"C'est une question de volonté. Rien n'est facile, mais c'est possible". Antoine Quach, directeur des systèmes d'information de Ville-la-Grand, résume ainsi la philosophie de la migration de la commune de Haute-Savoie de 10 000 habitants vers une suite collaborative souveraine. Une volonté qui s'est traduite, début 2025, par le remplacement de Microsoft 365 par Hexagone, une alternative française pilotée par la start-up Interstis.
Une suite soutenue par France 2030
Ville-la-Grand a été la première collectivité à adopter la suite Hexagone. Soutenu par le plan d'investissement France 2030 aux côtés de deux autres solutions alternatives, le produit a été développé par un consortium d'éditeurs français.
Il s'agit d'Interstis, pilote du consortium, responsable de l’interface unifiée et de la gestion des espaces collaboratifs (partage de documents, gestion de projets, communication interservices) ; BlueMind qui fournit la messagerie électronique, le calendrier et les contacts dans un environnement souverain ; OnlyOffice, éditeur de la suite bureautique (traitement de texte, tableur, présentation) actuellement intégrée, avant un futur passage à Cryptpad, un fork sécurisé développé par Xwiki ; Linphone (Belldone Communications) qui prend en charge la messagerie instantanée et la téléphonie interne (voix/visioconférence) ; Tranquil IT qui assure la gestion des annuaires utilisateurs (équivalent d’un Active Directory) et la gestion sécurisée des postes de travail (inventaire, configuration, mises à jour) ; ainsi que Parsec, le spécialiste du chiffrement et du travail en environnement Zero Trust, qui fournit des outils de collaboration chiffrés de bout en bout pour les cas d’usage sensibles.
Un hébergement souverain opéré par Outscale
La plateforme repose sur l'hébergement d'Outscale, le cloud de Dassault Systèmes, qui est qualifié SecNumCloud (version 3.2). Ce visa de sécurité est délivré par l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (Anssi) et atteste d'un service d'hébergement de données respectant les plus hauts standards de sécurisation et de robustesse.
Hexagone se présente comme une alternative crédible aux solutions américaines. En revanche, elle ne dispose pas de marketplace comme Microsoft. "Nos briques sont interopérables via une API Gateway. L’accent est mis sur l’usage, la continuité et la sécurité", a précisé Thomas Balladur, cofondateur et CEO d'Interstis, à L'Usine Digitale. Autre point : le prix. La suite, proposée à l'utilisateur ou à l'usage, propose "des tarifs de 30 à 50% inférieurs à ceux de Microsoft".
"Le facteur humain est décisif"
Sur le plan opérationnel, la migration des mails, agendas et documents s'est faite sans blocage. "Il n'y a pas d'obstacle technique. Ce qui ralentit, c'est l'adhésion des utilisateurs", note le CEO. Ville-la-Grand a opté pour une approche progressive, en commençant par les briques collaboratives. "On pourrait tout basculer en une semaine. Mais dans une collectivité, le facteur humain est décisif", a-t-il poursuivi.
Le projet s'inscrit dans une dynamique globale de relocalisation engagée par la commune. "Nous avons un projet d'alimentation à Ville-la-Grand dans lequel nous favorisons les produits locaux, explique le DSI. Alors, pourquoi ne pas faire pareil dans le numérique ?" La décision, appuyée par la maire Nadine Jacquier, s’est construite après un benchmark incluant Microsoft, Wimi et Hexagone. Ce dernier l’a emporté grâce à sa simplicité, sa compatibilité avec les usages métiers et ses garanties en cybersécurité.
La fracture générationnelle a été palpable, raconte Antoine Quach. "Les anciens ont plus de mal avec le changement. Certains regrettaient Outlook, ou le placement des boutons. Mais une fois familiarisés, ils plébiscitent la simplicité du webmail", détaille-t-il.
Vers une montée en puissance du souverain
Pour Interstis, la dynamique est en marche. "Il y a une ruée vers les outils souverains, alimentée par les tensions géopolitiques et les scandales récents. Mais ces projets mettent 8 à 12 mois à se concrétiser. Il faut de la volonté politique et un effort d’explication", note Thomas Balladur.
Déjà adoptée par une trentaine d’entités, Hexagone vise une montée en charge progressive. Interstis revendique 700 000 utilisateurs de ses outils, essentiellement dans le secteur public, mais aussi chez quelques TPE. La suite peut aussi séduire des industriels. "Ce qu’a fait Ville-la-Grand, c’est jouer son rôle de levier d’innovation par la commande publique", conclut le CEO.


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