Comment LexisNexis a développé son IA générative protectrice des données

Depuis octobre dernier, LexisNexis commercialise Lexis+ AI, présenté comme un assistant reposant sur une IA générative. Le but : aider les professionnels du droit à naviguer plus naturellement dans ses contenus et à rédiger plus rapidement leurs propres contenus (contrat, clause, mémo...). Le tout en protégeant leurs données. Le service doit arriver d'ici quelques mois pour les cabinets français. 

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Les attentes des professionnels du droit envers l'intelligence artificielle générative sont fortes. 77% d'entre eux pensent que cette technologie augmentera leur efficacité et près de la moitié prévoit de l'utiliser au quotidien, d'après une étude menée par LexisNexis en octobre 2023 auprès de juristes travaillant en France. L'éditeur juridique, qui compte près de 115 000 utilisateurs, croit dans son potentiel. Mais pas à n'importe quelle condition. La protection et la sécurisation des données doivent être mises au centre des préoccupations.

Démarche collaborative

La filiale du groupe Relx a annoncé la commercialisation de son IA générative, baptisée "Lexis+ AI", aux Etats-Unis dans un premier temps. Cet "assistant sécurisé et puissant" a nécessité "6 à 8 mois d'itération" et plusieurs mois de collaboration et d'expérimentation avec une cinquantaine de cabinets d'avocats, parmi lesquels Baker McKenzie, Reed Smith et Foley & Lardner, détaille Jean-Pierre Sirot, chief product officer (CPO) au sein de LexisNexis France, au Club des DPO. Le temps nécessaire pour que "l'IA générative puisse apporter un niveau de fiabilité suffisant dans ses réponses". 

"Nous n'avons pas inventé les process de traitement, ni développé notre propre LLM. D'un point de vue économique, cela n'a aucun sens", répond le CPO à la question de savoir comment a été développé Lexis+ AI. "Nous nous sommes appuyés sur ce qui existe, l'état de l'art, c'est-à-dire une RAG (retrieval augmented generation) platform et un moteur de LLM fourni par des partenaires", détaille-t-il sans préciser leurs noms. 

Garantir un niveau de sécurité maximale

Ces partenaires ont été sélectionnés car "ils ont pu nous garantir un niveau de sécurité maximale". Un point particulièrement important pour une entreprise qui manipule des données sensibles : "il était hors de question que nos données ou les données de clients puissent servir ces moteurs-là !". Ainsi, "hors de question d'utiliser ChatGTP", le modèle d'OpenAI. 

En pratique, LexisNexis "contraint" les LLM avec les données – "ses connaissances" – issus de ses contenus (articles de loi, décisions de justice, commentaires sur la jurisprudence...). Il s'agit d'une protection indispensable contre les hallucinations, ces réponses fausses présentées comme des faits certains, d'après le CPO. Une nécessité puisque les hallucinations dans le domaine juridique sont problématiques, comme le montre le cas de Michael Cohen. Cet ancien avocat de Donald Trump et l'un des organisateurs de sa campagne présidentielle en 2017 s'est servi de Google Bard pour fournir des documents à son propre avocat qui faisaient référence à des affaires et jugements fictifs. 

A ce titre, Lexis+ AI source ses réponses afin que les utilisateurs puissent les vérifier. La preuve que Lexis+ AI n'est pas encore prêt pour remplacer les professionnels et ce n'est d'ailleurs pas son objectif. C'est un point particulièrement important pour le CPO : "cela ne reste qu'un outil d'aide et de productivité. Ce n'est pas un juriste ou un avocat spécialisé". 

La recherche conversationnelle, premier cas d'usage

Les cas d'usages de cet nouvel outil sont multiples, note de son côté Sophie Coin-Deleau, directrice stratégique et partenariats au sein de LexisNexis France. Le plus important : "la recherche conversationnelle" c'est-à-dire la possibilité de "pouvoirchercher de manière beaucoup plus naturelle au sein d'une masse d'informations". Elle cite également "le drafting" de contenus juridiques : "emails, contrat, clause, mémo...". Lexis+ AI offre également à ses utilisateurs la possibilité de résumer n'importe quelle jurisprudence. "Nous fournissions déjà des résumés des décisions les plus importantes grâce à nos 7000 auteurs, indique-t-elle. Désormais, nous avons cette capacité à proposer un résumé pour l'ensemble des décisions." 

Le développement de ce nouveau service s'inscrit dans la suite logique de l'histoire de LexisNexis qui se présente comme le spécialiste de l'accès aux données juridiques. Elle propose ainsi à date plus de 23 millions de contenus aux professionnels du droit. "Depuis quelques années, chez LexisNexis, on voyait que nous arrivions au bout de la recherche classique, c'est-à-dire taper des mots-clés et analyser le résultat, raconte Jean-Pierre Sirot. Grâce à la genAI, nous avons un rapport différent à l'information qui permet de gagner en productivité de manière significative." Les cabinets américains utilisateurs revendiquent un gain de temps de sept heures par semaine grâce à l'utilisation de Lexis+ AI.

Lexis+ AI disponible en France en 2024

Disponible depuis octobre aux Etats-Unis, la solution devrait être disponible "dans la première partie de l'année 2024" en France. Une équipe d'une centaine de personnes est actuellement en train d'adapter la version américaine au droit français. "Il y a une énorme demande, affirme la directrice stratégique. Les clients français souhaitent tester la solution américaine." Le prix de la version française est également en cours de discussion, indique le CPO. Une chose est sûre : les clients devront payer en plus pour bénéficier de Lexis+ AI. "Ce n'est pas possible de l'offrir dans les services classiques. Il y a des coûts associés, expose-t-il. Désormais, on ne peut qu'espérer que cette technologie se démocratise."

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