IA : Humain, la start-up d'Etat saoudienne qui fricote avec AMD, AWS et Nvidia

Alors que se tenait ce mardi le forum d'investissement conjoint saoudo-américain à Riyad, plusieurs entreprises technologiques ont bouclé des accords de taille avec la nouvelle start-up d'Etat spécialisée dans l'IA, Humain. En contrepartie, Donald Trump a obtenu de la part de l'Arabie Saoudite des investissements conséquents aux Etats-Unis.

Donald Trump à Riyad - US-Saudi investment forum
Donald Trump à Riyad - US-Saudi investment forum

Cette semaine, le président américain Donald Trump était en tournée pour caresser dans le sens du poil l'Arabie Saoudite. Il n'est évidemment pas venu seul pour cela et s'est entouré d'acteurs technologiques de renommée, à l'instar d'AMD, d'AWS, Cisco ou encore Nvidia. Ces derniers étaient chargés d'une mission : conclure des accords avec la nouvelle start-up phare soutenue par l'Etat, à savoir Humain.

Cette dernière, lancée par le fonds souverain saoudien (PIF) et dirigée par le prince Mohammed ben Salmane lui-même, a pour ambition de développer et de gérer les technologies d’intelligence artificielle en Arabie saoudite afin de soutenir l'économie du pays et diversifier les activités de ce dernier. Créée officiellement 24 heures avant l'arrivée de Donald Trump, Humain opérera sous l’égide du Fonds d’investissement public et proposera des services et produits liés à l’IA, incluant centres de données, infrastructures IA, capacités cloud et modèles d’IA avancés, selon l’agence de presse officielle saoudienne.

Des accords à la pelle sur les puces signés

Le plus gros accord obtenu est très certainement celui entre Nvidia et Humain : le spécialiste des puces pour l'IA prévoit de vendre des centaines de milliers de puces IA à l’Arabie saoudite, avec une première livraison de 18 000 unités de ses nouvelles puces Blackwell destinée à la start-up d'IA. L'ambition est forte : construire des usines IA d'une capacité allant jusqu’à 500 mégawatts, intégrant "plusieurs centaines de milliers" des GPU les plus avancés de Nvidia sur une période de cinq ans.

Le concepteur de puces AMD lui a emboîté le pas et a également annoncé un partenariat avec Humain, avec un investissement de 10 milliards de dollars afin de participer à la construction  des ces fameuses usines IA. AMD apportera ainsi sa pile de calcul, incluant CPU, GPU et le logiciel RoCm. Outre l’achat de matériel, cet accord inclut un partenariat pour aider Humain à mettre en œuvre une plateforme cloud dédiée à l’intelligence artificielle, selon Keith Strier, vice-président d’AMD chargé des marchés IA mondiaux.

Qualcomm n'est pas en reste sur le sujet, ce dernier ayant signé un protocole d’accord pour développer et construire un processeur central (CPU) pour centre de données. Un projet qui fait suite à l'acquisition du fabricant de processeurs pour serveurs Nuvia en 2021.

Multiplier les accords sur le cloud pour ne pas dépendre d'un seul acteur

Sur la partie cloud, Humain s'est également rapproché d'Amazon Web Services, ce dernier s'étant engagé à un investissement de 5 milliards de dollars pour créer ce qu'ils nomment une  "zone IA". Cette dernière doit réunir plusieurs capacités, notamment une infrastructure dédiée AWS pour l’IA, des serveurs dotés de semi-conducteurs dernier cri, des réseaux UltraCluster pour accélérer l’entraînement et l’inférence des modèles IA, ainsi que des services AWS tels que SageMaker, Bedrock, et des services d’applications IA comme Amazon Q, précise AWS.

L'hyperscaler avait déjà annoncé la création d’une région d’infrastructure AWS en Arabie saoudite, actuellement en construction et prévue pour être opérationnelle en 2026. Amazon y investit 5,3 milliards de dollars. La nouvelle AI Zone présentée aujourd’hui constitue un investissement supplémentaire.

Dans le cadre de cet accord, Humain prévoit de développer des solutions IA à partir des technologies AWS pour ses clients finaux et prévoit de construire un marché d’agents IA, afin de simplifier la recherche, le déploiement et la gestion de logiciels d'IA au sein du gouvernement saoudien. Parmi les initiatives, sont notamment évoqués le développement de LLM, y compris des modèles en arabe.

Les investissements vont dans les deux sens

En retour de ces investissements majeurs, Donald Trump a obtenu 600 milliards de dollars d’engagements de la part de l’Arabie saoudite pour des entreprises américaines. La Maison Blanche a indiqué que l’entreprise saoudienne DataVolt investirait ainsi 20 milliards de dollars dans des centres de données IA et des infrastructures énergétiques aux États-Unis. Il est également prévu qu'AMD, Datavolt, Google, Oracle, Salesforce et Uber investissent 80 milliards de dollars dans des technologies de transformation avancée dans les deux pays, selon la Maison Blanche.

Un accord qui s'inscrit dans la stratégie enclenchée par le président américain qui cherche à renflouer l'économie américaine. Toutefois, si l'un de ses desseins était de renforcer la souveraineté technologique du pays, le projet semble aujourd'hui quelque peu compromis. Reste que l'argent n'a pas d'odeur, du moins pour le président américain, et tout investissement semble bon à prendre.

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