Depuis la mise à disposition de son chatbot auprès du grand public en novembre 2022, OpenAI a eu le temps d'amasser nombre de données sur les usages faits de sa technologie : entre son lancement et juillet 2025, la plateforme a atteint 700 millions d’utilisateurs actifs hebdomadaires, soit environ 10% de la population adulte mondiale. Avec 18 milliards de messages échangés chaque semaine en 2025, ChatGPT est devenu un phénomène technologique sans précédent.
C'est dans ce contexte que l'entreprise a publié cette semaine une étude à ce sujet, réalisée par son équipe de recherche, ainsi que des chercheurs d'Harvard et de Duke. Elle s'appuie sur "une analyse à grande échelle et respectueuse de la vie privée" de 1,1 million de conversations pour suivre l’évolution de l’utilisation par les consommateurs depuis le lancement de ChatGPT il y a trois ans.
46% des messages envoyés proviennent de jeunes de moins de 26 ans
Elle lève ainsi le voile sur les réels usages faits de ChatGPT, à savoir principalement l’accomplissement de tâches quotidiennes. Trois quarts des conversations portent sur des demandes de conseils pratiques, la recherche d’informations et la rédaction, cette dernière étant la tâche professionnelle la plus courante, tandis que le codage et l’expression personnelle restent des activités de niche. Mais, elle apporte aussi un éclairage sur les utilisateurs eux-mêmes et fait entrevoir une réduction des inégalités.
Ainsi, l'adoption de ChatGPT s’est élargie bien au-delà des premiers utilisateurs, souvent masculins : en juillet 2025, 52% des utilisateurs actifs avaient des prénoms typiquement féminins, contre seulement 37% en janvier 2024, marquant une réduction significative de l’écart de genre. L'étude souligne également une croissance quatre fois plus rapide dans les pays à faible revenu par rapport aux pays à haut revenu, avec une adoption particulièrement marquée en Amérique latine, en Afrique et en Asie du Sud-Est.
Les jeunes de moins de 26 ans représentent près de 46% des messages envoyés par les adultes, bien que leur utilisation professionnelle soit moins fréquente (23% de messages liés au travail) que chez les utilisateurs plus âgés. À l’inverse, les utilisateurs de plus de 35 ans utilisent davantage ChatGPT pour des tâches professionnelles, avec un pic chez les 36-50 ans. De façon plus générale, en juillet dernier, 70% des messages étaient liés à des activités non professionnelles, contre 30% pour le travail.
Demander, faire, s'exprimer : trois type d'usage bien différents
Dans leur étude, les chercheurs ont classé les modes d’utilisation en trois catégories : demander, faire et s'exprimer (asking, doing, expressing). Il s'avère que 49% des messages relèvent de la première catégorie, le grand public appréciant surtout ChatGPT comme conseiller plutôt que comme simple outil d’exécution de tâches. Ce type de message, en croissance, est mieux noté par les utilisateurs et corrélé à une amélioration de la productivité dans les métiers exigeant en connaissances.
"Faire" représente 40% des usages, dont environ un tiers pour le travail, et regroupe les interactions orientées vers des tâches concrètes, comme la rédaction de textes, la planification ou la programmation, où le modèle est sollicité pour produire des résultats ou accomplir un travail pratique. Bien que moins fréquent que les demandes de conseils, ce type d’usage domine dans les messages professionnels (56% des messages liés au travail).
Enfin, 11% des usages portent sur la troisième catégorie, "s’exprimer", qui couvre les utilisations ne relevant ni de la demande ni de l’action, impliquant souvent une réflexion personnelle, une exploration ou du divertissement.
Les conseils pratiques représentent 29% des conversations de ChatGPT
Plus concrètement, les trois catégories d’usage les plus fréquentes (représentant 77% des conversations) sont les suivantes : conseils pratiques tels que des tutoriels, idéation créative, ou plans personnalisés (29%) ; recherche d’informations (24%) et rédaction d'emails, documents, ou corrections de textes (24%).
Les usages techniques, comme la programmation (4,2% des messages) ou l’analyse de données (0,4%), restent marginaux, contrairement à certaines idées reçues. De même, les demandes liées à la thérapie ou à la compagnie ne représentent que 1,9% des interactions.
Ce que les chercheurs ont qualifié de "self-expression" - incluant donc ce type de demande - possède au total un score de 4,3%. Soulignons toutefois à ce sujet que l'usage pour des conseils personnels tend à croître et pourrait avoir des conséquences imprévues, qu'il s'agisse d'anxiété, isolement, ou même de désapprentissage (perte de capacités critiques si les utilisateurs délèguent systématiquement leur réflexion).
Une étude qui a ses limites
Il est intéressant de noter que l'usage de ChatGPT s’étend donc à la fois au travail et à la vie personnelle, pour tous, quel que soit le genre ou la situation géographique. Toutefois, certains points méritent d'être éclaircis. Bien qu'elle ait le mérite d'exister, l'étude repose sur une classification automatisée des messages via des LLM, une méthode qui, bien que novatrice, soulève plusieurs questions. Par exemple, les classificateurs utilisés (bien que validés sur un échantillon humain) affichent des taux d’accord modérés qui suggèrent une marge d’erreur non négligeable.
Par ailleurs, l’échantillon analysé (1,1 million de conversations sur 18 milliards de messages hebdomadaires) reste très réduit, représentant moins de 0,01% du volume total, et comporte certaines restrictions : les messages utilisés datent de mai 2024 à juillet 2025. Sont exclues les conversations des utilisateurs qui ont refusé de partager leurs messages pour l'entraînement des modèles, ainsi que celles qui ont été supprimées ou celles des utilisateurs dont les comptes ont été désactivés ou bannis. De même, sont exclus les mineurs et les utilisateurs non-connectés qui selon OpenAI représenteraient une minorité sur la période d'échantillonnage.
Et si ChatGPT s'avère un outil étonnamment puissant, il n'en comporte pas moins des risques. Plus tôt ce mois-ci, OpenAI a publiquement admis que les hallucinations font encore bel et bien partie du paysage : "ChatGPT hallucine aussi. GPT-5 présente significativement moins d’hallucinations, en particulier lors de raisonnements, mais elles persistent", concède la start-up. Et la solution à ce problème semble loin d'être toute trouvée.


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