques de confiance". Cela ne passe pas forcément par des constructions de nouvelles sociétés. Nous, nous soutenons l'écosystème des start-up, et particulièrement dans le quantique, celui des éditeurs de logiciels avec notre programme Open Trusted Cloud, et celui des partenaires intégrateurs.

Au niveau européen, le schéma européen de certification cloud (EUCS) est toujours en discussion. La dernière version du texte avait supprimé les exigences de souveraineté des données pour le niveau le plus élevé en les remplaçant par des obligations de transparence beaucoup moins strictes. Quelle est la position d'OVHcloud sur ce sujet ?

Nous sommes très alignés avec la position de l'Etat français qui souhaite qu'il y ait des critères de souveraineté et que cela ne remet pas en cause la qualification SecNumCloud. Maintenant voilà nous voyons bien que tous les pays ne sont pas alignés en Europe et que nous avons donc du mal à aboutir sur ce sujet.

Etes-vous inquiète à l'idée que cette dernière version puisse être la version finale de l'EUCS, ce qui amoindrirait la valeur de SecNumCloud ?

Inquiétude non car cela ne bouleverserait pas notre positionnement. Maintenant, nous avons fait des investissements… Ce n'est pas un bon signal que passerait l'Europe à l'écosystème européen. Après, l'Etat français dit que de toute façon il ne remettra pas en cause SecNumCloud.

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