Contrôle de l'âge : La France hausse le ton, Pornhub contre-attaque sur la vie privée

En réponse à une législation imposant une vérification de l'âge pour l'accès aux contenus pornographiques, le groupe Aylo, propriétaire de Youporn, Pornhub et Redtube, a suspendu l'accès à ses services en France. Il dénonce des dispositifs intrusifs menaçant la confidentialité les données des utilisateurs. 

Enfant
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"Qu’ils partent. Ils reviendront le jour où ils seront enfin prêts à respecter nos règles. En attendant, je leur dis très clairement : bon vent", a déclaré Clara Chappaz, la ministre déléguée chargée de l'IA et du numérique, en réaction à la décision de Pornhub, YouPorn et Redtube, sites pornographiques détenus par le groupe canadien Aylo, de suspendre l'accès à leurs sites en France. Cette décision fait suite à la nouvelle législation française imposant une vérification de l'âge des utilisateurs souhaitant accéder à ce type de contenu. 

C'est la loi "Sécurisation et régulation de l'espace numérique" (SREN) du 21 mai 2024 qui impose aux sites diffusant des contenus pour adultes de mettre en place des dispositifs de vérification d'âge conformes à un référentiel technique élaboré par l'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom), validé par la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil). Le référentiel est entré en vigueur en janvier 2025. Les sites non conformes s'exposent à des sanctions, notamment le blocage de l'accès depuis la France. 

L'Arcom a déjà contraint des sites

Depuis cette nouvelle législation, l'Arcom a déjà contraint six sites à se mettre en conformité. Cinq ont adopté une solution de vérification de l'âge. Le sixième a été bloqué et déréférencé. A compter du 7 juin 2025, un arrêté permet à l'autorité française d'agir contre les sites établis dans l'Union européenne qui ne respectent pas la loi. Cette échéance marque donc un point de bascule : plutôt que d'instaurer un contrôle de l'âge de ses utilisateurs, Aylo a donc préféré bloquer ses sites. 

Dans un communiqué, affiché sur ses différents sites bloqués, l'entreprise canadienne se justifie. Elle affirme, tout d'abord, que les mécanismes imposés par la France sont intrusifs et mettent en danger la confidentialité des données personnelles de ses utilisateurs. L'entreprise redoute, en particulier, que ces dispositifs aboutissent à la constitution de bases de données sensibles associant identité et consommation de contenus pornographiques, ce qui pourrait créer un risque en cas de fuite. 

Un recours massif au VPN

De plus, le canadien affirme que les systèmes de vérification sont inefficaces pour empêcher l'accès des mineurs aux sites pornographiques. Les mineurs peuvent facilement contourner les restrictions en utilisant un VPN, qui leur permet de simuler une connexion depuis un autre pays et d’accéder ainsi aux sites interdits. C'est d'ailleurs ce qui est en train de se vérifier avec une augmentation significative du recours aux VPN. 

Enfin, selon Aylo, ce n'est pas aux plateformes de contrôler l'âge de leurs utilisateurs, mais aux fabricants de systèmes  d'exploitation, comme Google, Apple et Microsoft, car les appareils sont les portes d'entrée vers ces contenus. Le manque de dialogue avec les autorités françaises est également pointé du doigt. 

Face à cet argumentaire, la ministre Clara Chappaz a répondu dans une déclaration publiée le 4 juin 2025. Tout en rappelant l'existence du référentiel de l'Arcom, validé par la Cnil, elle indique que - concernant les fuites de données - il revient à Aylo de s'en prémunir. Elle ajoute que "chaque acteur du numérique doit assumer sa part dans la protection des mineurs", que ce soit les boutiques d'applications, les fabricants de systèmes d'exploitation, tout comme les plateformes.

Du côté des considérations économiques, la ministre indique que la protection des mineurs doit primer sur celles-ci. "Les entreprises doivent adapter leurs modèles économiques pour respecter les lois en vigueur, note-t-elle. De plus, des concurrents se sont mis en conformité, ce qui prouve que cela est faisable et soutenable."

Une solution européenne en préparation

La problématique du contrôle de l'âge n'est pas franco-française. Pornhub, Stripchat, XNXX et XVideos sont actuellement dans le viseur de la Commission européenne pour des manquements au Digital Services Act (DSA), notamment en matière de vérification de l'âge de leurs utilisateurs. En parallèle de ce litige, une solution technique de contrôle de l'âge est en cours de préparation. Elle sera disponible d’ici l’été 2025, d'après la Commission. Elle permettra aux États membres de doter les fournisseurs de services en ligne d’un outil neutre et sécurisé pour vérifier l’âge des utilisateurs.

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