Après l'arrestation de Pavel Durov, Telegram va mieux modérer sa plateforme

Mauvaise nouvelle pour les malfaiteurs opérant sur Telegram. Son dirigeant Pavel Durov s'est engagé à mieux collaborer avec la justice française et européenne et fait de la lutte contre la criminalité sur sa plateforme "un objectif personnel".

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Quand on veut des résultats, mieux vaut s'adresser directement au patron. Un adage que vérifie la volte-face de Telegram concernant la modération de ses contenus. Le réseau social refusait jusqu'ici de coopérer avec les forces de l'ordre françaises et européennes dans le cadre d'affaires criminelles (pédophile, terrorisme, trafic de stupéfiants et autres), ce qui a provoqué l'interpellation (et la détention pendant 4 jours) de son dirigeant Pavel Durov lors d'un passage en France.

Pavel Durov s'engage à mieux lutter contre le crime

Le milliardaire russe (qui a obtenu il y a quelques années la nationalité française et se fait aussi appeler Paul du Rove) a publié le 5 septembre un long message expliquant sa surprise concernant le fait qu'il puisse être tenu responsable de ces activités criminelles, mais indiquant sa volonté d'améliorer les choses en la matière. Selon lui, Telegram a toujours disposé d'un représentant dans l'Union européenne pour recevoir et répondre aux demandes des forces de l'ordre.

Il déplore aussi les méthodes employées, c'est-à-dire qu'on l'ait personnellement impliqué plutôt que d'émettre un recours en justice contre son entreprise. Reste que les résultats sont là, ce qui n'est pas toujours le cas autrement (comme le prouve l'affaire Clearview AI). Sa conclusion est simple : le nombre d'utilisateurs de Telegram a rapidement augmenté ces dernières années pour atteindre plus de 950 millions de personnes et la modération a eu du mal à suivre, facilitant l'essor d'activités criminelles. Il dit vouloir "améliorer significativement les choses en la matière" et en faire "un objectif personnel".

Les messages privés ne sont plus hors limites

En parallèle, Telegram a modifié sa FAQ pour refléter un changement de politique. Là où auparavant les discussions privées étaient déclarées hors limites pour la modération, les demandes de suppression ou autres, il est désormais indiqué qu'un bouton pour signaler les abus est toujours disponible. Au-delà du rapport de force entre les gouvernements démocratiques et les milliardaires et autres méga-corporations, cette affaire remet en lumière la controverse autour de la sécurité de Telegram.

Pavel Durov se présente comme un homme de principe et a publiquement quitté la Russie (où Telegram est banni) plutôt que de coopérer avec le gouvernement russe. Mais la plateforme, qui est régulièrement présentée comme sécurisée, n'implemente pas de chiffrement de bout-en-bout par défaut, à la différence de Signal et WhatsApp.

Les pratiques de sécurité de Telegram laissent à désirer

Pour réellement garantir la confidentialité de leurs communications sur Telegram, les participants doivent activer le chiffrement manuellement dans les options de leur conversation. Et cela n'est possible que pour une discussion directe entre deux personnes. Les discussions de groupes ou les messages publics ne sont pas chiffrés et ne peuvent pas l'être.

Cela signifie que Telegram peut avoir accès à ces discussions et donc les transmettre à la justice. C'est évidemment une bonne chose lorsqu'il s'agit d'identifier des criminels, mais cela implique aussi que toute information sensible (contrats commerciaux, secrets industriels, etc.) transitant par le réseau peut en théorie être divulguée.

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