X (ex-Twitter) interdit au Brésil pour avoir refusé d'obéir à la justice

La guerre est déclarée entre Elon Musk, propriétaire de X, et le juge brésilien Alexandre de Moraes. X refuse de fermer certains comptes du réseau social accusés de propager de fausses informations pour déstabiliser le pays politiquement. En dernier recours, le juge a fait interdir le réseau social sur le territoire.

Rio de Janeiro - Corcovado
Rio de Janeiro - Corcovado

Alexandre de Moraes, juge du Tribunal suprême fédéral du Brésil, a donné l'ordre aux fournisseurs d'accès à Internet du pays de bloquer l'accès au réseau social X (anciennement Twitter) le 31 août. La décision fait suite au refus de l'entreprise de fermer certains comptes jugés comme malveillants par la justice brésilienne.

X refuse de fermer des comptes malveillants

Ces derniers sont notamment liés à la tentative de coup d'état de 2023 suite à la défaite de Jair Bolsonaro à l'élection présidentielle. Alexandre de Moraes a précédemment œuvré comme président du Tribunal supérieur électoral du Brésil et connaît donc le dossier par cœur. Elon Musk, le propriétaire d'X, ne cache plus son penchant pour l'extrême droite et s'est donc opposé à toute collaboration avec la justice brésilienne, prétextant "une tentative de censure".

L'entreprise a donc licencié son personnel dans le pays (qui risquait la prison s'il ne s'exécutait pas), ce qui a conduit à une hausse de ton du juge et au blocage du service. Outre les opérations télécoms brésiliens, Apple et Google se sont vus sommés de faire disparaître l'application de leurs boutiques d'applications dans le pays. L'utilisation de X (par le biais d'un VPN) est aussi désormais illégale et passible d'une amende de 50 000 réals par jour.

Les comptes bancaires de Starlink ont été gelés

Provocateur s'il en est, Elon Musk a enchaîné les messages moqueurs et dénonciateurs à propos du juge et s'est même interrogé sur la possibilité de fournir un accès gratuit au réseau social par le biais de Starlink, le service de communication d'un de ses autres entreprises, SpaceX. Le juge Moraes a cependant gelé les comptes bancaires de Starlink jeudi dernier afin de mettre une pression supplémentaire au milliardaire. Au passage, SpaceX aurait 3 millions de dollars d'amendes impayées au Brésil.

Cette affaire, qui irrite évidemment les utilisateurs du réseau social au Brésil, est un cas d'école de l'étrange rapport de force entre des entreprises technologiques dont les services sont transnationaux et dématérialisés et les instances dirigeantes de gouvernements qui n'ont parfois que bien peu d'emprise sur elles. Présenté sous un angle élogieux pour avoir facilité des contestations populaires comme lors du "Printemps arabe" de 2011, ce refus de coopérer avec la justice d'un pays à un autre goût lorsqu'il s'agit d'un gouvernement démocratique.

Une chose est sûre : X n'avait pas besoin de ça alors que ses finances sont dans le rouge depuis son rachat par Musk. Ouvertement hostile au gouvernement de Joe Biden, le milliardaire s'est aussi pris récemment à Thierry Breton, Commissaire européen au Marché intérieur, qui lui reprochait des faits similaires de propagation de fausses informations. Pas sûr qu'il s'agisse d'une stratégie gagnante à long terme.

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