Cette semaine, Houston accueille le salon CERAWeek, événement mondial incontournable pour tous les acteurs de l'énergie et ceux qui gravitent autour. Cette édition a quelque chose de spécial alors que la demande en énergie a atteint des records en raison de l'explosion des applications d'intelligence artificielle - et de la puissance de calcul liée. C'est donc sans grande surprise qu'en marge du salon, des noms bien connus du monde de la tech ont décidé d'unir leurs forces sous le même étendard : Amazon, Dow, Google, Meta, ont rejoint 14 grandes banques et institutions financières mondiales, ainsi que 140 entreprises de l'industrie nucléaire et 31 pays pour soutenir l'objectif de tripler la capacité nucléaire mondiale d'ici 2050.
C'est une première - aussi bien du côté des grands consommateurs extérieurs au secteur que des producteurs - qu'un tel engagement est signé. Les géants technologiques exhortent également les autres consommateurs d'énergie à soutenir cet objectif gargantuesque. Le mouvement, facilité par la World Nuclear Association (WNA), plaide pour un accès égal au financement de l'énergie nucléaire. L'engagement devrait gagner en popularité au cours des prochains mois, reflétant l'intérêt croissant pour l'énergie nucléaire de secteurs aussi divers que le maritime, l'aéronautique et le pétrole et le gaz, assure l'organisation de lobbying du secteur.
L'IEA alerte : 4% de croissance annuelle attendue jusqu'en 2027
Citant "le potentiel du nucléaire à se développer au-delà du réseau électrique traditionnel, en fournissant une énergie abondante et continue pour soutenir des opérations performantes et compétitives pour les consommateurs d'énergie", le pacte veut s'adresser au plus grand nombre de secteurs, montrant les synergies possibles entre certains, notamment entre le secteur technologique et l'industrie pétrolière et gazière.
Pourtant, gare à l'explosion. Dans son dernier rapport, l'International Energy Agency annonce que la consommation mondiale d'électricité devrait augmenter à son rythme le plus rapide de ces dernières années, avec une croissance de près de 4% par an jusqu'en 2027. "Cela équivaudra à ajouter chaque année d'ici 2027 une quantité supérieure à la consommation annuelle d'électricité du Japon", ajoute-t-elle. Une comparaison qui donne des sueurs froides quand on sait que la courbe n'est pas prête de redescendre.
La Chine et les Etats-Unis, énergivores
Curieusement, l'IEA pointe du doigt les économies émergentes et en développement comme les plus grands demandeurs sur ces trois prochaines années. La Chine en fait notamment partie où la demande d'électricité croît plus rapidement que l'économie globale depuis 2020. La consommation d'électricité chinoise a augmenté de 7% en 2024 et devrait croître en moyenne d'environ 6% jusqu'en 2027.
Les Etats-Unis ne sont pas en reste sur le sujet : au pays de l'oncle Sam, une forte augmentation de la demande d'électricité devrait ajouter l'équivalent de la consommation actuelle de la Californie au total national au cours des trois prochaines années. L'Europe, en élève modèle, affiche quant à elle une croissance de la demande d'électricité plus modeste. Elle devrait retrouver son niveau de 2021 seulement en 2027, après les baisses importantes de 2022 et 2023 déclenchées par la crise énergétique.
Un marché en pleine ébullition
Reuters rapporte que 2025 pourrait être une année record pour les fusions et acquisitions dans l'industrie énergétique américaine, selon plusieurs analystes. La demande accrue en centres de données spécifiques à l'IA étant la principale raison à cette montée en flèche. Les actifs de production et d’infrastructure énergétiques, ainsi que les entreprises qui les détiennent, deviennent, de facto, particulièrement attrayants pour les compagnies énergétiques, les fonds d'investissement et d'autres investisseurs institutionnels. Et le mouvement a déjà commencé.
Sur les mois de janvier et février, 27 transactions dans le secteur énergétique américain ont été conclues pour une valeur totale de 36,4 milliards de dollars, l'acquisition de Calpine par Constellation Energy pour 16,4 milliards de dollars étant citée en tête. Ce montant dépasse, en valeur comme en volume, les deux premiers mois de chaque année, à l'exception d'une seule, au cours des 20 dernières années, selon les données de LSEG.
L'administration Trump, à double tranchant
La stratégie entamée par l'administration Trump est toutefois à double tranchant. Si elle peut grandement favoriser ce mouvement, le président américain ayant affirmé qu'il s'agit d'une "priorité immédiate et pressante pour la protection de la sécurité nationale et économique des États-Unis", elle peut aussi le ralentir.
Les tarifs douaniers imposés par Trump sur des matériaux essentiels au secteur énergétique, comme l’acier, l’aluminium et peut-être le cuivre, pourraient en effet faire grimper les coûts. Autre point soulevé : le manque de main d'oeuvre. Les Américains étant peu friands de ce type d'emploi, il est souvent délaissé aux minorités, populations elles-mêmes ciblées par l'Administration Trump.


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