En choisissant Bleu et S3NS, EDF mise sur un cloud de confiance franco-américain pour valoriser ses données stratégiques

L'annonce risque de ne pas passer inaperçue : EDF a choisi Bleu et S3NS pour héberger et valoriser ses données, deux offres de cloud hybride combinant dans chacun des cas un fournisseur américain à des sociétés françaises. L'objectif : accéder à des services de haute qualité dans une infrastructure ultra-sécurisée. 

Projet EPR2 Penly
Projet EPR2 Penly

Plutôt que de choisir entre S3NS ou Bleu, EDF annonce ce 5 novembre confier son cloud à Bleu et S3NS, deux offres de cloud hybrides, qui combinent un hyperscaler américain et un acteur français. Pour rappel, S3NS est porté par Thales et Google Cloud tandis que Bleu est la co-entreprise entre Orange et Capgemini pour distribuer Microsoft Azure et Microsoft 365. 

80% des données gérées on-premise

Actuellement, EDF gère 80% de ses données dans son cloud privé interne. Mais la croissance exponentielle des volumes liés à la relance du nucléaire et à la digitalisation des infrastructures énergétiques a rendu nécessaire un nouvel équilibre. D'où la création d'un cloud dit "de confiance", pensé comme un complément plutôt que comme un remplacement. 

Pour ce nouveau cloud, EDF a donc misé sur S3NS et Bleu. Les deux offres sont en cours de qualification "SecNumCloud" devant l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (Anssi). Ce label atteste du plus haut niveau de sécurisation des données. Il n'a été accordé pour l'instant qu'à des entités intégralement françaises.

Rappelons que S3NS prend la forme d'une co-entreprise entre Thales et Google Cloud, dont les capitaux sont majoritairement détenus par l'industriel français. De son côté, la co-entreprise Bleu n'implique pas la présence de Microsoft. Il s'agit d'un accord de distribution des solutions dans un cadre de confiance, selon les partenaires Orange et Capgemini.  

S3NS a déclaré à L'Usine Digitale que la qualification de son offre "Cloud de confiance" devrait avoir lieu "d'ici quelques semaines". Bleu table, de son côté, sur le premier trimestre 2026, avec le franchissement du premier jalon (J0, l'acceptation de la demande) de la procédure en avril 2025. 

Concilier performance et sécurité

Pour les co-entreprises, l'avantage de cette structure hybride est la possibilité d'accéder à des services de haute qualité et performants, en matière d'intelligence artificielle en particulier, encapsulés dans une infrastructure ultra-sécurisée qui ne devrait pas être à la portée des autorités américaines de surveillance, malgré la présence d'entreprises soumises aux lois extra-territoriales. 

Cette lecture semble être validée par l'Anssi. "La technologie Microsoft tournant dans un cloud Bleu – on pourrait dire la même chose de S3NS avec la technologie Google – ne sera pas soumise à la captation, au titre du CLOUD Act ou du FISA", avait déclaré Vincent Strubel, à la tête de l'agence, en juin dernier, auditionné par la commission d'enquête sénatoriale sur la commande publique. 

Un choix faute d'alternative ?

Dans le détail, EDF répartira désormais ses données en fonction de leur niveau de sensibilité : certaines resteront hébergées dans ses propres data centers, d'autres migreront vers les environnements S3NS et Bleu. Le choix de l'industriel semble inédit. Une décision qui interroge : s'agit-il d'un parti pris de diversification maîtrisé ou d'un compromis, faute d'alternative européenne réellement opérationnelle ? Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, avait lui-même reconnu la difficulté de concilier indépendance technologique et performance industrielle.

Newsletter L'Usine Digitale
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Cherche talents numériques
Les webinars