2020 année du vocal dans le retail ? Trop tôt pour l'affirmer, mais ce mois de juin a vu deux initiatives intéressantes en matière de commerce vocal. La première concerne les consommateurs français avec le lancement d’un service co-conçu par Carrefour et Google, et que L’Usine Digitale juge très aboutie. La compréhension du langage est très avancée, et le parcours d’achat est complet, avec l’intégration d’une brique de paiement. C'est une première dans le retail alimentaire, puisqu’aucun retailer concurrent (Monoprix, Intermarché ou Leclerc) n’a pour le moment poussé les fonctionnalités au-delà de la création d’une liste de courses.
La deuxième initiative provient du géant indien du commerce en ligne Flipkart. La filiale de Walmart – Flipkart a été racheté en 2018 par l’Américain pour 16 milliards de dollars – a présenté le 12 juin dernier une fonctionnalité d'assistant vocal sur son application mobile. Baptisée "Voice Assistant" et disponible en hindi et en anglais, elle permet aux utilisateurs de trouver et d’acheter des produits d'épicerie.
Intégrer les variations linguistiques, les modulations et les accents
La prouesse technologique de cet assistant est de détecter automatiquement la langue du consommateur, au-delà des deux langues officielles du pays. Un travail de 5 mois, notamment dans les petites villes du pays, a été nécessaire pour intégrer les variations linguistiques, les modulations et les accents, l’Inde comptant plusieurs centaines de langues locales. "L'équipe technologique de Flipkart a voyagé à travers le pays pour comprendre les différents enjeux de la création d'une fonctionnalité vocale et l'a peaufinée pour identifier et répondre aux différentes variations présentes dans les langues indiennes", ajoute Jeyandran Venugopal, Chief Product and Technology Officer chez Flipkart.
Pour cela, "Voice Assistant" combine plusieurs technologies : l'apprentissage automatique, la reconnaissance vocale, la compréhension du langage naturel, la traduction automatique, la translittération (opération qui consiste à transposer l’écriture d’un mot ou d'un texte dans un autre système d’écriture), la synthèse vocale et le cloud. Le site YourStory revient en détail sur cette avancée en prenant l’exemple d’une phrase ("Mujhe sunflower refined tel dena", que l'on peut traduire "Donnez-moi de l'huile de tournesol raffinée").
"Mi-anglais, mi-hindi, cette demande simple et commune est compréhensible par tous les commerçants du pays comme s'il n'y avait aucune erreur de syntaxe. Mais prononcez ces mots au meilleur logiciel existant de reconnaissance vocale… et vous obtiendrez une réponse tronquée et sans rapport, complètement inutile", explique le site spécialisé. L’assistant de Flipkart comprend donc les phrases qui mélangent anglais et hindi. Enfin, il est doté d'un moteur de recherche intelligent, propose plusieurs options de livraison, permet d'accéder à un récapitulatif de la commande, et permet à l'utilisateur de payer sa commande.
L'Inde, terre convoitée par Walmart... et Amazon
Celui qu'on surnomme parfois "l'Alibaba indien" estime que la voix, en rendant plus simple les courses en ligne, peut permettre de capter plus rapidement des utilisateurs jusque-là rétifs au digital ou insuffisamment équipés pour réaliser l’ensemble de leurs courses en ligne. En développant la technologie en priorité sur smartphone et pour les produits d’épicerie, Flipkart espère une adoption plus large de ce type de commandes. Le service a vocation à s’améliorer constamment en captant des données à grande échelle. Un processus qui prend, selon Flipkart, tout son sens dans le cadre de courses alimentaires, qui sont réalisées d'une par un volume incomparable de clients et qui contiennent d'autre part une grande proportion d’achats récurrents.
Pour le moment, seuls les smartphones sous Android sont compatibles, mais le service arrivera prochainement sur iOS. D'autres langues, ainsi que des catégories de produits, seront progressivement ajoutées, précise la société. En Inde, l’enjeu pour la distribution alimentaire est grand. Comme en Europe, c’est un marché encore peu pénétré par l’e-commerce – notamment du fait de mesures gouvernementales qui protègent les millions de petits commerces locaux – et l’intérêt de Walmart, mais aussi d’Amazon, est limpide. Présente en Inde depuis 7 ans, la firme de Jeff Bezos, qui y développe Amazon's Pantry, y a investi plus de 5 milliards de dollars et est entré au capital du géant du retail Future Retail. De son côté, Flipkart est soutenue par SoftBank, eBay, Microsoft et Tencent.


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