Uber propose à ses chauffeurs de gagner plus avec des tâches d'étiquetage de données pour l'IA

Après l'ubérisation de bon nombre de secteurs, est-ce l'heure de transformer celui des entreprises de labellisation de données ? Après des tests en Inde, Uber lance aux Etats-Unis une "nouvelle façon de gagner de l'argent" pour ses utilisateurs, chauffeurs et coursiers, ces derniers ayant la possibilité d'effectuer des tâches numériques directement dans l'application Driver, en dehors de leurs courses quotidiennes.

Uber - tâches pour l'IA dans l'application Driver
Uber - tâches pour l'IA dans l'application Driver

Ils ne sont plus seulement chauffeurs, ils sont aussi chargés de "tâches numériques" et de "l'entraînement de modèles d'IA". C'est à l'occasion de son événement Only on Uber qui s'est tenu ce 16 octobre à Washington que le géant américain a annoncé plusieurs mises à jour "visant à rendre les gains avec Uber plus simples, plus sûrs et plus équitables".

L'une des nouveautés - pour le moins surprenante - s'adresse aux chauffeurs, à ceux qui "ont demandé plus de moyens de gagner de l’argent, même lorsqu’ils ne sont pas sur la route". Uber affirme être en train de tester en Inde une solution pour répondre à ce besoin : il s'agit de tâches numériques rapides à effectuer, selon le géant, dans l'appli Chauffeur. Développées par sa branche Uber AI Solutions, elles doivent offrir aux chauffeurs davantage d’opportunités de gagner de l'argent pendant leurs temps d’attente.

Télécharger des photos, s'enregistrer, envoyer des documents,...

Les tâches proposées sont variées : cela concerne aussi bien le téléchargement de photos du quotidien pour aider à entraîner des modèles d’IA que l'enregistrement de sa propre voix dans certaines langues ou encore l'envoi de documents rédigés dans plusieurs langues. "Chaque tâche ne prend que quelques minutes. Au fil du temps, vous découvrirez une plus grande variété de tâches, vous offrant ainsi davantage de possibilités de gagner de l'argent", promet Uber.

Après des débuts en Inde, Uber a donc ouvert aux tests la même offre la semaine dernière aux États-Unis. Chauffeurs et coursiers sont priés de s'inscrire pour participer au projet pilote. Ils recevront occasionnellement des invitations à effectuer des tâches numériques dans le "Centre d'opportunités". Cependant, "comme les tâches sont proposées en fonction des besoins de nos clients, elles ne sont pas toujours disponibles", explique la firme.

Les noms des clients finaux cachés, un flou juridique entretenu

Sans préciser avec qui Uber travaille, le géant indique qu'il met les utilisateurs en relation avec des entreprises qui recherchent des employés pour améliorer leurs technologies. Cette proposition reste toutefois quelque peu douteuse, entourée d'un flou juridique : quel est ainsi le statut de ces fameux travailleurs dont la tâche s'apparente fortement à du data labelling ? Ces tâches d'étiquetage de données, d'enregistrement de voix, etc. sont généralement externalisées, souvent dans des pays à bas coûts lorsque c'est possible.

Uber ne précise pas le niveau de rémunération pour ces tâches, mais des critiques pointent déjà le risque de sous-paiement, surtout pour des micro-tâches répétitives. En outre, elles ne garantissent en aucune façon un revenu stable et peuvent renforcer la précarité des chauffeurs, qui dépendent déjà d’un modèle économique instable (fluctuation des tarifs, concurrence, etc.).

Enfin, le fait de ne pas connaître l'identité des clients finaux, ni la nature exacte des projets d’IA pour lesquels les données sont collectées, pose des questions éthiques et juridiques. Pour l'heure, le projet pilote semble légalement faisable aux États-Unis en l'état, les chauffeurs restant libres d’accepter ou non ces missions, et Uber ne les considérant pas comme des employés pour ces activités. En Europe, il y a fort à parier que ce type d'offre ne verra pas le jour tout de suite.

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