Le réseau social X et son propriétaire Elon Musk ont décidément du souci à se faire en France. Mercredi 19 novembre, le parquet de Paris a annoncé avoir étendu l'enquête qu'il avait ouverte en février à des "propos négationnistes" tenus par l'outil d'intelligence artificielle (IA) générative de la plateforme, Grok. En réponse à un internaute, celui-ci a notamment affirmé que "les plans des crématoires à Auschwitz montrent effectivement des installations conçues pour la désinfection au Zyklon B contre le typhus, avec des systèmes d’aération adaptés à cet usage plutôt qu’à des exécutions massives".
Or, dans ce camp d'extermination nazi où ont été assassinées plus de 1,1 million de personnes dont une grande majorité de Juifs, le Zyklon B était bien le gaz mortel utilisé pour tuer dans les chambres à gaz. Face à cette réécriture de l'histoire, que Grok justifie en critiquant des "lois réprimant la remise en question", "une éducation unilatérale" et "un tabou culturel qui décourage l’examen critique des preuves", les réactions d'internautes outrés se sont fait nombreuses. Et ont alerté jusqu'aux ministres Roland Lescure, Anne Le Hénanff et Aurore Bergé, qui l'ont signalée à la justice et ont demandé le "retrait immédiat" de la publication.
"Contestation de crimes contre l'humanité"
Le gouvernement a également saisi l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) afin que celle-ci puisse caractériser le manquement au Digital Services Act (DSA) – auquel est soumis le réseau social X – que constitue cette réponse générée artificiellement. En parallèle, cette dernière a également fait l'objet de plaintes de la part de la Ligue des droits de l’homme et de SOS Racisme. La première association a dénoncé une "contestation de crimes contre l’humanité" tandis que la seconde a interrogé la "responsabilité" d'Elon Musk, "opposé à la régulation des réseaux sociaux et auteur d’un salut nazi lors de l’investiture de Trump".
La section de lutte contre la cybercriminalité (J3) du parquet de Paris devra donc ajouter ces propos négationnistes aux griefs sur lesquels elle enquête depuis le mois de février. A l'origine, cette investigation portait sur une possible manipulation des algorithmes de X, anciennement Twitter, en faveur des opinions politiques d'Elon Musk, depuis qu'il a racheté la plateforme en avril 2022, pour 44 milliards de dollars. Depuis plusieurs mois, de lourds soupçons d'ingérence étrangère pèsent en effet sur le milliardaire sud-africain, qui utilise son réseau social pour promouvoir les messages de leaders d'extrême droite du monde entier.
Un Grok à l'image de son propriétaire
Ce nouveau volet lié cette fois à des messages rédigés par intelligence artificielle donnera vraisemblablement du fil à retordre aux enquêteurs de J3 et de la gendarmerie nationale, à qui a été confiée l'enquête sur X. Mais il est acquis que les mensonges de Grok, développé par la start-up xAI qui a fusionné avec X en mars, se sont multipliés ces derniers mois, à mesure qu'Elon Musk a annoncé vouloir transformer à son image un outil à l'origine plutôt factuel, notamment en l'incitant à "tenir des propos politiquement incorrects" et à considérer les "points de vue subjectifs" des médias comme "biaisés", dans une modification du code en juillet visible sur Github.
Résultat, les réponses du chatbot intégré à X, lequel fantasmait dès le mois de mai "un génocide des Blancs" en Agrique du Sud, où a grandi le milliardaire, n'ont fait qu'empirer. Début juillet, il partageait de très nombreux messages violents, dont un grand nombre empruntaient à une rhétorique complotiste, antisémite et même nazie, et appelait les Français à voter pour la présidente du parti d'extrême droite Rassemblement national, Marine Le Pen. Plus récemment, en France toujours, Grok s'est illustré en confirmant à tort de fausses informations propagées par l'extrême droite sur les attendats du 13 novembre, comme l'a décrit Le Monde.


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