Plusieurs grands médias nord-américains comme le New York Times, le Washington Post et le Wall Street Journal ont reçu ces dernières semaines la visite de Google. La filiale d’Alphabet, qui s’est lancé avec Bard dans une intense course à l’intelligence artificielle générative cette année, veut promouvoir auprès des rédactions et de leurs journalistes un outil intitulé Genesis.
D’après le New York Times, celui-ci peut ingérer de l’information et générer à partir de cette matière première des ébauches d'articles. "Nous en sommes aux premiers stades de l'exploration d'idées visant à fournir des outils dotés d'une IA pour aider les journalistes dans leur travail", a indiqué Jenn Crider, porte-parole de Google.
Un rejet des journalistes
Bien que le mastodonte de la publicité ait tenté de désamorcer certaines craintes – "Tout simplement, ces outils ne sont pas destinés à, et ne peuvent pas, remplacer le rôle essentiel des journalistes dans le reportage, la création et la vérification des faits de leurs articles", a promis Jenn Crider – certains professionnels de l'information voient le projet d’un mauvais œil. Ils redoutent que les propriétaires de médias voient dans ces outils une opportunité de faire des économies en automatisant l'écriture et réduisant leurs effectifs, même si cela se fait au détriment de la qualité.
L’annonce intervient manifestement très tôt, peu après le grand boom des intelligences artificielles génératives. Celles-ci ne sont que très partiellement régulées et émettent souvent de fausses informations qui pourraient, si elles étaient relayées par la presse, abîmer encore la crise de confiance du public envers la chaîne de production médiatique.
Ambiance tendue entre médias et GAFAM
Le contexte est d’autant plus houleux que plusieurs grands médias refusent que les modèles d’intelligence artificielle soient entraînés gratuitement et sans permission sur leurs contenus en ligne. Les vastes quantités de données nécessaires à l'entraînement des modèles sont en effet absorbées sur Internet, souvent sans égard pour le respect de la propriété intellectuelle. Selon le Financial Times, quelques journaux aux Etats-Unis réfléchiraient à un mode de financement des médias par Google, Microsoft et consorts.
La dimension financière apparaît en effet centrale. Davantage préoccupé par l’hébergement de contenus médiatiques sur Google et Facebook que par l’intelligence artificielle, le Canada a adopté en juin une loi qui obligera les hébergeurs de la Silicon Valley à payer les médias pour l’utilisation de leurs contenus.
Pour ce qui est de l’IA générative, reste à voir ce qu'il adviendra des négociations entre les médias américains et les géants du web, et comment celles-ci se répliqueront dans le reste du monde. D’autant que l’Union européenne et d’autres régions planchent sur des arsenaux législatifs pour réguler ces systèmes.


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