Jeudi 28 septembre, les employés d'Epic Games ont reçu un mail inhabituel de la part de leur grand patron. "Depuis un certain temps, nous dépensons beaucoup plus d'argent que nous n'en gagnons", écrit Tim Sweeney, CEO de l'entreprise à l'origine du phénomène vidéoludique Fortnite et du moteur Unreal Engine. Et d'annoncer le licenciement de 16% de ses effectifs, soit 830 employés : "Nous sommes encore loin de la viabilité financière, poursuit-il. Nous avons conclu que les licenciements étaient la seule solution, et que c'est en les effectuant maintenant et à cette échelle que nous stabiliserons nos finances."
Epic Games annonce également se séparer Bandcamp. Achetée en mars 2022, l'entreprise est revendue à Songtradr, une autre plateforme musicale. Le spécialiste de la kid-tech SuperAwesome, acquis en 2020, se voit lui aussi séparé en grande partie de la maison-mère : "Les activités publicitaires de SuperAwesome deviendront une société indépendante", indique Tim Sweeney. Autant de bouleversements qui représentent pas moins de 250 employés mais qui n'affectent pas le cœur de l'activité d'Epic Games, promet le patron. Celui-ci précise en effet que les deux tiers des licenciements annoncés hier "ont eu lieu dans des équipes autres que celles chargées du développement".
Un modèle en souffrance
Reste que ce dégraissage dans les effectifs sonne comme un aveu de faiblesse de l'entreprise et de son modèle d'affaires. Tim Sweeney, qui clame régulièrement haut et fort ses ambitions pour le futur, notamment en ce qui concerne le concept de métavers et la création d'une économie juste pour les créateurs, reconnaît en effet une impasse. "J'ai longtemps été optimiste quant à notre capacité à traverser cette transition sans licenciements, mais avec le recul, je me rends compte que ce n'était pas réaliste", rédige-t-il à l'attention de ses équipes. On rappellera qu'Epic avait levé 1 milliard de dollars de fonds en 2021 et 2 milliards en 2022.
En cause, la perte de vitesse ces dernières années du succès international Fortnite (lequel "reprend du poil de la bête" aujourd'hui) et les faibles marges dégagées par Epic dans ce contexte. La société derrière le moteur de jeu Unreal Engine et la plateforme Epic Games Store s'est, depuis ses débuts, positionnée en faveur des développeurs et des créateurs de contenus, quitte à rogner sur ses propres profits. En témoignent la mise en place de commissions à l'achat de jeux bien plus basses que la concurrence sur sa boutique d'achat de jeux dématérialisés et la mise en place du "code créateur", un système de rémunération des influenceurs basé sur l'affiliation.
Aujourd'hui, "le succès de l'écosystème des créateurs est une grande réussite, mais il implique un changement structurel majeur de notre économie", résume Tim Sweeney. Une "longue réunion d'entreprise" attend les employés et la direction en octobre pour évoquer les chantiers à venir. Aucune autre vague de licenciement n'est à ce stade envisagée. En revanche, Epic Games entend bien continuer "le combat contre les monopoles de distribution et les taxes d'Apple et Google" malgré des dépenses juridiques revues à la baisse. Récemment, la Cour suprême des Etats-Unis a donné à l'éditeur de jeux vidéo de quoi espérer obtenir gain de cause en acceptant sa demande de révision judiciaire dans le cadre du litige qui l'oppose à Apple depuis août 2020.


![[ÉNERGIES] Déployez vos projets IA à l’échelle, inspirez-vous du cas ENGIE Entreprises et Collectivités](https://cdn.webikeo.com/webinar_logo/2025-10-24-ac93013fcd6c2ea907b5a091f0e74c90.png)
