L'intelligence artificielle. Deux petits mots que bon nombre d'entreprises ont en tête depuis la sortie, il y a maintenant plus de deux ans, de ChatGPT auprès du grand public. La technologie a fait son petit bonhomme de chemin, s'attirant les faveurs de certains et la méfiance d'autres, l'argent des uns et l'envie de réglementation des autres.
Dans son rapport préliminaire, baptisé "PitchBook's 2024 Annual Venture Capital First Look", le fournisseur de données sur les marchés privés et publics constate la chose suivante : les marchés mondiaux du capital-risque sortent d'une année difficile en 2024.
2024, loin d'être un bon millésime
Dans son baromètre du capital-risque pour l'année 2023, EY indiquait que cette année "restera pour l'écosystème comme une année de rupture. Après plus d'une décennie de croissance des investissements, seules 715 sociétés sont parvenues à lever 8,3 milliards sur l'année 2023, soit une baisse de 38% en valeur et de 3% en volume".
L'année 2024 devait donc marquer une reprise pour les VC (venture capital), ou du moins se faire l'écho d'un espoir de croissance avant qu'elle ne commence. Le résultat n'est malheureusement pas à la hauteur, ne produisant ni les sorties ni les rendements escomptés par le marché. Le manque de distributions continue de freiner les collectes de fonds à l'échelle mondiale, les investisseurs institutionnels restant prudents face à l'industrie, constate PitchBook.
Les Etats-Unis tirent la production vers le haut
Les données montrent cependant que l'activité de transactions n'a pas connu une année aussi difficile que prévu. Aux États-Unis, on observe même un léger redressement, les estimations indiquant que les résultats finaux de l'année dépassent ceux de 2023 et largement ceux des années précédant 2021. Dans une année où les valorisations en baisse ou stables ont atteint près de 30% des transactions conclues aux États-Unis, l'importante réserve de capitaux accumulée en 2021 et 2022 apparaît comme le principal facteur de l'intérêt constant pour le capital-risque.
Bien sûr, l'intérêt croissant pour l'IA a également joué un rôle dans la légère augmentation du nombre de transactions d'une année sur l'autre. En 2024, près de 30% des investissements réalisés aux États-Unis ont concerné des entreprises liées à l'IA, une croissance significative par rapport aux années précédentes. Les deals les plus importants sont sans conteste Anthropic et ses deux levées de fonds auxquelles Amazon a participé, Waymo et ses 5,6 milliards de dollars levés, xAI et ses deux levées de six milliards de dollars, OpenAI et ses 6,6 milliards de dollars ou encore Databricks qui a récemment levé 10 milliards de dollars.
Des investissements en baisse, l'IA occupe un quart des financements
En 2024, la valeur des investissements en capital-risque en Europe a légèrement diminué, passant de 61,6 milliards d'euros à 56,7 milliards d'euros, tandis que le nombre de transactions a diminué d'environ 16% sur un an, passant de 11 410 à 8760, la faute à un marché plus prudent qui a caractérisé les activités de l'année dernière. "L'activité de transaction en Europe a diminué dans tous les financements en phase de démarrage, dans la plupart des secteurs verticaux et dans plusieurs régions, en raison du resserrement du marché du financement", explique Nalin Patel, analyste chez Pitchbook.
Toutefois, le capital levé est légèrement en baisse, atteignant ainsi 20,5 milliards d'euros pour l'année écoulée contre 20,8 milliards d'euros en 2023, et 34 milliards d'euros pour 2022, considéré comme le pic d'activité. Le nombre de fonds a également diminué en 2024, chutant d'environ un cinquième par rapport à 2023, passant de 219 à 173 (il était de 483 en 2022).
Note positive dans ce paysage : l'IA occupe, au même titre qu'aux Etats-Unis, une part importante dans les transactions menées. En effet, 23% des investissements réalisés concernent des entreprises qui évoluent dans le domaine, soit au-dessus des autres régions du monde où le pourcentage oscille entre 15 et 17%. Cela représente près d’un quart de la valeur des transactions en 2024, pour une valeur totale enregistrée de 14,6 milliards d’euros.
L'Europe a aussi quelques atouts
Côté levées de fonds, l'Europe compte toutefois quelques pépites en réserve. Le Royaume-Uni et la France occupent majoritairement le top 10 des tours de table les plus importants pour cette année, l'Allemagne et les Pays-Bas occupant respectivement la 7e et la 10e position du classement. On retrouve ainsi en haut du podium Greenscale (près de 1,3 milliard de dollars levé), Wayve (1 milliard de dollars levé) et Abound (999 millions de dollars levés), trois sociétés basées à Londres.
Vient ensuite le fleuron tricolore Mistral AI et sa série B de 600 millions d'euros bouclée en juin dernier. Le classement regroupe également Poolside - start-up américaine qui a décidé de déménager et s'installer à Paris - avec sa levée de 500 millions de dollars, suivie de Helsing, start-up allemande spécialisée dans l'IA de défense ayant levé 450 millions d'euros au cours de l'été. Les start-up Voodoo et Picnic complètent ce tableau, respectivement avec 385 et 389 millions d'euros récoltés. Au vu des résultats, le constat fait est le suivant : moins de tours de table, mais de plus grande taille, ont été clôturés sur cette année.
De façon plus générale, en Europe comme aux Etats-Unis, PitchBook mise sur de meilleurs rendements pour cette nouvelle année : "Bien qu'une reprise ne se soit pas concrétisée en 2024, les perspectives mondiales pour 2025 apparaissent, pour l'instant, un peu plus favorables, ce qui pourrait marquer une année charnière pour les marchés mondiaux du VC."
L'impact de l'IA sur le travail, à mettre en perspective avec les investissements
Le paysage des investissements en 2024 établi de façon préliminaire par PitchBook est toutefois à mettre en lumière avec un autre rapport, celui du World Economic Forum, intitulé "Future of Jobs 2025". En effet, alors que le Forum économique mondial de Davos doit se tenir du 20 au 24 janvier prochain, l'impact de l'IA sur le marché du travail sera au coeur des discussions afin de prévenir des tendances à venir et des transformations éventuelles à horizon cinq ans.
Trois tendances phares ont été identifiées : tout d'abord, l'élargissement de l'accès au numérique qui devrait être la tendance la plus transformatrice avec 60% des employeurs interrogés (sur 1000 sondés) s’attendant à ce qu’elle transforme leur activité d’ici 2030. Les avancées technologiques, en particulier dans l'IA et le traitement de l’information, la robotique et l’automatisation, ainsi que la génération, le stockage et la distribution d’énergie devraient également jouer un rôle clé.
L'augmentation du coût de la vie et la lutte contre le changement climatique constituent les deux autres tendances majeures, considérées comme les plus transformatrices au niveau mondial. D’après les prévisions des répondants à l’enquête Future of Jobs, les transformations structurelles du marché du travail entre 2025 et 2030 entraîneront une création nette d’emplois équivalente à 7% de l’emploi total actuel, soit 78 millions de nouveaux emplois. Une croissance toutefois compensée par la suppression de 92 millions d’emplois actuels, entraînant une transformation majeure des compétences nécessaires.
Face aux technologies, la meilleure option reste la formation
"La pensée analytique, la résilience, la flexibilité, et les compétences technologiques restent essentielles pour s’adapter à ces changements", analysent les auteurs du rapport. Les employeurs mettent également l'accent sur la formation et la reconversion comme priorité stratégique, avec 85% d’entre eux prévoyant des initiatives dans ce domaine pour relever les défis à venir. L'adoption généralisée des outils d'IA dans les effectifs étant en haut des priorités.
Reste un facteur loin d'être négligé par les entreprises : la question financière. "D'ici 2030, la moitié des employeurs envisagent de réorienter leur activité en réponse à l'IA, deux tiers prévoient de recruter des talents dotés de compétences spécifiques en IA, tandis que 40% anticipent une réduction de leur effectif dans les domaines où l'IA peut automatiser les tâches".
Attention à ne pas se laisser embarquer par la techno
Sur ce dernier point, certaines entreprises ont déjà enclenché la machine. L'exemple le plus frappant est celui de Klarna, fintech suédoise qui propose notamment de différer les paiements. L'entreprise a fait la une des journaux à plusieurs reprises cette année après les déclarations quelques peu houleuses de son patron. Mi-décembre, Sebastian Siemiatkowski a ainsi déclaré à Bloomberg TV que son entreprise avait pratiquement cessé d'embaucher il y a un an et a attribué à l'IA générative le mérite d'avoir permis cette réduction massive des effectifs. Klarna est ainsi passé de 4500 à 3500 salariés.
"Nous avons un phénomène d’attrition naturelle, comme dans toutes les entreprises technologiques. Les gens restent environ 5 ans – donc 20% partent chaque année – et en ne recrutant pas, nous sommes tout simplement en train de rétrécir". Sebastian Siemiatkowski a également affirmé qu'il pensait que l'IA pouvait remplacer efficacement les travailleurs. "Je suis d'avis que l'IA peut déjà effectuer tous les travaux que nous, les humains, effectuons, assume-t-il. Nous allons apporter certaines des améliorations [issues] de l'efficacité que l'IA apporte en augmentant le rythme auquel les salaires de nos employés augmentent".
Sebastian Siemiatkowski ose tout, même les pires absurdités, évoquant ainsi l'idée selon laquelle la technologie pourrait rendre sa propre présence "inutile". La fintech s'apprête d'ailleurs à passer un cap : elle a lancé son processus d’introduction en Bourse auprès des autorités américaines en novembre dernier.
En France, on est toutefois loin de cette situation qui semble irréelle : Orange Business, intégrateur qui prend également le virage de l'IA, reste vigilant quant aux méfiances de chacun et propose une offre SaaS incluant un assistant IA et une bibliothèque de cas d'usage. Pas d'inquiétude à avoir : les données sont sécurisées, hébergées et gérées en Europe. Et ce n'est pas demain que la techno prendra le pouvoir à en croire Aliette Mousnier-Lompré, directrice d'Orange Business : "Je pense que pour très longtemps, l'IA sera un copilote, ce ne sera pas le pilote dans l'avion".


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