L'entreprise française Visions est ce que l'on appelle un intermédiaire de données. Elle a développé une technologie pour aider les détenteurs et les utilisateurs de données à partager des actifs (données, API...) dans divers secteurs. L'objectif : faciliter ce partage pour créer de nouveaux services. Cette activité est en train de s'accélérer considérablement sous l'impulsion du recours exponentiel à l'intelligence artificielle.
Accéder aux données fermées
Pour développer certains produits ou services, les entreprises et les administrations publiques ont besoin d'accéder à "un certain nombre de données qui sont aujourd'hui ce qu'on appelle des données fermées, c'est-à-dire qu'elles ne sont pas partagées, qu'elles sont protégées parce qu'elles sont personnelles ou parce qu'elles sont protégées par une entreprise", détaille Matthias de Bièvre, fondateur et CEO de la start-up Visions, interrogé par L'Usine Digitale. D'où son idée de commercialiser une marketplace en mode SaaS, baptisée "VisionsTrust", dans laquelle les entités partagent leurs données en personnalisant les accès.
Au lieu d'obliger les entités à signer des contrats pour chaque partage de données, VisionsTrust automatise ce processus. "Tous ces aspects techniques et légaux d'intégration sont standardisés, indique-t-il. Une fois que les deux parties se sont accordées, un accord est généré et un protocole automatisé va pouvoir le vérifier, puis mettre la donnée à disposition dans le bon format." Libre aux participants de fixer un prix sous la forme d'un abonnement ou en fonction de l'accès à une quantité de données.
Le CEO rappelle le contexte actuel du partage de la donnée au sein de l'Union européenne : "cette démarche s'inscrit dans le cadre dans la stratégie européenne de la donnée qui a été lancée en 2020. Elle consiste à dire que la matière première de l'économie aujourd'hui c'est la data. Or, celle dernière est soit captée par les acteurs américains sans aucun contrôle dessus, soit elle est enfermée dans plein d'organisations différentes et est donc inexploitable."
La réglementation peut imposer la création d'un data space
L'entrée dans un data space peut se faire de trois manières, détaille Matthias de Bièvre. La première est liée à la réglementation, "c'est la manière un peu brutale". Autrement dit, le législateur oblige certaines entreprises à créer un espace de données pour les partager. C'est le cas du European Data Health Space (EHDS). La deuxième manière de procéder passe par l'initiative "d'un ou plusieurs gros acteurs" qui dominent le marché et qui poussent "ses partenaires et fournisseurs" à suivre.
La troisième méthode, "la plus intéressante" selon le CEO, est liée à la volonté partagée d'un écosystème de travailler ensemble. Il prend l'exemple du secteur de l'éducation composé de "500 EdTech françaises et 3000 EdTech européennes". "Ce sont des petites structures qui ont intérêt à travailler main dans la main, ajoute-t-il. Car, seules, elles n'ont pas assez de données."
L'éducation, premier secteur pour Visions
Aujourd'hui, Visions est présent dans quatre secteurs : "l'éducation, le tourisme, le légal et le média". C'est le secteur de l'éducation qui est le plus développé actuellement. "On compte près de 270 organisations qui sont connectées, et qui fournissent à peu près 600 offres de données ou de services qui sont utilisées dans 120 projets", détaille-t-il.
Visions est également impliqué dans l'association Gaia-X, qui met en place une infrastructure qui repose sur un écosystème numérique ouvert, transparent et sécurisé, où les données et les services sont mis à disposition, rassemblés et partagés dans un environnement de confiance. Dans le détail, l'entreprise participe au groupe Education and Skills Data Space, au sein du French Hub Gaia-X. Elle participe aussi au groupe de travail technique sur le respect du consentement dans l’architecture Gaia-X.
Plus de souveraineté pour "muscler les rapports de force"
A la question de savoir si l'association européenne n'a pas été galvaudée par les hyperscalers, Matthias de Bièvre répond que "vu que la plupart des données sont aujourd'hui chez Amazon ou chez Azure et qu'on veut connecter ces données là, il faut bien travailler avec" ces entreprises. Il ajoute : "Je pense qu'aujourd'hui tout le monde commence à voir l'intérêt de construire quelque chose de plus souverain, et commence ainsi à muscler les rapports de force".


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