L’application iMessage doit-elle être soumise au Digital Markets Act ? La question est au cœur d’une intense campagne de lobbying à Bruxelles entre Apple, son concepteur, et Google, épaulé par plusieurs grands opérateurs télécoms européens.
Selon le Financial Times, le moteur de recherche et quatre opérateurs (Orange, Vodafone, Deutsche Telekom et Telefonica) viennent d’envoyer un courrier à la Commission européenne. Il souligne que cela ne fait “aucun doute” que le service de messagerie instantané d’Apple doit être considéré comme un “gatekeeper”. Et donc être réglementé par le DMA.
La législation, qui entrera en vigueur en mars 2024, vise à renforcer la concurrence dans le domaine du numérique. Elle ne touche que les plus grandes sociétés du secteur, qui sont capitalisées à plus de 75 milliards d’euros en Bourse ou qui réalisent un chiffre d’affaires supérieur à 7,5 milliards d’euros en Europe. Et seulement leurs services qui comptent au moins 45 millions d’utilisateurs mensuels sur le continent ou 10.000 clients professionnels sont susceptibles d'être concernés.
Incompatible avec les appareils Android
En septembre, Bruxelles a lancé une étude pour savoir si le DMA devait s’appliquer à iMessage - et aussi à Bing de Microsoft. Apple ne publie pas le nombre d’utilisateurs de son service, installés sur tous les iPhone et iPad. Mais il est très probable qu’il dépasse la barre des 45 millions en Europe, alors que les analystes estiment que plus d’un milliard de personnes dans le monde utilisent l’application régulièrement.
Pour Google et les opérateurs, iMessage joue un rôle important de “point de rencontre” entre les entreprises et leurs clients. Mais les caractéristiques d’iMessage créent une distorsion."Les entreprises ne peuvent envoyer que des messages enrichis aux utilisateurs iOS et doivent compter sur les SMS traditionnels pour tous les autres utilisateurs finaux”, écrivent-ils, pour justifier leur demande.
La plateforme d’Apple n’est en fait pas compatible avec les smartphones Android, et avec le protocole RCS adopté par Google et les opérateurs. Cela se traduit par des fonctionnalités manquantes dans les discussions pour ceux qui n’utilisent pas un iPhone. Par exemple, les discussions ne sont pas chiffrées, les vidéos affichent une très mauvaise qualité et il n’y a pas d’indicateur lorsqu’un message a été lu.
Interopérabilité
Apple accentue cette différence en changeant la couleur des bulles dans laquelle apparaissent les messages : bleues pour ceux envoyés depuis un iPhone (qui passent automatiquement par iMessage) et vertes pour ceux envoyés depuis un terminal Android (qui passent par les SMS).
L'enjeu est important pour le groupe à la pomme : si iMessage entre bien dans le champ d’application du DMA, cela l'oblige à rendre son service interopérable avec ses concurrents. Or, Apple utilise la possibilité de bénéficier de l’ensemble des fonctionnalités de son application comme un argument marketing pour doper les ventes de ses iPhones. Avec succès.


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