La France à la peine sur la digitalisation des entreprises, estime la Commission européenne

L’organe européen a publié son deuxième rapport sur l’état d’avancement de la France dans le cadre du plan européen “Décennie numérique”. Le pays figure parmi les bons élèves de l’Europe, mais doit porter ses efforts sur l’adoption par les entreprises de solutions cloud ou d’IA.

drapeaux UE France
La Commission européenne estime que la France doit poursuivre ses efforts dans l'adoption massive de solutions de cloud et d'intelligence artificielle par les entreprises.

La Commission européenne a publié le 2 juillet la deuxième édition de son rapport sur l’état d’avancement de la France, qui s’inscrit dans le cadre du plan “Décennie numérique”. Si la France se classe parmi les bons élèves européens, notamment sur le déploiement de son réseau de fibre optique et sur l’e-santé, les pistes d’amélioration sont nombreuses. “D’importants défis persistent en ce qui concerne la transformation numérique des PME et l’adoption de technologies avancées (telles que l’intelligence artificielle et le cloud) par les entreprises”, résume le rapport.

“Nous ne sommes pas sur la bonne voie pour atteindre nos objectifs”

Le plan européen “Décennie numérique”, lancé en 2021 par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, court jusqu’en 2030. Il vise à améliorer les compétences et infrastructures numériques, transformer les entreprises et accélérer la numérisation des services publics, et court jusqu’en 2030.

Trois ans après le début du plan, la Commission européenne émet des réserves sur la situation à l’échelle des Vingt-Sept : “Nous ne sommes pas sur la bonne voie pour atteindre nos objectifs en matière de transformation numérique en Europe, a déclaré dans un communiqué Margrethe Vestager, vice-présidente de la Commission européenne. Nous devons investir davantage dans les compétences numériques, la connectivité de qualité et l’adoption de l’intelligence artificielle.”

En ce qui concerne la France, la Commission européenne pointe du doigt son manque de performance en matière de transformation numérique des entreprises, notamment des PME. En 2023, 52% des PME françaises avaient un niveau “d’intensité numérique de base”, contre 57,7% en moyenne dans l’UE. L’organe européen constate aussi que seulement 12,7% des PME vendent leurs produits sur Internet, soit l’un des taux les plus faibles de l’UE.

Une feuille de route aux objectifs “ambitieux”

La Commission européenne recommande également à la France d’améliorer ses performances en matière d’adoption du cloud par les entreprises. En 2023, 22,9% des sociétés françaises avaient recours à au moins une solution cloud, soit presque deux fois moins que la moyenne européenne (38,9%). En outre, 5,9% des entreprises françaises ont déjà adopté des solutions d’intelligence artificielle, deux points de moins que la moyenne de l’UE. Un enjeu pourtant considérable, alors que plus de la moitié des éditeurs de logiciels placent l’IA parmi leurs trois priorités technologiques.

Le premier rapport d’avancement publié en septembre faisait déjà remarquer un retard de la France sur la numérisation des services publics et l’adoption du numérique par les TPE et les PME. Pour rester dans la course et remplir les objectifs fixés par l’UE, la France avait remis en mars une feuille de route à la Commission européenne. Ce document prévoyait notamment d’atteindre le taux de 90% des PME numérisées d’ici à 2030 et de 80% des TPE et PME possédant un site internet d’ici à 2027 (68% en 2023). Des efforts que l’organe européen considère comme “ambitieux”.

Pour l’adoption par les entreprises françaises de solutions cloud, la France a présenté dans sa feuille de route une volonté d’atteindre le taux de 53,3% en 2030, ce qui reste bien inférieur à l’objectif européen de 75%. “En l’absence d’une intensification des efforts dans les années à venir, la contribution de la France à l’objectif de l’UE restera probablement limitée”, prévient la Commission européenne.

Même son de cloche pour l’adoption de l’IA par les entreprises, la France se fixant un taux d’adoption de 46.7% d’ici à 2030 (75% au niveau européen). La Commission européenne relève un “fossé” entre les start-up ayant massivement recours à l’IA et la majorité des entreprises françaises, et alerte sur des “conséquences néfastes sur la compétitivité”.

La France en forme sur le déploiement de la fibre et les semi-conducteurs

La Commission relève toutefois certains signaux positifs. Elle estime que la France est en bonne voie pour généraliser la fibre optique sur l’ensemble de son territoire, avec 81,4% des foyers couverts et une augmentation de 3,5 millions de connexions fibre en 2023. 93,2% du territoire français est couvert par la 5G, soit quatre points de plus que la moyenne européenne. Près de deux foyers sur trois sont enfin couverts par la bande de fréquence 3,4-3,8 GHz.

L’ambition de la France pour la recherche et la production de semi-conducteurs a également été remarquée, avec un budget de 12 milliards d’euros sur les 17,8 milliards d’euros estimés dans le cadre de la feuille de route. L’Europe constate enfin les efforts fournis par la France sur sa maturité en matière d’e-santé, avec un score pour l’accès aux dossiers de santé électroniques de 79,3/100 (54,5/100 en 2022), légèrement supérieur à la moyenne de l’UE (79,1/100).

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