Unity annonce le départ de son patron John Riccitiello dans un climat tendu

Moins d'un mois après la création d'une taxe imposée unilatéralement aux développeurs utilisant son moteur de jeu vidéo, Unity Technologies annonce le départ de son grand patron. Celui-ci était vivement critiqué, même après un rétropédalage partiel de la société américaine.

John Riccitiello
John Riccitiello

Après neuf ans à la tête d'Unity Technologies, John Riccitiello se retire soudainement, a annoncé lundi 9 octobre l'entreprise dans un communiqué à l'intention de ses investisseurs. Le patron, qui occupait jusqu'ici les fonctions de président, CEO et membre du conseil d'administration de la société, va laisser sa place à James M. Whitehurst, ancien CEO de Red Hat (de 2007 à 2020), lequel vient d'être nommé en intérim dans l'attente d'un remplaçant permanent. John Riccitiello continuera de conseiller Unity dans un premier temps "afin d'assurer une transition en douceur".

Commentant le "privilège" qu'a eu John Riccitiello de diriger l'une des entreprises les plus importantes du jeu vidéo, le communiqué ne mentionne à aucun moment les raisons de ce départ précipité. Unity veut manifestement tourner une page, cherchant au passage un moyen efficace d'enterrer une récente controverse autour du business model de son moteur de jeu, très populaire auprès des studios de développement du monde entier.

Mettre fin à un bad buzz

La nouvelle intervient en effet moins d'un mois après l'annonce d'une taxe imposée aux développeurs sans que ces derniers aient été consultés et provoquant une colère massive exprimée sur les réseaux sociaux. Le bad buzz se poursuivant et la nouvelle contribution imposée menaçant les modèles d'affaires de nombreux développeurs et studios, certains ont promis de délaisser le moteur Unity pour ses concurrents. Unity Technologies a fini par rétropédaler partiellement afin d'apaiser les tensions, quelques jours plus tard.

Quelques jours trop tard ? Il est certain que ce scandale n'a pas joué en la faveur de John Riccitiello, cité nommément par les développeurs les plus courroucés. Fait-il office de fusible pour une entreprise qui cherche à rassurer et faire revenir ses clients ? Probablement, mais la réputation du grand patron d'Unity pourrait aussi l'avoir précipité vers la sortie en ces temps troublés.

Le journaliste de The Verge Tom Warren signalait encore récemment que John Riccitiello était le CEO d'Electronic Arts lorsque la firme derrière les jeux vidéo FIFA avait lancé ses premières lootboxes controversées. D'autres ont fait remonter des accusations de harcèlement sexuel qui visaient le dirigeant en 2019.

Sous l'ère Riccitiello, une forte croissance mais pas de bénéfices

Son remplaçant s'est dit "honoré" de reprendre les rênes "à ce moment important de l'évolution [d'Unity]" et "convaincu que Unity est bien placé pour continuer à améliorer sa plateforme, à renforcer sa communauté de clients, de développeurs et de partenaires, et à se concentrer sur ses objectifs de croissance et de rentabilité". Il n'est pas étranger aux situations de crise, ayant œuvré en tant que COO de la compagnie aérienne Delta Air Lines de 2005 à 2007, lorsqu'elle était en faillite.

Alors que doivent être publiés sous peu les résultats trimestriels de l'entreprise, il est bon de rappeler qu'elle n'a jamais réussi à sortir de son déficit chronique sous l'ère Riccitiello malgré une croissance importante, comme le montrent ses précédents documents financiers.

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