A l'occasion de son premier déplacement de l'année 2025, Clara Chappaz, la ministre déléguée chargée de l'intelligence artificielle du numérique, a visité ce 7 janvier 2025 les locaux de Viginum. Viginum est le service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères. Une façon d'illustrer l'une de ses priorités : "mieux protéger collectivement notre pays qui est la cible [d'événements, ndlr] qui ont pu appeler la vigilance du gouvernement et des pouvoirs publics", explique l'entourage de la ministre.
Détecter les ingérences étrangères numériques
Créé en 2021 et rattaché au Secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale (SGDSN), il s'agit du "service à compétence nationale dont la France dispose et qui est dédié à la lutte contre les manipulations de l'information dans son volet défensif", détaille Marc-Antoine Brillant, chef de l'agence gouvernementale. Son activité principale est de "détecter et d'analyser les ingérences numériques, c'est-à-dire une forme un peu élaborée de l'information" pour les dénoncer dans des rapports publics. "Nous ne sommes pas un service de renseignement, ni un service de police judiciaire qui peut faire des réquisitions, précise-t-il. Nous sommes un service d'enquête en ligne."
En pratique, une quarantaine d'agents explore les contenus publiquement accessibles sur les plateformes en ligne pour repérer des "phénomènes inauthentiques" (comptes suspects, contenus malveillants, comportements anormaux ou coordonnés) qui seraient susceptibles de révéler une ingérence numérique étrangère. C'est le décret du 7 décembre 2021 qui a conféré à Viginum l'autorisation de collecter, exploiter et traiter de façon automatisée les données personnelles sur les plateformes en ligne.
En quelques mots, une ingérence numérique étrangère est un "phénomène inauthentique" qui porte atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation (intégrité du territoire, défense nationale, politique étrangère...), présente un contenu manifestement inexact ou trompeur, diffuse des contenus artificiels, automatisés et massifs, par une entité étrangère étatique ou non étatique. Aujourd'hui, l'activité opérationnelle de Viginum, c'est "entre 250 et 300phénomènes" en ligne, sur les réseaux sociaux, par an, détaille Marc-Antoine Brillant. Au sein de ces phénomènes, un "travail plus approfondi" permet de détecter "plusieurs dizaines d'ingérences numériques étrangères".
Dans le cadre du DSA, une collaboration avec l'Arcom
S'agissant de régulation des plateformes en ligne, Viginum collabore avec l'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) pour faire appliquer le Digital Services Act (DSA). Ils ont ainsi signé, en juillet 2024, une convention de partenariat pour la mise en oeuvre du règlement européen. Pour rappel, ce texte impose de nouvelles obligations pour les plateformes afin de lutter contre la propagation de contenus illégaux ou trompeurs. Plusieurs plateformes vont actuellement l'objet d'une enquête par la Commission européenne, comme X et Meta.
C'est à ce titre que l'entourage de Clara Chappaz qualifie Viginum de "bras armé très précieux des pouvoirs publics dans notre capacité à documenter et objectiver les insuffisances ou les limites de ces plateformes dans le respect de leurs obligation". Et ce n'est que le début : son rôle se renforce considérablement avec l'explosion de l'usage de l'intelligence artificielle, et en particulier de l'IA générative, qui permettent de créer, par exemple, des deepfakes.
IA : Un lab pour être à l'état de l'art
C'est la raison pour laquelle l'agence s'est dotée d'un "lab" composé de spécialistes en IA. "Nous devons être à l'état de l'art. La menace évolue vite. Elle est extrêmement adaptative", explique le chef de Viginum. Il souhaite également tempérer les choses sur les menaces provoquées par l'usage de l'IA : "L'intelligence artificielle, c'est quelque chose de positif". "Évidemment qu'il y a une problématique à partir du moment où ces usages positifs sont détournés pour des réalités malveillantes", ajoute-t-il.
Il n'est pas surprenant que Clara Chappaz veuille montrer ses priorités en matière d'ingérence étrangère, au vu du contexte actuel. Début décembre, la Cour constitutionnelle roumaine a décidé d'annuler les élections présidentielles de son pays. Une décision qui fait suite à la déclassification de documents sensibles faisant état d'une véritable campagne d'influence sur TikTok en faveur de Calin Georgescu, le candidat prorusse. Le réseau social, propriété du chinois ByteDance, est également dans le viseur de la Commission européenne qui a ouvert une enquête sur des accusations de manipulations russes dans le cadre des présidentielles en Roumanie.


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