Réunis à Londres la semaine dernière, 32 directeurs des forces de police européennes ont publié le 21 avril un communiqué conjoint sur leur préoccupation vis-à-vis du chiffrement de bout en bout, qui se déploie progressivement sur plusieurs applications de messagerie. “Les entreprises ne seront plus en mesure de répondre efficacement aux autorités compétentes, écrivent-ils. Elles ne pourront plus, non plus, identifier ou signaler les activités illégales sur leurs plateformes.”
Une mise en danger des utilisateurs, selon la National Crime Agency
La déclaration a été signée par les 27 États membres de l’UE, le Royaume-Uni, la Norvège, la Suisse, l’Islande et le Liechtenstein. Au cours de la réunion, Graeme Biggar, directeur général de la National Crime Agency (NCA), agence britannique de lutte contre le crime organisé, a nuancé : “Le chiffrement peut être extrêmement bénéfique, en protégeant les utilisateurs contre toute une série de crimes. Mais le déploiement brutal et de plus en plus répandu (…), sans tenir suffisamment compte de la sécurité publique, met les utilisateurs en danger.”
En décembre dernier, Meta a annoncé la généralisation par défaut du chiffrement de bout en bout pour les messages et appels sur Messenger. Ceci signifie que seuls l’expéditeur et son destinataire peuvent avoir accès au contenu des messages, sans possibilité de consultation par Meta. La semaine suivante, la firme de Menlo Park avait annoncé l’arrivée prochaine de cette technologie sur Instagram. Le système est déjà disponible sur WhatsApp depuis 2016.
Plus de transmission des signalements pour contenus illégaux
Les autorités des différents pays européens craignent que les plateformes ne puissent plus avoir connaissance de contenus illégaux et ne puissent, en conséquence, transmettre des rapports aux forces de l’ordre. Et ce, même en cas d’émission d’un mandat d’arrêt. La NCA souligne notamment que ces dernières années, “des entreprises technologiques comme Meta ont agi de manière responsable en signalant de manière proactive les cas suspects d’abus sexuels sur des enfants”.
La NCA estime que le chiffrement de bout en bout ferait passer sous les radars 92% des signalements de ce type provenant de Facebook, et 85% d’entre eux provenant d’Instagram. Les polices européennes redoutent aussi d’avoir plus de mal à lutter contre la possession illégale et le trafic d’armes à feu, et le trafic de drogue.
L’Europe prend le problème à bras-le-corps
“Les entreprises technologiques ont la responsabilité sociale de développer un environnement plus sûr, où les forces de l’ordre et la justice peuvent faire leur travail”, a indiqué Catherine de Bolle, directrice exécutive d’Europol. La déclaration conjointe ne précise toutefois pas les solutions que les entreprises de la tech pourraient adopter, préconisant simplement la mise en place d’une “sécurité dès la conception” par les plateformes.
Le Conseil européen s’est saisi du problème dès 2020. Il avait alors adopté une résolution sur le chiffrement, considérant que “les autorités compétentes doivent pouvoir accéder aux données de manière licite et ciblée, dans le plein respect des droits fondamentaux et des lois pertinentes sur la protection des données, tout en garantissant la cybersécurité”. En avril dernier, l’instance européenne avait mené une consultation auprès de 20 États membres. 15 d’entre eux s’estimaient alors favorables au scan des messages protégés pour déceler des contenus pédopornographiques, sur des messageries comme WhatsApp ou Signal.


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