Un an après le rapport Draghi, l'Europe accélère sur l'IA mais reste fragile

Alors que le rapport Draghi souffle sa première bougie, il est temps de faire le bilan. Plus de 200 milliards d'euros ont été mobilisés pour l'intelligence artificielle, dont le lancement de cinq gigafactories. En parallèle, pour accroître les capacités de calcul, cinq nouveaux supercalculateurs ont été déployés. La Commission insiste aussi sur la mise en oeuvre de la simplification réglementaire. Malgré ces avancées, des dépendances persistent envers les Etats-Unis et la Chine. 

Rapport Draghi
Rapport Draghi

Lors d'une conférence organisée à Bruxelles ce 16 septembre 2025 pour marquer le premier anniversaire du rapport Draghi sur la compétitivité en Europe, la Commission européenne a présenté un bilan contrasté.

D'un côté, des progrès sont visibles dans l'intelligence artificielle et la simplification réglementaire. De l'autre, Mario Draghi a dressé un constat sévère sur la lenteur européenne, l'ampleur des besoins financiers et les fragilités structurelles face aux Etats-Unis et à la Chine.  

En matière d'lA, l'Europe est loin derrière

Sans grande surprise, l'IA est ay coeur du bilan. L'ex-Premier ministre italien et l'ancien président de la Banque centrale européenne a rappelé qu'il s'agissait d'une technologie "transformationnelle", comparable à l'électricité au 19ème siècle, tout en soulignant le retard pris par l'Europe. Les chiffres sont clairs : en 2024, les Etats-Unis ont produit "40 grands modèles de fondation", 15 du côté de la Chine et seulement trois au sein de l'Union européenne. 

Afin de combler cet écart, il plaide pour lever les barrières au marché unique, accroître les financements dédiés aux start-up ainsi que de concentrer les ressources sur quelques projets stratégiques, sur le modèle de la Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA), une agence du département de la Défense des États-Unis chargée de l'innovation. 

Le projet de simplification du RGPD trop léger 

L'ancien président de la BCE insiste également sur la nécessité de simplifier le Règlement général sur la protection des données (RGPD), comme il a pu le faire dans son premier rapport. Il dénonce les surcharges introduites par les Etats membres et cite une étude selon laquelle ce texte a renchéri le coût des données de près de 20% pour les entreprises européennes par rapport à leurs concurrentes américaines. 

Le projet de simplification porté par la Commission n'est pas suffisant, selon lui. "Les seuls changements envisagés pour l'instant sont un allègement des exigences en matière de tenue de registres et l'extension des dérogations pour les PME aux entreprises de taille intermédiaire", a-t-il dénoncé. Il appelle à une simplification radicale. 

La Commission se félicite des avancées 

De son côté, Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, a défendu ses réussites en mettant en avant les avancées obtenues depuis un an. Elle cite les cinq gigafactories qui sont en cours de lancement, soutenues par une enveloppe de 20 milliards d'euros d'investissements publics et un engagement du secteur privé qui a déjà proposé 230 milliards d'euros supplémentaires. 

D'après la présidente, le nombre d'entreprises installées sur le sol européen utilisant l'IA a progressé de 67% en un an, avec l'émergence de champions comme Mistral AI. L'UE a également renforcé sa capacité de calcul avec quatre supercalculateurs désormais classés parmi les dix plus puissants au monde, dont Jupiter en Allemagne et HPC6 en Italie

Des dépendances persistantes 

Dans ce cadre, les deux responsables ont insisté sur la nécessité de réduire les dépendances stratégiques. Mario Draghi a rappelé que l'UE reste vulnérable à la domination chinoise dans les matières premières critiques mais également à sa dépendance vis-à-vis des Etats-Unis en matière de défense. 

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