Cloud souverain, IA, quantique... La France et l'Allemagne renforcent leur coopération

Lors d'une rencontre à Toulon, le président Emmanuel Macron et le Chancelier Friedrich Merz ont adopté un agenda commun marquant une intensification de leur coopération dans des domaines clés, tels que l'IA, le calcul haute performance ou encore l'attractivité des start-up. Ils défendent également une simplification du cadre juridique de l'UE. 

Agenda franco-allemand
Agenda franco-allemand

A l'occasion du 25ème Conseil des ministres franco-allemand, qui s'est tenu à Toulon le 29 août 2025, les pays ont présenté et adopté une feuille de route commune dans plusieurs secteurs économiques clés, rapporte le média Euractiv. Au total, ce sont "huit documents stratégiques" et "20 projets phares" qui ont été lancés, a déclaré le président Emmanuel Macron, accompagné de son homologue allemand, le Chancelier Friedrich Merz.

La souveraineté technologique au coeur

Sans grande surprise, les nouvelles technologies sont au coeur de la relance économique souhaitée par les deux pays européens. Le but : consolider la compétitivité et réduire les dépendances stratégiques. Dans ce cadre, ils placent la souveraineté numérique au coeur de leur agenda.

Dans un premier temps, les Etats ont réaffirmé leur soutien au développement d'un cloud souverain pour protéger "à un niveau élevé" les données les plus sensibles "dans le cadre réglementaire approprié". Les deux pays prévoient notamment d'établir un rapport visant à définir "la taille du marché" pour les entreprises souhaitant réduire "les risques de leur stratégie multi-cloud grâce à un pilier européen".

Rapprocher les suites bureautiques pour le public

Sur les dépendances technologiques, la feuille de route prévoit un rapprochement des outils numériques publics des deux pays - La Suite numérique en France et OpenDesk en Allemagne - pour en faire "un écosystème commun". Les deux pays organiseront le 18 novembre prochain un sommet dédié au sujet de la souveraineté, réunissant la Commission européenne, les Etats membres et des acteurs privés. L'objectif est de mobiliser des investissements publics et privés pour abonder les fonds existants.

En matière d'intelligence artificielle, les chefs d'Etat ont annoncé un renforcement de leur réseau de recherche tout en soutenant les grands projets européens. Ils s'engagent ainsi à soutenir les projets d'intérêt commun et mettre en place des programmes conjoints pour encourager "l'innovation de rupture".

Développer des modèles de fondation

Est également prévu "une animation des écosystèmes IA" avec des échanges d'experts et de bonnes pratiques, une utilisation partagée des ressources de calcul haute performance via des AI Factories - ou usines d'IA - et les infrastructures EuroHPC. Par ailleurs, les deux pays lancent une initiative commune pour développer des modèles de fondation, des modèles de grande taille entraînés sur d'énormes quantités de données non étiquetées et capables de réaliser une grande variété de tâches.

Le développement des start-up est également au coeur de l'agenda économique. La France et l'Allemagne sont ainsi à l'origine de FIVE (Financing Innovative Ventures in Europe), lancé en juillet dernier. Cette initiative vise à renforcer le financement des entreprises technologiques en forte croissance. Un groupe de travail a été lancé à cette occasion pour rédiger un rapport abordant plusieurs points clés, tels que l'augmentation de l'attractivité des cotations sur les bourses européennes pour les scale-up, l'amélioration des mécanismes de financement public...

Un écosystème commun d'informatique quantique

Sur le quantique, la feuille de route prévoit la mise en place "d'un écosystème d'informatique quantique commun" qui rassemblera les industriels, les start-up du quantique, les instituts de recherche et le milieu universitaire. Ils doivent notamment développer des cas d'usage industriels.

La coopération porte également sur la métrologie quantique, soit l'ensemble des méthodes qui utilisent les propriétés des objets quantiques pour mesurer avec une très grande précision les distances, les températures, le temps ou encore la gravité. La France et l'Allemagne souhaitent mobiliser l'expertise de leurs instituts nationaux de métrologie pour élaborer des méthodes communes de mesure et de caractérisation. Ces travaux visent à établir des standards fiables, garantir l'évaluation indépendante des technologies ainsi qu'à contribuer à l'émergence des normes européennes et internationales.

Il reste à savoir si ces initiatives, encore au stade de projets, permettront réellement de combler le retard face aux grandes puissances technologiques mondiales et de transformer l'affichage politique en résultats tangibles pour les entreprises.

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