L'Usine Digitale : Dassault Systèmes, votre maison mère, a annoncé la signature d'un partenariat avec Mistral AI, permettant de proposer la nouvelle offre "Large Language Models as a Service " (LLMaaS), s’appuyant sur votre infrastructure qualifiée SecNumCloud. Pourquoi avoir choisi Mistral AI ?
Philippe Miltin, directeur général d'Outscale : Nous nous sommes rapprochés de Mistral AI pour deux raisons. La première est que Dassault Systèmes avait besoin d'un partenaire pour développer des solutions d'IA générative au sein de sa plateforme 3DExperience. Dans le même temps, nous nous sommes rendu compte que nous avions l'opportunité d'offrir la seule solution d'IA générative souveraine de bout en bout, en France et en Europe.
Actuellement, toutes les entreprises qui opèrent les modèles de Mistral le font via des cloud providers étrangers. C'est un avantage important, parce que les acteurs du secteur public ou les acteurs du secteur privé – ayant des données sensibles – ne veulent pas mettre leurs données dans un cloud non sécurisé d'un point de vue légal. Ils s'adressent donc à nous.
On entend énormément parler d'IA générative, mais moins souvent de cas d'usage concrets. Avez-vous le sentiment que cette technologie est devenue véritablement indispensable pour vos clients ?
L'offre avec Mistral a démarré en novembre dernier. Nous sommes vraiment au démarrage. Aujourd'hui, ce qui compte est de bien dimensionner, de bien comprendre le nombre de requêtes nécessaires par utilisateur. Nous ne sommes pas du tout dans un marché mature où les clients savent exactement le retour sur investissement (ROI) qui va être fait. En revanche, nous avons un pipe très impressionnant : nous avons beaucoup de demandes en ce moment. Le secteur public est en première place, suivi par des entreprises pour la partie R&D ou propriété intellectuelle.
Pourriez-vous nous donner un nombre d'utilisateurs ?
Non, je ne peux pas vous le donner. Je n'ai pas l'information : nous fournissons le modèle, mais nous n'avons pas accès aux données de nos utilisateurs.
Faites-vous régulièrement des points avec eux ?
Oui, tous les jours. Ce qui est vraiment intéressant, c'est que nous le faisons de façon conjointe avec Mistral. C'est là notre vraie différence. J'entends souvent des personnes dire qu'elles utilisent Mistral en open source. Or, le recours au modèle payant apporte beaucoup de choses, en particulier le support Mistral. Pour pouvoir faire en sorte que les clients utilisent le mieux possible l'IA générative, il est indispensable de travailler directement avec l'éditeur.
De plus, en matière d'optimisation d'infrastructure, le fait d'opter pour un modèle payant change tout, par rapport à un modèle open source. Ainsi, je pense que le ROI est très facilement démontrable.
Changerez-vous de partenaire si un jour Mistral se fait racheter par une entreprise étrangère ? Rappelons que la licorne compte des investisseurs étrangers, parmi lesquels Nvidia, Microsoft ou encore Sanabil Investments.
Les Américains n'auraient aucun intérêt à racheter Mistral. En les mettant face à OpenAI, Meta ou Grok [modèle développé par X, ndlr], ses différenciateurs deviendraient beaucoup plus faibles. Les risques de rachat me paraissent donc très faibles.
Revenons également sur votre positionnement dans le cloud. Vous avez la particularité d'être qualifié SecNumCloud depuis plusieurs années désormais. Constatez-vous une augmentation de la demande pour les offres de cloud souverain ?
Nous avions perdu notre premier commercial. Il était parti pendant quatre ans. Il s'appelle Donald Trump. Ainsi, avec son retour cette année, nous avons enregistré une croissance à trois chiffres. Durant cette période, nous avons aussi développé la région SecNumCloud en lançant une troisième zone de disponibilité (AZ). De plus, nous venons d'annoncer la sortie prochaine d'Outscale Kubernetes as a Service (OKS) : une plateforme Kubernetes managée, souveraine et sécurisée. Tous ces éléments combinés font que nous n'avons aucune inquiétude.
L'hébergement SecNumCloud coûte plus cher. Toutes les données sont-elles vouées à être hébergées dans des infrastructures qualifiées ?
Non. En tout cas, nous ne recommandons absolument pas de tout y stocker. On ne remplacera jamais les hyperscalers et ce n'est d'ailleurs pas notre objectif. Cette complémentarité concerne uniquement les vraies données sensibles, dans des secteurs régulés, soit des données personnelles, patients ou relatives à la propriété intellectuelle. Pour le reste, cela n'a pas d'intérêt.


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