Contraint par le DMA, Apple autorise les boutiques d'applications... mais introduit de nouvelles commissions

En Europe, le groupe à la pomme va mettre fin du monopole de son App Store pour la distribution d’applications sur l'iPhone... tout en créant de nouvelles commissions pour dissuader les développeurs d'aller sur d'autres boutiques. Une stratégie contraire à l'esprit du texte de loi.

App Store
App Store

Contraint par le Digital Markets Act, Apple va desserrer (un peu) son emprise sur son système iOS en Europe. Jeudi 25 janvier, le groupe à la pomme a annoncé une série de changements pour se mettre en conformité avec la nouvelle législation européenne, qui entrera en vigueur le 7 mars. Certains d’entre eux pourraient rapidement être contestés à Bruxelles.

Fin du monopole de l'App Store

La modification la plus importante et la plus symbolique porte sur la fin du monopole d’Apple sur la distribution d’applications. Jusqu’à présent, les utilisateurs d’iPhone et d’iPad, tout comme les développeurs, n’avaient pas le choix : ils devaient passer par l’App Store, la boutique de la société de Cupertino. Un monopole qui lui permettait d’imposer de nombreuses règles et de prélever d'importantes commissions.

Désormais, les boutiques d'applications tierces seront autorisées. Mais cette ouverture, forcée par le DMA, sera limitée. Ces nouveaux magasins devront être approuvés par la société. Et les téléchargements directs, depuis une autre application ou depuis Internet, ne seront pas autorisés. En outre, Apple conserve un droit de vérification sur les applications publiées en dehors de l’App Store.

Conséquence de ce changement, les développeurs devront désormais faire un choix. Soit conserver le système actuel, en ne diffusant pas leurs applications sur d’autres boutiques que l’App Store, en continuant d'utiliser le système de paiement d’Apple et en gardant les mêmes niveaux de commissions (15% ou 30%) sur chaque achat et abonnement.

De nouvelles commissions

Soit opter pour un nouveau système, permettant de distributeur leurs applications sur d’autres boutiques et de passer par des plateformes de paiement tierces. Dans ce cas de figure, une nouvelle grille tarifaire sera appliquée par Apple. Pour les applications téléchargées depuis l’App Store, les commissions seront ramenées à 10% et 17%, auxquelles s’ajouteront 3% de frais de transaction si le développeur choisit d'utiliser par le système de paiement d’Apple. Pour les applications installées, depuis une autre boutique, aucune commission ne sera prélevée.

Mais la société va aussi mettre en place une nouvelle commission, appelée Core Technology Fee et censée compenser les investissements d’Apple dans sa plateforme. Celle-ci se chiffre à 50 centimes d’euros par téléchargement, une fois que la barre du million d’installations est dépassée.

Des recours devant Bruxelles ?

Ce nouveau système est déjà au cœur des critiques, car il pourrait se traduire par une hausse des commissions pour les applications les plus populaires. Et il pourrait aussi dissuader tous les développeurs qui ne monétisent pas leur application avec des paiements in app à opter pour le nouveau système. Cela représenterait un handicap de taille pour les nouvelles boutiques d’applications, qui ne pourront pas véritablement rivaliser avec l’App Store.

"La proposition d'Apple contraint les développeurs à choisir entre deux options anticoncurrentielles et illégales. Soit ils choisissent le statu quo, soit ils optent pour un nouvel ensemble de termes compliqués qui sont préjudiciables tant pour les développeurs que pour les consommateurs", dénonce ainsi Rick VanMeter, directeur executif du lobby Coalition for App Fairness, dont font notamment partie Epic et Spotify. "Le plan d'Apple est un affront flagrant à la Commission européenne et aux millions de consommateurs européens qu'elle représente. Il ne doit pas être accepté et devrait être rejeté par la Commission", ajoute-t-il.

Il est donc fort probable qu’une partie de ces modifications soit contestée devant la Commission européenne. Si le DMA fixe des règles générales pour renforcer la compétition, il laisse les géants du numérique, les “gatekeepers”, décider des modifications à mettre en place pour les respecter. Bruxelles devra alors juger si Apple est bien en règle. Dans le cas contraire, le groupe s'expose à des actions "fortes", a déjà prévenu Thierry Breton, le commissaire au marché intérieur. Il risque notamment une amende pouvant aller jusqu’à 10% de son chiffre d’affaires mondial.

NFC, navigateurs, cloud gaming

D’autres changements entreront en vigueur en mars. Comme le DMA le prévoit, l'accès à la puce NFC sera désormais ouvert à d’autres développeurs. Cela devrait permettre aux banques et aux spécialistes du paiement de proposer des alternatives à Apple Pay, qui dispose pour le moment d’un monopole sur le paiement sans contact depuis un iPhone.

Les utilisateurs d’iOS auront aussi la possibilité de choisir leur navigateur Internet par défaut. Surtout, ces navigateurs ne seront plus obligés d’utiliser WebKit, la technologie utilisée par Safari d’Apple - en plus sans avoir accès à toutes les fonctionnalités. Ils pourront désormais utiliser Chromium, la technologie dominante sur le marché. Et ainsi proposer une meilleure expérience.

Enfin, Apple va aussi ouvrir iOS aux plateformes de cloud gaming, comme Xbox Game Pass et Nvidia GeFORCE Now, qui étaient jusqu’à présent interdites. Il s’agit du seul changement annoncé qui s’appliquera partout dans le monde.

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