Avocat de formation, Sylvain Staub a très rapidement compris que le Règlement général sur la protection des données (RGPD) allait être "un changement complet de paradigme", explique-t-il à L'Usine Digitale. Il n'a donc pas hésité à se lancer à nouveau dans l'aventure entrepreneuriale, après avoir créé "plusieurs entreprises et associations" : Data Legal Drive voit le jour en mai 2018, au moment de l'entrée en vigueur du RGPD (25 mai 2018).
En réalité, "l'aventure a commencé bien avant", raconte-t-il. L'avocat de formation s'est spécialisé dès ses débuts en 1997 "en droit de la propriété intellectuelle, droit de l'informatique et des données personnelles". "A cette époque, les données personnelles intéressaient peu de personnes", relève-t-il. Après plusieurs collaborations dans des cabinets, il lance son propre cabinet : "Staub & Associés" en 2004, spécialisé en IT/IP, qui comptait une dizaine de collaborateurs. Le cabinet a désormais rejoint le bureau parisien de DS Avocats.
Accompagner les DPO dans la mise en conformité
L'adoption du RGPD marque un tournant dans sa carrière. "S'il y avait une nouvelle conformité et un nouveau métier [celui de DPO], il fallait forcément travailler avec un logiciel métier", explique-t-il. Ne trouvant pas de solution satisfaisante sur le marché, il décide de créer un nouveau logiciel adressé au délégué à la protection des données (DPO), figure centrale instaurée par le texte européen. Après un POC n'ayant pas fonctionné, Sylvain Staub – actuel CEO de Data Legal Drive – conçoit "une version bien meilleure". Prochaine étape : "trouver des développeurs pour coder ce que j'avais dessiné". Une équipe qu'il trouve auprès de sa femme, Maÿlis Staub, qui avait créé "une société de business intelligence plusieurs années auparavant". C'est ensemble qu'ils créent Data Legal Drive.
Le logiciel a passé l'étape de l'industrialisation avec le recrutement d'un directeur commercial, Emmanuel Lecerf, ancien d'IBM, qui a depuis pris la direction générale de l'entreprise, relate le CEO. "Nous sommes monté en capacité en 2019 et 2020, ajoute-t-il. En 2021, nous avons triplé les effectifs". Aujourd'hui, la legaltech compte 50 salariés, dont 20 sont localisés à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) pour des raisons historiques. Elle présente un index de l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes de 91, un score au-dessus de la moyenne nationale de 88.
Plus de 3000 clients
Côté clients, la start-up en compte "plus de 3000" correspondant à "50 000 utilisateurs" répartis dans 120 pays. A ce titre, le logiciel est traduit dans 10 langues. "La moitié de nos clients est des ETI ou des grands comptes, tels que Pôle Emploi, Action Logement, la Métropole de Lille ou encore Veolia, La Poste, Lactalis…", précise le juriste. Il ajoute que cette diversité est un réel atout : "nous travaillons en forte synergie avec les DPO et leurs référents". Ceux-ci n'hésitent pas à faire des retours à l'entreprise pour améliorer le logiciel. "L'analyse des risques et le suivi du plan d'action sont deux sujets sur lesquels nous sommes en perpétuelle amélioration de manière à pouvoir tenir compte de leurs besoins", relève-t-il.
Depuis sa création, Data Legal Drive a bouclé deux levées de fonds, de 1,5 million d'euros en 2019 et de 2 millions d'euros en 2021, auprès du groupe Lefebvre Dalloz. Aucun tour de table n'est prévu pour l'instant, confie le CEO. "Aujourd'hui, nous sommes à l'équilibre, indique-t-il. Nous poursuivons notre croissance de manière organique avec énormément de choses à créer." En premier lieu : l'intelligence artificielle. L'entreprise a recours à cette technologie pour traiter les remontées des clients par exemple. "Nous avons un outil qui nous permet de modéliser extrêmement rapidement une roadmap en fonction de l'ensemble des demandes", détaille-t-il.
Un nouveau tournant avec l'AI Act
L'adoption de l'Artificial Intelligence Act, un texte en cours de négociation devant les instances européennes sur l'encadrement de l'IA, va faire évoluer le métier de DPO, analyse Sylvain Staub. "Ils auront de plus en plus un rôle opérationnel très en lien avec la technique", ajoute-t-il. Data Legal Drive est déjà sur le coup. Elle a développé un modèle qui leur permet "d'avoir une première vision de la légalité de l'intelligence artificielle qui est utilisée dans l'entreprise, en fonction de sa criticité". Une manière de répondre en partie à la future règlementation européenne. "Nos clients sont très vigilants dès maintenant sur la manière avec laquelle ils conçoivent, utilisent et vendent les modules d'IA dans leurs activités", relate-t-il.


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