Décryptage : Pourquoi le secteur de l'intelligence artificielle s'affole à propos des finances d'OpenAI ?

C'est un appel du pied qui n'a pas eu l'effet escompté. La directrice financière d'OpenAI, Sarah Friar, a brièvement évoqué la possibilité d'un soutien financier du gouvernement pour les coûteux projets d'infrastructure de la start-up. Une mention qui n'est pas passée inaperçue, provoquant une réponse acerbe de la Maison Blanche et des inquiétudes chez les investisseurs.

Projet OpenAI Stargate - Abilene, Texas
Projet OpenAI Stargate - Abilene, Texas

Bad buzz pour la start-up la plus suivie au monde. OpenAI, par la voix de sa directrice financière, Sarah Friar, a créé une gêne après avoir évoqué la possibilité d'une aide financière gouvernementale lors d'une conférence technologique organisée mercredi par le Wall Street Journal. Revenant sur la kyrielle d'accords signés par la société pour construire des infrastructures destinées à l’IA, Sarah Friar a déclaré que l’entreprise cherchait des moyens créatifs de financer ses projets ambitieux (et coûteux).

"C'est pourquoi nous cherchons un écosystème de banques, de fonds de capital-investissement, et peut-être même de soutien gouvernemental, les moyens par lesquels les gouvernements peuvent intervenir", a-t-elle déclaré lors de cette conférence située à Napa, en Californie, ajoutant que cela pourrait être "le filet de sécurité, la garantie qui permettrait au financement d’avoir lieu". Une déclaration un peu surprenante étant donné les sommes faramineuses déjà levées par la start-up, et qui a provoqué un certain émoi parmi les observateurs du marché alors que des inquiétudes persistent sur l'éclatement d'une bulle spéculative.

L'heure de l'éclatement de la bulle approche-t-elle ?

Les investissements massifs (de l'ordre de plusieurs dizaines de milliards de dollars) d'OpenAI, mais aussi de Google, Meta et Microsoft pour ne citer qu'eux, sont aujourd'hui pointés du doigt par plusieurs détracteurs. Les montages financiers auxquelles ces entreprises ont recours posent la question de la viabilité des projets actuels et à venir dans l'IA.

Il y a notamment cette image qui revient régulièrement dans les débats : une chaîne de financement circulaire où fabricants de puces, fournisseurs d'infrastructures de calcul et laboratoires d’IA échangent argent et actions sans garantie immédiate de retour sur investissement. Par ailleurs, personne n'est, à date, capable d'assurer que les produits d'IA qui en découleront puissent effectivement générer des revenus suffisants pour justifier de telles dépenses en amont.

Un rétropédalage en vitesse

La suite du feuilleton : le soir même, Sarah Friar a précisé sur LinkedIn que l’utilisation du mot "garantie" avait "brouillé le message". "Je voulais dire que la puissance technologique américaine viendra de la construction d’une véritable capacité industrielle, ce qui nécessite une collaboration entre le secteur privé et le gouvernement", a-t-elle écrit. Trop tard, le mal est fait et la Maison Blanche risque d'être vexée d'être prise comme renfloueur de caisses de la start-up.

La réaction de David Sacks, responsable de l’IA et des cryptomonnaies à la Maison-Blanche, jeudi matin est d'ailleurs claire : expliquant que le gouvernement fédéral n’avait aucune intention de renflouer les entreprises d’IA en difficulté, il écrit sur X : "Les États-Unis comptent au moins cinq entreprises développant des modèles de pointe. Si l’une échoue, d’autres prendront sa place."

Les principaux dirigeants d'OpenAI ont tenté jeudi de calmer les inquiétudes croissantes concernant la situation financière de l’entreprise d’intelligence artificielle. Sam Altman s'est ainsi fendu d'un long post sur X (en voici un extrait) : "Je souhaite clarifier certains points. Tout d'abord, et c'est une évidence : nous n'avons pas besoin de garanties gouvernementales pour les centres de données d'OpenAI et nous n'en souhaitons pas. Nous pensons que les gouvernements ne doivent pas favoriser certaines entreprises au détriment d'autres, et que les contribuables ne doivent pas renflouer des sociétés qui prennent de mauvaises décisions commerciales ou qui rencontrent des difficultés sur le marché. Si une entreprise fait faillite, d'autres continueront à prospérer".

Il n'hésite toutefois pas à faire un autre appel du pied au gouvernement, "on peut imaginer un monde où les gouvernements décident d'acquérir une importante puissance de calcul et d'en décider de l'utilisation ; dans ce cas, il pourrait être judicieux de leur proposer des conditions de financement avantageuses".

Attention au "cash burn"

Ce qui interroge désormais, c'est la capacité d'OpenAI à rester convaincant face aux investisseurs et à tenir la route malgré ses dépenses colossales. Certes, elle vient de dépasser le million d'entreprises clientes et compte 800 millions d'utilisateurs hebdomadaires actifs de ChatGPT. Certes, sa valorisation a dépassé les 500 milliards de dollars après avoir récemment autorisé d'anciens et actuels employés à vendre leurs participations pour un total de 6,6 milliards de dollars. Parmi les acquéreurs, le conglomérat japonais SoftBank et le fonds émirati MGX. Mais cela ne suffit pas à rassurer.

En septembre, OpenAI a revu de 80 milliards de dollars à la hausse ses estimations de dépenses jusqu'en 2029. Alors qu'elle avance sur ses projets Stargate, la société fait en effet face à des hausses de dépenses de l'ordre de plusieurs dizaines de milliards de dollars pour s'assurer toute la puissance de calcul et les infrastructures nécessaires à l'entraînement de ses modèles ainsi qu'à leur disponibilité auprès des entreprises et du grand public. Rien que pour cette année, elle prévoit de dépenser plus de 8 milliards de dollars, soit 1,5 milliard de plus que ses prévisions initiales.

Pour assurer cette disponibilité justement, le créateur de ChatGPT multiplie les contrats d'énergie. Le dernier en date, passé avec l'argentin Sur Energy, pourrait atteindre jusqu'à 25 milliards de dollars et comprendrait une installation d'une capacité maximale de 500 mégawatts destinée à fournir la puissance de calcul nécessaire pour faire tourner ses futurs systèmes d'IA.

Cherchant à rassurer tout un chacun, Sam Altman a ajouté dans l'un de ses posts sur X : "Nous prévoyons de terminer l'année avec un chiffre d'affaires annualisé supérieur à 20 milliards de dollars et d'atteindre plusieurs centaines de milliards d'ici 2030. Nous anticipons des engagements d'environ 1 400 milliards de dollars sur les huit prochaines années. Cela nécessite évidemment une croissance continue du chiffre d'affaires, et chaque doublement représente un travail considérable ! Mais nous sommes confiants quant à nos perspectives". L'histoire nous dira si le patron d'OpenAI a effectivement vu juste.

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