Elles s'appellent Suno et Udio et sont toutes les deux américaines. Leur autre point commun : elles sont spécialisées dans la production de musique générée par l'intelligence artificielle. Aujourd'hui, elles se retrouvent poursuivies par les grandes maisons de disques Sony Music, Universal Music Group et Warner Records.
Accusées de commettre des violations massives du droit d'auteur, elles auraient utilisé les enregistrements des maisons de disques pour entraîner leurs systèmes d'intelligence artificielle à l'origine d'outils générateurs de musique.
Deux jeunes entreprises américaines qui ont percé rapidement
Suno, basé dans le Massachusetts, s'est lancé sur le marché il y a peine deux ans avec pour ambition de "briser les barrières entre vous et la chanson que vous rêvez de créer". Elle a lancé son premier produit l'année dernière et affirme que plus de 10 millions de personnes ont utilisé son outil pour faire de la musique. Elle compte parmi ses salariés d'"anciens élèves d'entreprises technologiques pionnières comme Meta, TikTok et Kensho". Aujourd'hui partenaire de Microsoft, la société propose un accès via abonnement mensuel pour accéder à son service et a levé 125 millions de dollars en mai dernier.
Pour sa part, Udio est basé à New York, et connu sous le nom d'Uncharted Labs, est le fruit du travail de plusieurs anciens chercheurs de Google DeepMind. La start-up est soutenue par des investisseurs en capital-risque de premier plan tels qu'Andreessen Horowitz, mais aussi des artistes tels que will.i.am et Common, des entrepreneurs - notamment Kevin Wall – et le co-fondateur d'Instagram, Mike Krieger. Son application, rendue publique en avril, a connu un succès fulgurant en partie grâce à l'outil utilisé pour créer "BBL Drizzy", un morceau parodique lié à la querelle entre les artistes Kendrick Lamar et Drake.
Des titres célèbres en partie recréés grâce à l'IA
Les sociétés ont ainsi copié de la musique sans autorisation pour apprendre à leurs systèmes à créer de la musique qui "concurrencera directement le travail des artistes humains, le rendra moins cher et finira par le noyer", selon les poursuites fédérales déposées par la Recording Industry Association of America ce lundi contre Udio à New York et Suno dans le Massachusetts. "Notre technologie est transformatrice ; elle est conçue pour générer des résultats entièrement nouveaux, et non pour mémoriser et régurgiter des contenus préexistants", justifie Mikey Shulman, CEO de Suno, dans un communiqué.
Les plaintes indiquent que les utilisateurs de Suno et d'Udio ont été en mesure de recréer des éléments de chansons telles que "My Girl" des Temptations, "All I Want for Christmas Is You" de Mariah Carey et "I Got You (I Feel Good)" de James Brown, et qu'ils ont pu générer des voix "impossibles à distinguer" de celles de musiciens tels que Michael Jackson, Bruce Springsteen et ABBA. Les labels demandent ainsi aux tribunaux d'accorder des dommages-intérêts pouvant aller jusqu'à 150 000 dollars par chanson copiée. Ils accusent respectivement Suno d'avoir copié 662 chansons et Udio d'en avoir copié 1 670.
Une démarche agressive qui fait écho à celle entreprise par les médias
Le choix d'intenter une action en justice contre ces sociétés d'IA générative n'a rien de très nouveau ou de très surprenant. D'autres secteurs avant s'y sont frottés, à l'instar des auteurs, des organes de presse et bien d'autres personnes pour l'utilisation qualifiée d'abusive de leur travail afin d'entraîner des modèles d'IA alimentant des chatbots tels que ChatGPT d'OpenAI. L'affaire la plus récente remonte au mois dernier.
Huit journaux américains, dont le Chicago Tribune, ont indiqué poursuivre en justice OpenAI et son principal investisseur, Microsoft. Les deux sociétés sont accusées d’avoir volé des millions d’articles de presse protégés par le droit d’auteur, dans le but d’entraîner leurs outils ChatGPT et Copilot. Ces derniers mois, un certain nombre de médias ont déposé successivement des plaintes contre les deux entreprises, l'affaire ayant fait le plus de bruit est bien sûr celle du New York Times, et l'affaire semble loin d'être réglée.
Dans un autre registre, le New York Times a révélé que Google et OpenAI ont largement aspiré des millions d'heures de vidéos YouTube, passant outre la politique pourtant stricte de la plateforme de vidéos. En effet, YouTube interdit non seulement d'utiliser ses vidéos pour des applications "indépendantes", mais aussi d'accéder à ses vidéos par "des moyens automatisés (tels que des robots, des botnets ou des scrapers)".


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