Proton se démarque avec un assistant IA qui respecte la vie privée de ses utilisateurs

Proton se fait encore une fois remarquer sur le sujet de la souveraineté : son assistant IA "Lumo" fraîchement lancé se place en alternative fiable par rapport aux autres solutions du marché avec l'avantage de ne pas aspirer les données de ses utilisateurs. Un chemin qui n'est pas sans embûches comme le rappelle le patron de l'entreprise, Andy Yen.

Lumo - Proton
Lumo - Proton

"L'IA qui respecte votre vie privée". Cette phrase ressemble presque à un mythe, tant les acteurs du secteur ont du mal à placer le sujet au coeur de tout développement produit, optant souvent pour la collecte de données, l'utilisateur étant plus ou moins contraint d'accepter. Pourtant, certains semblent résister à la tentation. C'est le cas de Proton qui vient de lancer son propre assistant IA.

Baptisé Lumo, il promet "d'apporter tous les bénéfices de l’IA sans compromettre votre vie privée ni la sécurité de vos données." L'idée est simple : vos discussions n’appartiennent qu’à vous, Proton ne conserve aucun journal de ce que vous demandez ni de ce que Lumo répond. Vos conversations ne peuvent pas être vues, partagées ou utilisées pour dresser votre profil.

Un mélange de plusieurs modèles open source en arrière-plan

Derrière l'interface se cachent par ailleurs plusieurs modèles open source, Proton ayant opté pour "un mélange [...] pour offrir la meilleure qualité possible". Mais l'entreprise ne se ferme aucune porte à l'avenir, évoquant la possibilité de développer plus tard ses propres modèles.

"Le tout est onéreux, mais les coûts diminuent très vite, on l’a vu avec DeepSeek. Cela signifie que les petits acteurs comme nous pourront de mieux en mieux rivaliser. Ce qui coûtait des dizaines de milliards coûtera bientôt quelques milliards, puis des centaines de millions", commente Andy Yen, l'un de ses fondateurs et dirigeants, dans une interview accordée au média Le Temps. Jouant le jeu de l'open source jusqu'au bout, Proton a d'ailleurs décidé de publier le code de Lumo. 

Des serveurs basés en Allemagne et en Norvège

Lumo n'enregistre rien sur les serveurs de l'organisation, promet l'entreprise suisse. Ses équipes ont notamment introduit un chiffrement "zéro accès" permettant aux conversations sauvegardées de ne pas être décodées et lues ailleurs que sur l'appareil de l'utilisateur. Détail important justement sur les serveurs qui font tourner Lumo : ces derniers sont basés en Allemagne et en Norvège, "car la Suisse risque de basculer dans une société de surveillance", a déclaré le patron de Proton.

"Nous construisons et contrôlons notre propre infrastructure. Nous possédons des puces et nous augmenterons ces capacités pour répondre à la demande après le lancement du service. Cela dit, malheureusement, cette infrastructure ne sera pas située en Suisse. Proton va investir dans des infrastructures en Allemagne, juste de l’autre côté de la frontière, et nous développons également des installations en Norvège, le tout pour 100 millions de francs [environ 106 millions d'euros, ndlr]", indique-t-il, précisant que ce choix s'est fait à cause de la révision d'ordonnances liées à la loi sur la surveillance des communications, récemment soumise à consultation publique.

Une proposition extrême pour la Suisse 

Une proposition extrême qui a d'ailleurs fait réagir "tous les grands partis politiques et quasiment toute l’industrie", rapporte Le Temps. Dans les grandes lignes, la proposition vise en effet à imposer en Suisse une surveillance de masse jugée pourtant illégale, non seulement dans l’Union européenne mais aussi aux Etats-Unis. Cela forcerait les entreprises nationales à espionner leurs utilisateurs pour le compte de l’Etat.

De facto, si ce projet de loi venait à passer, les services proposés par Proton en Suisse s'en verraient moins privés que ceux de Google en Suisse, admet Andy Yen. Ainsi, déterminé à ne pas se laisser surprendre, l'entreprise a décidé de prendre les devants pour assurer la souveraineté de son assistant IA.

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