Souveraineté numérique : Deutsche Telekom crée un cloud IA industriel à 1 milliard d'euros avec Nvidia

Un centre de données existant implanté à Munich sera entièrement rénové pour accueillir plus de 1000 systèmes DGX B200 et serveurs RTX Pro, avec jusqu’à 10 000 GPU Blackwell. Nvidia, fournisseur officiel de ce qui sera, à terme, l'une de ces fameuses "AI factories", promet que cette installation offrira 50% de puissance de calcul supplémentaire pour l'IA. La mise en service est prévue pour le premier trimestre 2026. Dans le même temps, SAP apporte le cadre de sécurité nécessaire au développement d'un cloud industriel consacré aux applications d'IA pour les entreprises européennes.

Timotheus Höttges, CEO Deutsche Telekom et Jensen Huang, CEO Nvidia
Timotheus Höttges, CEO de Deutsche Telekom et Jensen Huang, CEO de Nvidia.

Deutsche Telekom met le paquet sur la souveraineté pour son initiative qu'il nomme "Made 4 Germany" destinée à stimuler la croissance, l’innovation et l’écosystème IA. Dans les faits, l'opérateur allemand a dû se tourner vers l'un des seuls acteurs capables de répondre à sa demande : Nvidia.

En faisant appel au géant des puces, Deutsche Telekom espère donc créer "le tout premier Cloud IA industriel au monde". Un partenariat qui lui coûte tout de même un milliard d’euros. De l'idée au lancement, six mois devraient s'écouler pour un cloud qui devrait être opérationnel au premier trimestre 2026.

Un centre de données équipé de puces Blackwell

Pour proposer de tels services, Deutsche Telekom est en train de moderniser et rénover un centre de données à Munich. Actuellement, plus de mille systèmes DGX B200 et serveurs RTX Pro sont en cours d’installation. A terme, l'infrastructure devrait être équipée de 10 000 GPU Blackwell qui alimenteront un supercalculateur de 0,5 ExaFLOPS, offrant environ 50% de puissance de calcul IA supplémentaire pour l'Allemagne.

CEO Deutsche Telekom et CEO Nvidia sur scène

"Ce centre de données respectera toutes les normes de sécurité et sera situé à Munich, dans un lieu spécialement aménagé, à trois ou quatre étages sous terre. Il sera alimenté par de l’énergie locale, 100% renouvelable, et refroidi par un système utilisant l’eau de la rivière locale, ce qui permet le processus de refroidissement", commente Timotheus Höttges, CEO de Deutsche Telekom. Côté câblage, il est prévu que 75 kilomètres de fibre optique soient posés pour connecter les GPU et le site. Rappelons que la surface du parc de serveurs est de l'ordre de plusieurs milliers de mètres carrés.

S'empressant de prévenir toute éventuelle critique quant à la taille de l'infrastructure, le patron de l'opérateur ajoute : "Certains journalistes ou analystes diront immédiatement : "Les Américains construisent des giga-usines." Leurs annonces parlent de capacités allant jusqu’à 70 gigawatts aux États-Unis actuellement. Alors, que penser du fait que nous ne commençons 'que' avec 10 000 GPU ? Eh bien, démarrer est essentiel". 

Les utilisateurs ? Des entreprises européennes

Cette nouvelle infrastructure IA s'adressera aux grandes entreprises, PME et start-up en Allemagne et en Europe afin de développer, entraîner et utiliser l'IA pour toutes les applications industrielles, de la conception à la robotique, via une infrastructure informatique sécurisée et souveraine, réitère Deutsche Telekom.Dès le premier trimestre 2026, les entreprises pourront donc réserver et utiliser la puissance de calcul de cette "AI factory" selon leurs besoins.

Deutsche Telekom assure avoir déjà reçu un vif intérêt de la part de clients. Par exemple, cette infrastructure permet aux développeurs de créer des jumeaux numériques 3D de véritables usines en intégrant les bibliothèques Omniverse pour la planification virtuelle, la simulation, les tests et l’amélioration de la conception avant la construction réelle. Cela augmente l’efficacité et génère des gains de productivité critiques. "Des voitures et des avions peuvent être testés dans des tunnels aérodynamiques numériques, et des "crash tests" virtuels seront également possibles", assure l'opérateur.

Un autre domaine d’application se profile : le développement de robots via un apprentissage et une validation basés sur des simulations physiques précises. L’un des premiers utilisateurs du Cloud IA industriel est Agile Robots, une entreprise issue du Centre aérospatial allemand (DLR) et basée à Munich. Ces robots sont utilisés, entre autres, dans les processus de production des constructeurs automobiles et des fabricants d’électronique.

Ils réalisent des opérations d’assemblage et de polissage avec une précision extrême, et adaptent leurs mouvements en temps réel. Le robot H10-W d’Agile Robots sera également utilisé pour installer les racks de serveurs dans l’installation de Munich, apprend-on. Les LLM pourront également être développés et entraînés à haut niveau au coeur de cet espace. Partenaire de Deutsche Telekom, Perplexity s'engage ainsi à utiliser le Cloud IA industriel à cette fin.

La souveraineté assurée par SAP

La transformation du centre de données de Munich en usine IA de Deutsche Telekom se fait indépendamment du projet européen visant à promouvoir la construction de plusieurs gigafactories IA à travers l’Europe. Le pays ne cache toutefois pas ses ambitions personnelles : "Grâce à cette puissance de calcul, l’Allemagne deviendra le principal pôle IA souverain d’Europe – construit comme une initiative entièrement privée", ajoute le patron de Deutsche Telekom.

Justement, pour assurer l'aspect souverain de la solution, l'opérateur a fait appel à l'un de ses semblables : SAP. L'éditeur allemand met à disposition sa plateforme Business Technology et ses applications – incluant des technologies IA modernes.

Stack Deutsche Telekom

À l’avenir, toutes les solutions numériques destinées aux institutions publiques et clients évoluant dans des secteurs sensibles seront développées sur le "Deutschland-Stack" commun. Un moyen de garantir à ces utilisateurs les plus hauts standards en matière de protection des données, de sécurité et de fiabilité.

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