Alors que l'intérêt pour l'intelligence artificielle ne tarit pas, les coûts liés – notamment ceux d'infrastructure – grimpent en flèche et il semble que cette courbe ne soit pas prête de s'arrêter. La consommation énergétique – intrinsèquement liée – a par ailleurs explosé. Désormais, le combat de bon nombre d'entreprises porte sur la capacité à s'emparer partout sur le globe des actifs énergétiques, et, de fait, sécuriser un approvisionnement en électricité. Et parmi les détenteurs de ces actifs, se trouvent les mineurs de crypto-monnaies, et plus particulièrement de bitcoin.
Cette industrie minière du bitcoin, également très gourmande en énergie, s'est au fil des années accaparée les centres de données nécessaires pour faire tourner convenablement son activité. Toutefois, le boom lié à l'IA pourrait conduire les détenteurs de sites énergétiques à se tourner vers le développement d'IA plutôt que le minage de bitcoin, comme constaté par CoinShares dans son rapport sur le minage de Bitcoin.
Une évolution vers un marché qui a la cote
"À l’avenir, il est concevable que le minage de Bitcoin puisse devenir principalement basé sur des sites énergétiques non sécurisés, en particulier là où il peut subventionner financièrement de tels projets énergétiques. À l’inverse, les mineurs à la recherche d’une diversification des revenus et de marges potentiellement plus élevées sont susceptibles d’investir dans l’IA, ce qui exacerbe cette divergence", affirme le rapport. Selon l'Agence internationale de l'énergie, les centres de données représentent actuellement entre 1 et 1,3% de la consommation mondiale d'électricité, contre environ 0,4% pour le minage de cryptomonnaies. Cette disparité devrait s'accroître.
Gautam Chhugani, Mahika Sapra et Sanskar Chindalia, tous trois analystes de la société de recherche et de courtage Bernstein font un constat similaire dans une note adressée à leurs clients. "Nous constatons un intérêt significatif des investisseurs pour les mineurs de bitcoins qui se tournent vers l'IA/HPC, et ces mêmes investisseurs se demandent si tous les mineurs devraient se tourner vers l'IA".
D'Amazon à Google, les entreprises se tournent déjà vers les sociétés de minage
Certains y trouvent déjà leur compte. Interrogée par Reuters, Kerri Langlais, directrice de la stratégie du mineur de bitcoins TeraWulf affirme que la société a "suscité beaucoup d'intérêt de la part de tout le monde, d'Amazon à Google". L'entreprise possède notamment un site dans le nord de l'État de New York capable de produire jusqu'à 770 mégawatts.
En juin dernier, le mineur de crypto-monnaie Core Scientific a également vu sa cote de popularité remonter en flèche après être fraîchement sorti de la faillite. Il est devenu le premier à annoncer un accord majeur - estimés à plus de 6,7 milliards de dollars sur 12 ans - pour louer ses installations connectées à l'électricité à CoreWeave, société largement soutenue par Nvidia. Pour mémoire, Core Scientific est décrit comme l'un des plus grands propriétaires et exploitants d'infrastructures numériques de haute puissance pour les services d'extraction et d'hébergement de bitcoins en Amérique du Nord. Toutefois, cette bascule vers le marché des centres de données IA présente plusieurs défis.
Deux marchés qui se ressemblent… A quelques exceptions près
Si l'on note des similitudes en termes de capacité énergétique et de spécifications de puissance haute densité, Bernstein souligne toutefois que les deux marchés ont des modèles commerciaux complètement différents. "Les mineurs poursuivent une stratégie exclusive d'auto-exploitation minière et ont pour activité de convertir l'énergie en bitcoin à un coût inférieur au prix de marché réalisé. Ainsi, la seule chose qui compte est la croissance de la production de bitcoins, la part de marché du taux de hachage et une stratégie de trésorerie alignée, qui consiste à ne pas vendre de bitcoins à perte", ajoutent les analystes.
Par ailleurs, les mineurs qui pivotent pour devenir des centres de données dédiés à l'IA doivent intégrer des machines spécifiques à l’IA utilisant des GPU dans leurs installations, car les machines d’extraction ASIC ne sont pas adaptées aux tâches d'entraînement de l’IA. Reste qu'un tel changement pourrait s'avérer extrêmement coûteux. Et le secteur de l'intelligence artificielle étant ce qu'il est – à savoir instable et dépendant de bon nombre d'investisseurs -, il s'agit d'un pari plus que risqué et sans vision à long terme.
Une explosion de la consommation énergétique attendue aux Etats-Unis et dans le monde
Au-delà des changements nécessaires pour s'adapter au marché des centres de données IA, rappelons que la consommation énergétique elle-même n'est pas extensible à souhait. Les centres de données pourraient consommer jusqu'à 9% de l'électricité américaine d'ici la fin de la décennie, estime l'Electric Power Research Institute, ce qui représenterait plus du double de leur consommation actuelle. A l'heure où l'on s'insurge que notre planète brûle, l'annonce d'une telle augmentation n'a pas vraiment l'allure d'une bonne nouvelle.
L'EPRI n'est d'ailleurs pas le seul à mettre le doigt sur ce sujet brûlant. En janvier dernier, l'Agence internationale de l'énergie (IEA) a publié son rapport annuel sur les analyses et prévisions d'électricité jusqu'en 2026. Et le moins que l'on puisse dire c'est que les chiffres sont plutôt inquiétants. En 2022, les centres de données, les crypto-monnaies et l'intelligence artificielle ont consommé environ 460 TWh d'électricité dans le monde, soit près de 2% de la demande mondiale totale d'électricité.
"La consommation d'électricité des centres de données, de l'intelligence artificielle et du secteur des crypto-monnaies pourrait doubler d'ici 2026", indique l'agence internationale, précisant que cette consommation totale d'électricité des centres de données pourrait atteindre plus de 1000 TWh en 2026. Pour donner une image plus concrète, cette demande est à peu près équivalente à la consommation d'électricité du Japon.
Et dans cette histoire, les plus gourmands sont – sans surprise – les géants technologiques, et plus précisément les hyperscalers. "Les outils de recherche comme Google pourraient voir leur demande d'électricité multipliée par dix si l'IA y était pleinement intégrée, affirme le rapport. Si l'on compare la demande moyenne d'électricité d'une recherche Google typique (0,3 Wh d'électricité) à ChatGPT d'OpenAI (2,9 Wh par requête), et si l'on considère 9 milliards de recherches quotidiennes, cela nécessiterait près de 10 TWh d'électricité supplémentaire en un an". La sobriété énergétique ressemble déjà à un vague souvenir que l'on se contente d'oublier.


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