Entretien

"Il faut prouver en quoi nous aidons les clients", selon Olivier Nollent, PDG de SAP France

L'ERP, un eldorado pour l'IA générative ? Pourquoi pas, d'après SAP. L'éditeur allemand, dont la transition vers le cloud prend enfin de la vitesse, se rêve en "leader mondial de la business AI". Olivier Nollent, président directeur général de SAP France, nous expose comment il compte y parvenir, et pourquoi SAP peut créer une vraie valeur pour ses clients là où d'autres solutions échouent.

Olivier Nollent, SAP France
Olivier Nollent, SAP France

L’Usine Digitale : Où en êtes-vous à date de la transition des clients vers des contrats cloud ?

Olivier Nollent : Les résultats du troisième trimestre sont très positifs. Le taux de croissance sur l’activité cloud en général est de 25%, et de 36% sur l’ERP cloud spécifiquement, avec une croissance globale de 10%. Nous avons augmenté nos prévisions pour l’année !

Nous avons plus de 7700 clients dans le monde sur l’activité cloud, dont 135 clients sur RISE S/4HANA Private Cloud et 61 sur GROW S/4 HANA Public Cloud pour la France. Et ce sont des clients d’envergure. Il y a par exemple Schneider Electric qui a augmenté à nouveau son engagement avec SAP, et Mistral AI qui est devenu notre partenaire, mais qui est aussi un client S4/HANA pour gérer ses finances.

Cette croissance peut-elle perdurer encore longtemps ?

Les perspectives de marché sont encore fortes. Ce que je constate depuis mon arrivée chez SAP en 2022, c’est une nécessité pour les entreprises de renouveler leur cœur technologique, de se redonner plus de flexibilité et de capacité d’innovation. Le groupe est confiant au niveau global et moi spécifiquement en France, où nous avons des taux de croissance supérieurs, notamment car nous avions du retard et il y a un effet de rattrapage.

Et l’intelligence artificielle vient donner un coup d’accélérateur à ça, car pour une IA de qualité il faut une donnée de qualité. Donc les entreprises ne mettent pas de frein sur ces investissements, c’est même une priorité par rapport à d’autres sujets. A titre personnel j’incite d’ailleurs très fortement nos clients français à accélérer sur l’innovation, car aux USA et en Chine ça va très vite. Il ne faut surtout pas être trop prudent.

Quelle est l’appétence des clients français pour les solutions à base d’intelligence artificielle ?

Ils sont intéressés, mais nous sommes encore dans une phase d’acculturation et de test. Il y a une volonté de comprendre ce que nous pouvons proposer, même si certains clients veulent se projeter assez rapidement et passer à l’échelle. Je pense que les six prochains mois seront plutôt une phase d’expérimentation. Néanmoins, l’activation de l’IA dans les contrats clients est en forte hausse, et il y a une volonté du groupe d’accélérer avec de nombreuses annonces et investissements. 20% de nos revenus passent en R&D, ce qui a représenté 6,3 milliards d’euros l’année dernière.

SAP s’est fixé comme objectif d’être "leader mondial de la business AI" dès l’année prochaine, quelle forme cela prend-il dans vos produits ?

L’IA est intégrée à plusieurs niveaux dans nos produits : il y a le CoPilot qui est un assistant pour des usages assez simples, les agents spécialisés que nous avons annoncés à TechEd, et enfin l’adoption de l’IA générative dans les processus, dont une centaine sont concernés actuellement. Tout cela n’est disponible que dans le cloud.

Nous avons aussi des partenariats, dont celui que je vous ai cité avec Mistral AI que nous avons conclu en juin. Nous proposons leurs modèles de langage au sein de notre Business Technology Platform, et ils sont hébergés dans nos datacenters en Allemagne, ce qui en fait donc une solution européenne de bout en bout. Cela répond à une importante demande de nos clients en matière de souveraineté.

La grande question du moment avec l’IA générative, c’est la création effective de valeur pour les entreprises. Certains "early adopters" n’y trouveraient pas leur compte, notamment avec des solutions de Copilot assez coûteuses. Comment comptez-vous éviter cela ?

C’est un sujet important pour moi de manière générale, sur lequel je mets l’accent depuis mon arrivée chez SAP. Il faut prouver en quoi nous aidons les clients et l’impact qu’ont nos logiciels. C’est pourquoi nous avons récemment mandaté le cabinet Asterès, qui a étudié une base de 1600 clients SAP français de différentes tailles et analysé leurs performances économiques entre 2018 et 2022.

Ce qu’ils ont démontré, c’est que globalement l’usage de SAP crée 5% de valeur ajoutée complémentaire aux entreprises, donc à l’échelle de la France c’est près de 2 milliards d’euros de valeur complémentaire. Nous avons par ailleurs mis en place un index qui mesure l’utilisation de nos solutions par les clients et attribue une note de 1 à 10. Et en fonction de ce bon usage, un point gagné c’est 2% d’augmentation de productivité et 1% de valeur ajoutée.

Et cela s’applique aussi à l’IA générative ?

Pour parler de l’IA spécifiquement, pour moi c’est un accélérateur de cette valeur que nous apportons. Il y a des cas d’usage où c’est très clair, comme le recouvrement des factures qu’on peut automatiser complètement. On améliore le cashflow et on baisse le coût de traitement des opérations. Nous créons des benchmarks sur ces processus pour en démontrer la valeur aux clients.

Pour le Copilot SAP, son intérêt réside dans le fait que l’ERP est complexe et qu’il permet de simplifier l’utilisation des solutions grâce à l'interface en langage naturel. Il propose aussi des lignes d’analyse et s’appuie sur des données très précises et contextualisées, car on n’est pas sur de la bureautique mais sur de la donnée business.

Y a-t-il des fonctions plus matures que d’autres en matière d’adoption de l’IA générative ? La finance est typiquement très en avance sur le sujet…

Oui, la finance bénéficie déjà de l’IA, mais il y a quand même encore beaucoup de tâches qu’on peut automatiser. Les entreprises souffrent d’une incapacité à proposer une analyse automatisée, beaucoup de gens font encore de l’Excel et génèrent des rapports à la main. La fonction finance peut donc largement bénéficier de l’IA générative.

Les ressources humaines sont la fonction où nous avons déployé en priorité Joule car il y a encore beaucoup de rédaction, donc nous l’avons mis en place pour la création des fiches de postes, des guides d’entretien, et nous l’utilisons en interne pour les entretiens de performance trimestriels pour accélérer la rédaction des comptes rendus. Il y a également le service client, avec les agents qui permettent d’automatiser une grande partie des processus. On ne remplace pas les collaborateurs mais cela change la nature des rôles. Il va falloir apprendre à travailler différemment.

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