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Lefebvre Dalloz accélère dans l'IA générative, l'éditeur de logiciels métiers Xelya premier bénéficiaire

L'éditeur juridique Lefebvre Dalloz annonce son nouvel outil d'IA générative : GenIA-L Assistant. Comme son nom l'indique, il aide les professionnels du droit à produire des contenus (contrats, conclusions...) à jour des derniers textes en vigueur et de la jurisprudence. Xelya, éditeur du logiciel Diapaz dédié aux cabinets d'avocats, a pu tester ce dispositif en avant-première et révèle ses très bonnes premières impressions, en exclusivité à L'Usine Digitale

GenIA-L Assistant
GenIA-L Assistant

Incontestablement, l'intelligence artificielle générative infuse tous les secteurs. Mais il y a un domaine où la pénétration de la technologie semblait encore timide : la discipline juridique. Pourtant, l'IA générative présente de nombreux avantages, en particulier celui de pouvoir naviguer plus aisément dans la quantité astronomique de textes et de jurisprudences auxquels sont confrontés les professionnels du droit.

GenIA-L Search compte plus de 20 000 utilisateurs

L'éditeur français Lefebvre Dalloz a bien compris ces enjeux et a très tôt souhaité proposer un outil d'IA générative à ses nombreux utilisateurs (avocats, notaires, experts-comptables...). Il y a près d'un an, en janvier 2024, l'entreprise – connue pour ses offres d'édition, de formation, de logiciels et de services – a lancé "GenIA-L Search". L'outil, sous forme de moteur de recherche, génère instantanément une réponse à une question juridique posée en langage naturel, avec la possibilité de consulter les fonds éditoriaux utilisés. 

GenIA-L Search compte aujourd'hui plus de 20 000 utilisateurs. Véritable accélérateur, un deal a été signé avec le Barreau de Paris permettant d'offrir gratuitement l'accès à cette technologie à plus de 10 000 avocats, pendant 15 mois. Pour mettre en oeuvre ce projet, l'organisation professionnelle avait exceptionnellement débloqué un million d'euros. 

Le lancement d'un outil de production de contenus

Fort de ce premier pas dans le monde de l'IA générative, l'éditeur historique veut aller plus loin. En exclusivité pour L'Usine Digitale, il annonce le lancement d'un second outil : GenIA-L Assistant. "C'est un outil de production", résume Ketty de Falco, présidente des activités de Lefebvre Dalloz. Autrement dit, l'outil est capable d'analyser, de rédiger, de comparer ou encore de mettre à jour un document juridique, tel qu'un contrat ou une convention collective. 

Pour être au plus près des besoins des futurs utilisateurs, Lefebvre Dalloz a proposé en avant-première GenIA-L Assistant à Xelya, un éditeur de logiciels métiers SaaS. L'outil a été intégré directement dans Diapaz, un logiciel de gestion dédié aux cabinets d’avocats. Les deux entreprises étaient déjà partenaires dans le cadre du lancement de GenIA-L Search, qui avait également été intégré dans Diapaz. GenIA-L Assistant sera lancé officiellement pour tous les utilisateurs "le 24 avril 2024", précise Ketty de Falco. 

Rédaction de conclusions, mise à jour de documents...

Xelya a travaillé avec "cinq cabinets d'avocats" pour éprouver GenIA-L Assistant, raconte Cyril Bouchet, président et co-fondateur de Xelya. "De nombreux cas d'usage sont ressortis", ajoute-t-il, parmi lesquels la mise à jour d'un document par rapport à la jurisprudence la plus récente. Il cite également "la rédaction des conclusions" ainsi que "l'analyse des conclusions adverses", dans le cas d'un contentieux. "Nous avons eu des retours vraiment très positifs, à la fois en termes de gains d'efficacité et de qualité", raconte-t-il. 

Les partenaires veulent être particulièrement clairs sur un point : GenIA-L Assistant n'a absolument pas vocation à remplacer le travail des professionnels du droit. "Le mot d'ordre que nous donnons aux utilisateurs est qu'il s'agit d'un assistant, note Cyril Bouchet. C'est un outil de co-production mais le professionnel doit toujours vérifier les informations."

La technologie d'OpenAI, la plus adaptée

Que ce soit pour GenIA-L Search ou GenIA-L Assistant, Lefebvre Dalloz a choisi d'utiliser les grands modèles de langage (Large Language Model, LLM) développés par OpenAI. "Nous sommes agnostiques", indique la présidente de l'entreprise, ajoutant que cette technologie a été choisie car elle était "la meilleure" par rapport aux tests réalisés. "Au-dessus d'OpenAI, nous avons mis en place une architecture RAG afin de garantir toute la fiabilité des réponses apportées", précise-t-elle. Une "Retrieval-Augmented Generation" architecture est une approche qui combine les capacités de récupération d'informations avec celles de génération de texte. Elle est particulièrement utile dans les cas où les informations changent fréquemment. 

Le modèle n'a été entraîné que "sur nos fonds documentaires", note aussi Ketty de Falco. Lefebvre Dalloz possède 66 000 pages de Journal officiel ainsi que 220 000 décisions analysées par 270 rédacteurs et éditeurs internes. C'est ce qui a poussé Xelya a choisi la solution de Lefebvre Dalloz : "l'aspect de la sécurité est essentiel pour nous, déclare Cyril Bouchet. Dans ce cas, rien n'est stocké chez OpenAI. Les données sont chiffrées et effacées dès que l'usage est fini". Puis il ajoute, "l'alliance est vraiment puissante : vous avez le meilleur de la technologie et la sécurité ; ainsi le cabinet sait que rien ne sortira de chez lui et qu'il peut capitaliser sur cet outil". 

La formation des professionnels, au coeur de la stratégie

Autre point important : la formation des professionnels à l'utilisation de ces outils, en particulier sur l'aspect de la protection des données. "Pour le Barreau de Paris, Lefebvre Dalloz propose trois modules de formation obligatoires avant de recevoir les codes pour utiliser GenIA-L Search", détaille Kelly de Falco. Pour le reste des utilisateurs, l'éditeur – qui forme plus de 10 000 apprenants chaque année  – propose des formations dédiées à l'intelligence artificielle. 

Alors que les avocats s'emparent doucement mais sûrement de l'IA générative, Lefebvre Dalloz voit les choses en grand et réfléchit déjà sérieusement à adresser d'autres acteurs de la justice, tels que les métiers de la magistrature. Bien qu'ils soient moins nombreux que les avocats, environ 9000, les magistrats pourraient trouver dans l'IA générative un assistant intéressant pour naviguer dans les méandres de la législation. Evoquant "des échanges avec les syndicats de la magistrature", Ketty de Falco indique qu'il ne faut pas se précipiter. "La façon avec laquelle nous procédons, extrêmement protocolaire et méthodique, les rassure", note-t-elle. 

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