La Commission européenne a présenté ce 9 avril 2025 son "AI Continent Action Plan" pour que l'Europe devienne "le leader mondial de l'intelligence artificielle". Au total, 200 milliards d'euros sont engagés, dont 50 milliards d'euros de financements publics et le reste en financements privés via l'alliance "EU AI Champions Initiative".
"La course mondiale à l'IA est loin d'être terminée. Il est temps d'agir. Ce plan d'action définit les domaines clés dans lesquels les efforts doivent être intensifiés pour faire de l'Europe un continent de premier plan en matière d'IA", a déclaré Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive pour la souveraineté technologique, la sécurité et la démocratie, à l'occasion de la présentation du plan.
Un plan autour de cinq piliers
Le plan d'action de l'exécutif européen s'articule autour de cinq piliers : construire une infrastructure informatique et de données d'IA à grande échelle, accroître l'accès à des données volumineuses et de haute qualité, développer des algorithmes et favoriser l'adoption de l'IA dans les secteurs stratégiques de l'UE, renforcer les compétences et les talents et simplifier la réglementation.
Le premier pilier repose sur les "AI Factories" et les "AI Gigafactories". A ce jour, 13 usines d'IA sont déjà déployées dans les supercalculateurs européens, en France notamment. Elles ont pour objectif d'aider les start-up, l'industrie et les chercheurs à développer "des modèles et des applications d'IA". Un "point d'accès unique" pour tous les utilisateurs européens afin d'accéder aux usines et à leurs services doit être mis en place au deuxième trimestre 2025.
Le déploiement de gigausines d'IA est également prévu. Il s'agira d'installations à grande échelle équipées "d'environ 100 000 puces d'IA de pointe", "soit quatre fois plus que les usines d'IA actuelles". Elles seront fédérées avec le réseau EuroHPC d'usines d'IA, "garantissant une intégration et un partage des connaissances fluides au sein de l'écosystème européen de l'IA".
Le financement des gigausines sera assuré grâce à des partenariats public-privé et à "des mécanismes de financement innovants". Les fonds seront notamment issus d'InvestAI, un plan visant à mobiliser 20 milliards d'euros d'investissements pour les infrastructures d'IA, présenté à l'occasion du Sommet pour l'action sur l'intelligence artificielle qui s'est déroulé le 10 et 11 février dernier. Les Etats membres devront également mettre la main à la poche.
Combler le retard sur les capacités dans les data centers
Le troisième point du premier pilier porte sur le cloud et les centres de données. Le but : combler le retard de l'UE "par rapport aux États-Unis et à la Chine en termes de capacité disponible en centres de données, dépendant fortement d'infrastructures installées et contrôlées dans d'autres régions du monde, auxquelles les utilisateurs de l'UE accèdent via le cloud". Dans ce cadre, le plan prévoit l'adoption d'une nouvelle réglementation sur le développement du cloud et de l'IA. Une consultation publique vient d'être lancée sur ce sujet.
Le deuxième pilier porte sur l'accroissement de l'accès à des données volumineuses et de haute qualité. Le plan prévoit la création de laboratoires de données afin de rassembler et générer de grands volumes de données issues des usines d'IA. La Commission souhaite également adopter une stratégie des données, après avoir consulté des parties prenantes sur ce sujet. L'objectif étant de créer un véritable marché intérieur des données. Les espaces européens communs de données bénéficieront également d'un soutien important.
Au-delà des structures et des données, l'exécutif bruxellois souhaite également favoriser l'adoption de l'IA dans les secteurs stratégiques de l'UE. La situation actuelle est la suivante : en 2024, seulement 13,5% des entreprises de l'UE avaient adopté l'IA. C'est peu. La problématique est particulièrement vraie pour les PME et ETI. Le plan se concentre ainsi, dans un premier temps, sur les secteurs industriels où le savoir-faire de l'UE pourrait contribuer à accroître la productivité et la compétitivité.
Pour ce faire, le plan prévoit l'organisation de "dialogues structurés avec les représentants de l'industrie et du secteur public" afin d'identifier les livrables et les indicateurs clés de performance (KPI) sectoriels liés à l'IA.
Des programmes d'éducation pour former les talents de demain
Du côté de la formation, la Commission intégrera des mesures pour élargir le vivier de talents dans son Plan stratégique pour l'éducation. Elle prévoit également de faciliter le recrutement international d'experts et de chercheurs hautement qualifiés dans le domaine de l'IA, au moyen d'initiatives telle que le réservoir de talents et les programmes de bourses en IA. Par ailleurs, des programmes d'éducation et de formation seront élaborés afin de préparer la prochaine génération de spécialistes.
Le dernier pilier concerne la simplification de la législation. Pragmatique, la Commission écrit que "le succès de l'AI Act dépendra principalement de la praticabilité des règles sur le terrain". Entré en vigueur le 1er août 2024, le texte sera mis en œuvre progressivement, jusqu’à une application complète au 2 août 2027.
Une plateforme pour aider les entreprises à respecter l'AI Act
Dans un premier temps, la Commission lance le "AI Act Service Desk", une plateforme centrale d’information sur la réglementation permettant aux parties prenantes de demander de l’aide et de recevoir des réponses personnalisées. Le service sera animé par une équipe dédiée au sein du Bureau de l’IA. En pratique, il proposera "une plateforme interactive" où les entités du secteur public et privé pourront poser des questions et accéder à des outils techniques pour les aider à appliquer le texte.
Le plan de la Commission prévoit des actions dont les résultats ne seront visibles qu’à long terme. Or, la capacité à ne pas se laisser distancer par les États-Unis et la Chine se joue dès maintenant. Rappelons qu'outre-Atlantique, un projet de 500 milliards de dollars a été mis sur la table, principalement financé par des fonds privés. Les entreprises annoncent elles aussi des investissements records, à l'image d'Apple qui prévoit d'investir 500 milliards de dollars dans l'IA et les puces.


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