Après l'acquisition de Weights & Biases, CoreWeave file tout droit vers l'IPO

CoreWeave monte en puissance. Elle vient de s'emparer d'une autre start-up, éditrice d'une plateforme MLOps. Elle se concentre désormais sur son introduction en Bourse. En parcourant le document déposé auprès de la SEC, on apprend que son chiffre d'affaires a bondi de 737% entre 2023 et 2024, notamment grâce à son meilleur client, Microsoft. Retour sur l'histoire de ce protégé de Nvidia.

CoreWeave
CoreWeave

Le spécialiste du cloud GPU agite les foules. Tandis que l'entreprise américaine annonce l'acquisition de Weights & Biases, les rumeurs se multiplient : introduction en Bourse prochainement, Microsoft se retire de tout accord avec la société... L'occasion de faire le point sur cette start-up devenue partenaire privilégié de Nvidia.

13 milliards de dollars amassés

Lancée en 2017, CoreWeave a levé plus de 13 milliards de dollars depuis ses débuts, incluant une prise de participation cette semaine par Stack Capital s'élevant à 10 millions de dollars. Elle compte parmi ses investisseurs BlackRock, Citi, Caisse de dépôt et placement du Québec, Deutsche Bank ou encore Nvidia. Son marché ? Vendre des machines virtuelles basées sur les GPU de Nvidia sous forme de sessions cloud qui sont typiquement utilisées pour entraîner des modèles d'IA. Un virage stratégique après avoir échoué sur son projet initial qui consistait à proposer une infrastructure pour l'exploitation de la cryptomonnaie Ethereum.

Aujourd'hui, la start-up prend du galon en faisant l'acquisition de Weights & Biases, autre jeune pousse éditant une plateforme MLOps destinée aux développeurs qui crée des outils de visualisation des performances pour le machine learning. Cette dernière s'est également lancée en 2017 et est basée à San Francisco. Elle a levé plus de 250 millions de dollars de financement et compte parmi ses clients des entreprises telles que Meta, Nvidia, OpenAI, Mistral AI, IBM, Cohere, Snowflake et Toyota.

Renforcer de sa position sur le marché de l'IA

La plateforme développée par Weights & Biases "agit comme le système d'enregistrement pour l'entraînement et le fine-tuning des modèles d'IA et le développement d'applications d'IA", assure CoreWeave. En s'en emparant – pour un montant non divulgué – la start-up cherche à consolider sa position d'acteur référent en matière d'IA, du calcul à la gestion des modèles en passant par l'évaluation et la surveillance des applications.

Son ambition est forte : créer une plateforme de bout en bout permettant aux principaux laboratoires et entreprises d'IA dans le monde de créer, d'optimiser et de déployer des applications d'IA, et de commercialiser plus rapidement leurs innovations. En mettant en commun les forces des deux sociétés, CoreWeave espère également proposer à ses clients une surveillance des performances des modèles en temps réel et une orchestration robuste.

Il assure que les clients de W&B pourront également continuer à faire tourner leurs modèles où ils le souhaitent, que ce soit sur site ou avec le fournisseur d'infrastructure de leur choix. Pas d'obligation d'utiliser sa plateforme. Côté calendrier, l'acquisition devrait être clôturée au cours du premier semestre 2025, "date à laquelle nous accueillerons l'équipe Weights & Biases", indique CoreWeave. Et la start-up ne compte pas s'arrêter là puisqu'une introduction en Bourse serait sur le feu.

L'IPO, le graal pour CoreWeave

CoreWeave a bel et bien déposé son dossier d'introduction en Bourse auprès de la SEC – la rumeur était donc avérée – avec les déclarations suivantes : 737% d'augmentation de revenus entre 2023 et 2024, amenant à un chiffre d'affaires de 1,9 milliard de dollars pour l'année écoulée contre 229 millions de dollars l'année précédente.

Le document nous apprend également qu'au 31 décembre 2024, son réseau de 32 centres de données faisait tourner plus de 250 000 GPU soutenus par plus de 360 MW d'énergie. "Notre puissance contractuelle totale s'élève à environ 1,3 GW au 31 décembre 2024, que nous prévoyons de déployer au cours des prochaines années", indique la société.

Toutefois, cela a un coût : le financement de cette capacité de calcul a entraîné une dette conséquente pour l'entreprise. A noter à ce sujet que CoreWeave avait, au 31 décembre 2024, 15,1 milliards de dollars de contrats non honorés, soit une augmentation de 53% par rapport aux 9,9 milliards de dollars au 31 décembre 2023. Il s'agit de services que la start-up s'est engagée à fournir mais n'a pas encore pu délivrer. Cela révèle potentiellement que les capacités de calcul dont elle dispose ne suffisent pas à répondre à la demande des clients.

Forte dépendance à Microsoft

En parcourant le document officiel déposé auprès de la SEC, on apprend qu'une part importante des revenus de CoreWeave provient d'un nombre limité de clients. "Nous avons comptabilisé un total d'environ 77% de nos revenus provenant de nos deux principaux clients pour l'exercice clos le 31 décembre 2024. Aucun de nos autres clients ne représentait 10% ou plus de nos revenus pour cet exercice". Un nom est donné quelques lignes plus bas : Microsoft représentait respectivement 35% et 62% de son chiffre d'affaires pour les exercices clos les 31 décembre 2023 et 2024.

CoreWeave ne cache pas être au pied du mur par ailleurs : "Tout changement négatif dans la demande de Microsoft, dans la capacité ou la volonté de Microsoft d'exécuter ses contrats avec nous, dans les lois ou réglementations applicables à Microsoft ou aux régions dans lesquelles elle opère, ou dans notre relation stratégique plus large avec Microsoft, aurait un impact négatif sur nos activités, nos résultats d'exploitation, notre situation financière et nos perspectives d'avenir". La start-up s'avère donc fortement dépendante de ce poids lourd du cloud, ce qui n'est pas particulièrement rassurant quant à ses futures perspectives.

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