L'Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (Arcep) publie comme chaque année son baromètre du numérique, étude sur la diffusion des équipements numériques et les usages liés. Si la téléphonie, internet et les objets connectés prennent une grande place dans le rapport, posant les bases du niveau d'équipement, la deuxième partie est autrement plus intéressante : elle s'intéresse aux usages d’internet. Et plus particulièrement aux usages émergents, comme le recours à l’intelligence artificielle dans le cadre de son emploi, ses études ou de sa vie personnelle.
Ainsi, sur l'année 2024, 33% des Français affirment avoir déjà utilisé des outils d'IA en 2024, contre 20% en 2023. Les usages dans le cadre de la vie privée dominent (26%, soit +10 points en un an), et dépassent de peu ceux liés à la vie professionnelle (22%, également +10 points sur la même période), preuve que l'IA a décidément la cote.
L'IA, (encore) un outil qui entrave l'égalité des sexes
Surprise (ou pas) Les hommes ont davantage recours aux outils d'intelligence artificielle que les femmes, tant dans la vie privée que professionnelle. Sur l'année écoulée, 25% des hommes les utilisent dans un cadre professionnel, contre 20% des femmes, et 30% des hommes en font usage dans leur vie privée, contre 22% des femmes. Cet écart entre les genres reste similaire à celui observé en 2023.
Venant appuyer l'idée qu'un écart se creuse, deux études récentes indiquent que, même lorsqu’ils occupent les mêmes emplois, les hommes sont plus susceptibles de se tourner vers l'IA, notamment ChatGPT, que les femmes. Selon ces études, le manque de confiance en elles pourrait être en partie responsable de cette situation : les femmes qui n’utilisent pas l'IA indiquent plus souvent que les hommes leur besoin de formation pour utiliser cette technologie. L'âge est aussi un marqueur : les 18-24 ans sont la tranche d'âge qui utilise le plus fréquemment ces outils dans leur vie professionnelle ou dans le cadre de leurs études. Ainsi, 69% d'entre eux ont déjà eu recours à l'IA dans ce contexte, contre 41% des 25-39 ans.
Entre manque de confiance et forte défiance
La méfiance vis-à-vis de ces outils d'IA recule avec l'usage personnel de ceux-ci : seules 26% des personnes ayant déjà utilisé l'un de ces outils s'en méfient (contre 71% de celles n'en ayant jamais utilisé), laissant augurer une meilleure acceptation de ces outils à l'avenir. La méfiance augmente, sans surprise, avec l'âge : les personnes plus âgées se montrent en effet plus sceptiques que les plus jeunes. Ainsi, 70% des 70 ans et plus expriment de la méfiance, contre seulement 38% des 18-24 ans.
Pour l’heure, la population reste néanmoins majoritairement méfiante vis-à-vis de l'IA : 56% des Français expriment un manque de confiance envers l'IA, dont 21% affichent une forte défiance. Les répondants ayant déjà intégré cette technologie dans leur vie professionnelle, leurs études ou leur quotidien se révèlent globalement plus confiants (74%) que ceux qui ne l'ont pas encore utilisée (26%). Mais dans son baromètre, l'Arcep explique ne pas arriver à déterminer avec certitude le sens de la corrélation : les personnes les plus ouvertes à l’IA ont-elles été plus enclines à l’adopter ? Ou est-ce l’usage de l’IA qui renforce la confiance dans cette technologie ?
L'IA, grand sujet de tension pour l'emploi
Dans l'édition du Baromètre du numérique de 2008, l'impact des ordinateurs et d'internet avait été étudié - date clé à laquelle Google a d'ailleurs lancé son navigateur Chrome. La grande majorité des répondants (84%) considérait alors internet comme une opportunité pour l'emploi. L'opinion publique voyait également un effet positif des ordinateurs et d'internet pour la création artistique, mais, en revanche, percevait ces technologies comme une menace pour l'environnement et le développement durable pour un tiers d'entre eux.
La comparaison faite aujourd'hui avec la démocratisation de l'IA est intéressante : l'IA est majoritairement perçue comme une menace dans les secteurs de l'emploi (62%) et de la création artistique (53%). Comme en 2008 pour les ordinateurs et internet, les avis sur l'impact de l'IA sur l'environnement et le développement durable restent partagés, sans consensus clair (48% la considèrent comme une menace, 48% comme une opportunité). Enfin, l'IA pourrait profiter à l'éducation et à la formation selon 50% des sondés, bien que 47% la voient toujours comme une menace.
Par ailleurs, le baromètre soulève un point intéressant : les jeunes générations se montrent systématiquement nettement plus optimistes que leurs aînés quant à l’impact de l’intelligence artificielle, voyant en elle une opportunité plutôt qu'une menace. La seule crainte qu'ils aient semblent être du côté de l'emploi. Ainsi, 50 % des 12-17 ans considèrent l'IA comme une opportunité, tandis que l'autre moitié y voit une menace. Les auteurs du baromètre s'interrogent : craignent-ils que l’IA complexifie leur propre insertion professionnelle ?
En fin de compte, 20% de la population perçoit l'intelligence artificielle comme une chance pour les quatre aspects mentionnés (l'emploi, la création artistique, l'environnement et le développement durable et l'éducation et la formation) tandis que 29% perçoit des menaces pour tous ces aspects; la moitié de la population (51%) étant plus mitigée.
L'IA fait augmenter la crainte de chacun pour la sécurité des données
Il est par ailleurs intéressant de noter que sur le sujet de la protection sur internet, l'IA s'immisce à sa manière. En effet, la préoccupation liée à la protection des données individuelles constitue le principal frein à l’utilisation d’internet pour un tiers des répondants. "Après avoir considérablement reculé au cours des cinq dernières années, cette inquiétude concernant la sécurité des données remonte, avec une augmentation de 13 points par rapport à 2023", souligne le baromètre.
Alors, à qui la faute ? Si le RGPD avait, pour un temps rassuré les Français, il semble que ce rebond d'inquiétudes pourrait s'expliquer par l'émergence de technologies, en premier lieu de quoi l'IA. Les utilisateurs peuvent craindre les dérives potentielles liées à l’utilisation de leurs données dans ces nouveaux contextes, à raison.


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