Énergie : OpenAI multiplie les contrats dans un contexte de demande mondiale en forte hausse

En posant un premier jalon en Amérique du Sud, OpenAI s'assure une source d'énergie supplémentaire, diversifiant ses fournisseurs pour son projet d'envergure mondiale, Stargate. L'entreprise n'est pas la seule sur le sujet : la demande mondiale d'électricité devrait continuer à croître fortement jusqu'en 2026 malgré les vents contraires de la conjoncture économique. Et si les Big Tech cherchent à multiplier les sources d'approvisionnement, les fournisseurs - notamment ceux de turbines à gaz - sont les premiers à jouer la carte de la prudence face au risque d'éclatement d'une bulle.

Projet Sargate - OpenAI/Oracle/SoftBank
Projet Sargate - OpenAI/Oracle/SoftBank

Les équilibres énergétiques mondiaux sont largement bouleversés avec l'essor de l'intelligence artificielle, notamment générative, de plus en plus adoptée par les entreprises et le grand public. Dans ce contexte, passer des contrats avec des fournisseurs s'avère stratégique pour répondre à la demande, et ce, peu importe le prix. Le dernier en date à faire la une à ce sujet n'est autre qu'OpenAI. La start-up vient de s'engager par une lettre d'intention auprès de la société argentino-américaine Sur Energy pour un projet de centre de données en Argentine.

"Un Stargate Argentina"

L'investissement pourrait atteindre jusqu'à 25 milliards de dollars, a annoncé vendredi le gouvernement argentin. Le projet - renommé Stargate Argentina - comprendrait une installation d'une capacité maximale de 500 mégawatts destinée à fournir la puissance de calcul nécessaire pour faire tourner les systèmes d'intelligence artificielle avancés du créateur de ChatGPT. Structuré dans le cadre du programme d'allègement fiscal RIGI argentin, entré en vigueur l'année dernière, le projet, s'il est mené à bien, constituerait "l'une des plus grandes initiatives d'infrastructure technologique et énergétique" de l'histoire du pays, selon le communiqué présidentiel.

Si pour OpenAI, qui compte désormais plus de 800 millions d'utilisateurs hebdomadaires de ChatGPT, l'argent ne semble pas être un problème - l'entreprise étant récemment devenue la start-up la plus valorisée au monde (500 milliards de dollars) après avoir finalisé une cession secondaire d'actions la semaine dernière, notons toutefois que ce type d'investissement est de plus en plus fréquent, la demande en énergie étant en hausse constante.

OpenAI multiplie les deals avec les acteurs de l'IA

Ainsi, rien que sur cette année, OpenAI a fait le buzz avec son projet gargantuesque Stargate. 500 milliards de dollars investis - en partenariat avec Oracle et SoftBank - pour développer des centres de calcul atteignant une puissance de 10 GW aux États-Unis. Ce projet représente une capacité équivalente à 20 réacteurs nucléaires et s’inscrit dans une stratégie d’expansion massive de l’infrastructure d’OpenAI.

Pour remplir ces précieux data centers, il faut des puces, beaucoup de puces. OpenAI s'est donc tourné vers Nvidia pour s'équiper en millions de puces de la firme de Jensen Huang. Les enjeux énergétiques sont conséquents : la consommation prévue équivaut à la production de 10 réacteurs nucléaires (10 GW). Le coût annoncé l'est également : 100 milliards de dollars.

Parallèlement, l'entreprise de Sam Altman s'est rapprochée d'AMD. Son plan ? Déployer les puces (pour un montant s'élevant à plusieurs dizaines de milliards de dollars) de ce dernier dans ses centres de données. En échange de quoi, OpenAI pourrait devenir l’un des principaux actionnaires d’AMD, avec jusqu’à 10% du capital sur plusieurs années, sous conditions de performance boursière. En diversifiant ses fournisseurs de matériel, OpenAI sécurise son approvisionnement en puces.

Aujourd'hui, en parallèle de l'annonce de son projet d'expansion en Argentine, OpenAI a également fait part de la signature d'un autre partenariat clé avec Broadcom. Dans le cadre de ce contrat pluriannuel, oncevoir les accélérateurs et les systèmes (notamment des solutions Ethernet) destinés aux clusters d’IA de dernière génération. Le deal porte sur l'équivalent de 10 GW d'accélérateurs IA. Le déploiement doit débuter au second semestre 2026 pour une finalisation d’ici fin 2029.

Les fournisseurs de turbines à gaz profitent-ils du boom lié à l'IA ?

Et les accords conclus cette année ne s'arrêtent pas là puisque Sam Altman a récemment indiqué qu'OpenAI vise 250 GW de capacité énergétique d’ici à 2033, soit environ 20% de la capacité actuelle des États-Unis. Pour y parvenir, l'entreprise pourrait envisager des partenariats avec des acteurs phares du secteur : les fournisseurs de turbines à gaz Siemens Energy, GE Vernova et Mitsubishi Heavy Industries. Combinés à des investissements dans des infrastructures énergétiques diversifiées, cela lui permettrait d'atteindre ces objectifs pour le moins ambitieux.

Pourtant, comme le rappelle le Wall Street Journal, si les commandes et les prix montent en flèche pour les machines monstrueuses fabriquées par ces trois acteurs, ces derniers ont choisi de ne pas procéder à une expansion massive de leurs capacités. La raison ? Le spectre de l'éclatement de la bulle Internet des années 2000, qui avait dévasté le secteur de l’énergie, plane toujours. Tirant les leçons du passé face aux opportunités de profit actuelles, les trois firmes ont opté pour une stratégie de développement limité.

Aux yeux du patron de Mitsubishi Power Americas, Bill Newsom, la principale préoccupation de son entreprise est la suivante : "Notre plus grand défi est de distinguer combien de la demande actuelle est réelle - et combien relève de l’illusion". Un constat partagé par Christian Bruch, CEO de Siemens Energy, qui indique pour sa part que "ce secteur est intrinsèquement cyclique. Même le boom actuel finira par s’estomper". Il est intéressant de voir que malgré la relance d'une course à l'énergie alimentée par l'essor de l'IA, l'une des technologies les plus anciennes de l'énergie moderne est revenue sous les projecteurs.

La quête de l'énergie à tout prix

S'il est l'un de ceux les plus mis en avant sur le sujet, le créateur de ChatGPT n'est pas le seul à se tourner vers différents fournisseurs d'énergie. Par exemple, Microsoft a signé un accord de 20 ans pour relancer un réacteur nucléaire en Pennsylvanie (835 MW), et Amazon a acquis un data center près d’une centrale nucléaire pour 960 MW. Curieux choix quand on sait que ces mêmes entreprises se sont engagées publiquement en faveur de réductions massives de consommation d'énergie et, plus généralement, de leur empreinte carbone.

Et les chiffres institutionnels sont alarmants. Dans une mise à jour semestrielle de son rapport annuel sur le marché de l'électricité, l'International Energy Agency affirme que la demande mondiale devrait augmenter de 3,3% en 2025 et de 3,7% en 2026 - soit un rythme plus de deux fois supérieur à la croissance de la demande énergétique totale sur la même période.

Une hausse qui s'explique par plusieurs facteurs, incluant l'alimentation des usines et des appareils, le refroidissement des bâtiments, le fonctionnement des data centers en expansion, l’utilisation des véhicules électriques et d'autres besoins. En outre, les dernières prévisions de croissance de la demande mondiale d’électricité pour cette année et l’année prochaine dépassent largement la moyenne enregistrée entre 2015 et 2023.

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