Cybersécurité : Les États-Unis sanctionnent à nouveau Intellexa pour son logiciel espion Predator

Ces sanctions ont été prises à l’encontre de cinq personnes et une entité commerciale associée à l’alliance d’entreprises Intellexa. Le logiciel espion de cette dernière, Predator, avait ciblé des journalistes et personnalités politiques d’opposition en Grèce et du Parlement européen, des responsables des Nations Unies ou encore Tsai Ing-wen, ancienne présidente taïwanaise.

Téléphone à la main
Téléphone à la main

Le département du Trésor américain a annoncé le 16 septembre avoir émis de nouvelles sanctions financières contre cinq personnes travaillant dans des sociétés du consortium d’entreprises Intellexa. Ces cadres supérieurs et associés seraient impliqués dans la vente du logiciel espion d’Intellexa, “Predator”, à plusieurs gouvernements autoritaires. Aliada, entité commerciale affiliée au consortium, a aussi été sanctionnée. La société, basée dans les Îles Vierges britanniques, aurait permis de réaliser des transactions à hauteur de plusieurs dizaines de millions de dollars pour le compte d’Intellexa.

Un logiciel permettant un accès quasi-intégral à un téléphone cible

Cette annonce fait suite à une précédente salve de sanctions contre l’alliance d’entreprises en mars. Intellexa avait alors été placée sur une liste l’empêchant de réaliser toute transaction commerciale avec des personnes physiques ou morales américaines, au même titre que Cytrox, qui avait développé Predator, et Thalestris, qui l’avait commercialisé. Tal Dilian, fondateur du groupe et ancien agent du Mossad, ainsi que Sarah Hamou, sa compagne, avaient aussi fait l’objet de sanctions à titre individuel.

Le logiciel espion d’Intellexa avait initialement été conçu comme un outil de surveillance, afin d’aider les forces de l’ordre de différents pays à lutter contre le crime organisé. L’utilisation du logiciel a cependant vite été détournée par des gouvernements souhaitant espionner leurs opposants ou des médias. Ce logiciel permet d’accéder de manière quasi-intégrale au téléphone d’une cible, y compris les SMS et la localisation. Il peut également collecter des mots de passe.

Des victimes sur trois continents

À l’été 2022, Predator avait été détecté dans les appareils de deux journalistes grecs ainsi que l’un des chefs de l’opposition socialiste, Nikos Androulakis. Les autorités avaient alors été pointées du doigt. La Cour suprême grecque a annoncé il y a deux mois que les services de renseignement n’étaient pas impliqués dans l’affaire, ravivant les tensions sur l’enquête.

Les soupçons autour du logiciel Predator ont pris une toute autre ampleur en octobre dernier. Le consortium European Investigative Collaborations (EIC) et Mediapartavaient alors révélé que Predator avait pris pour cible des journalistes, personnalités publiques en Europe, aux États-Unis et en Asie. Un client de Predator, aux “intérêts proches du gouvernement vietnamien”, avait pris pour cible 50 comptes de réseaux sociaux. Leurs propriétaires avaient été piégés après avoir cliqué sur un lien transmettant le logiciel espion. Nexa Technologies (ex-Amesys), entreprise française, était alors accusée d’avoir aidé à commercialiser Predator, notamment au Vietnam et à Madagascar.

NSO Group aussi visé par des sanctions américaines

En dehors de Predator, le logiciel espion Pegasus, développé par la société israélienne NSO Group, est aussi visé par de lourdes sanctions américaines. En 2021, ce spyware avait compromis plusieurs centaines de téléphones, notamment des journalistes, dissidents politiques et avocats. Des gouvernements d’une dizaine de pays étaient alors soupçonnés d’avoir utilisé Pegasus pour leurs intérêts. Depuis, six plaintes ont été ouvertes.

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