L'Etat lance un programme de recherche en intelligence artificielle doté de 73 millions d'euros

Moins de 100 millions d'euros en poche mais plein de bonne volonté, le gouvernement lance un programme dédié à la recherche en intelligence artificielle. Co-pilotée par le CEA, le CNRS et l'Inria, l'initiative s'inscrit dans le cadre de la stratégie nationale pour l'IA et doit "faire émerger des technologies de rupture".

Supercalculateur Jean Zay CNRS
Pour assurer le développement des recherches dans le cadre du PEPR IA, le supercalculateur Jean Zay est mis à disposition, précise le gouvernement.

L'Etat budgétise, les organismes de recherche pilotent. Suivant cette ligne de conduite, un programme de recherche et équipement prioritaire (PEPR) dédié à l'intelligence artificielle a été lancé officiellement ce 25 mars. Co-piloté par le CEA, le CNRS et Inria, il est opéré par l'Agence nationale de la recherche (ANR) avec pour objectifs de renforcer l’écosystème français de recherche et d’innovation "pour lever les verrous du déploiement de l’IA". Le programme bénéficie d'une enveloppe de 73 millions d'euros sur six ans, fonds issus du plan France 2030.

Dans le même temps, le gouvernement espère "faire émerger des technologies de rupture" pour aider la France et l’Europe à se positionner sur l'échiquier de l'intelligence artificielle. Ce programme de recherche – qui s'inscrit dans la stratégie nationale pour l’IA – veut faire avancer la recherche en la matière et amener à des POC (Proof of concept). Pour ce faire, trois grandes thématiques de recherche, correspondant à des problématiques centrales autour de l’IA et de la souveraineté, structurent ce programme.

Trois thématiques clé autour de l'IA

La première thématique concerne la recherche sur l’IA frugale et l’IA embarquée. Son ambition : identifier les architectures logicielles, les méthodologies d’apprentissage frugal d’entraînement sur des bases de données maîtrisées et l’optimisation avancée des applications pour rationaliser au maximum la consommation énergétique des systèmes d’IA à base de machine learning.

La seconde s'attèle à faire avancer la recherche sur l’IA de confiance et distribuée. Seront notamment traités les enjeux suivants : robustesse, confidentialité, sécurité des systèmes, y compris distribués. Le tout dans le but de proposer des méthodologies de fiabilisation, d’évaluation et de qualification de ces systèmes au regard des exigences réglementaires.

Enfin, la troisième thématique porte sur les fondements mathématiques de l'IA qui "vont stimuler l’écosystème national de recherche en sciences mathématiques" et amener à "la construction et l’analyse des fondements des systèmes d’IA". Au sein de ces trois grandes thématiques, neuf projets ont été définis en concertation avec un comité d’experts en IA. Ces projets regroupent plus de 50 équipes françaises – réparties sur l’ensemble du territoire – qui travailleront sur ces thématiques mises en avant dans ce PEPR. Pour assurer ce développement, le supercalculateur Jean Zay est mis à disposition, précise le gouvernement.

Industrialiser l'IA…

Au-delà du mouvement national de recherche que le PEPR IA veut constituer, il est important de souligner que le plan veut attirer les profils les plus qualifiés, encourager les investissements étrangers via "Choose France" (sommet créé à l'initiative d'Emmanuel Macron en 2018 pour insuffler un vent nouveau sur l'Hexagone) et encourager l’installation des titulaires de chaires en France. Il y a également un fort enjeu pour les industriels.

Il s'agira d'identifier des axes de recherche qui pourront faire l’objet de transfert industriel par la création de services technologiques. L'occasion de créer des passerelles entre la recherche et les entreprises, incluant les start-up et les PME.

… Et gagner en souveraineté

Car, derrière ce programme se cache la problématique de la souveraineté. Si la naissance de la start-up Mistral a fait des émois en France notamment lors de sa levée de fonds de 385 millions d'euros, il n'en reste pas moins que la France compte moins de start-up orientées IA que ses voisins comme le montre une étude menée par la société de capital-risque Earlybird. Celle-ci a cartographié les foyers européens d'innovation en matière d'IA et il s'avère que c'est l'Estonie qui compte le plus grand nombre de start-up d'IA par million d'habitants (10) avec des entreprises comme la licorne Veriff. Et la France semble en retard à ce sujet (avec un score de 2,05), loin derrière l'Islande, la Finlande, la Norvège, la Suède, le Royaume-Uni ou encore les Pays-Bas.

Et à ce sujet, gouvernement comme centres de recherche semblent s'entendre, comme le mentionne Bruno Sportisse, directeur général de l'Inria : "Maîtriser le développement de l’intelligence artificielle est devenu un enjeu critique de souveraineté, de la compétitivité de notre économie au bon fonctionnement de notre société. Pour y parvenir, nous devons avoir une vision intégrée de la recherche, de la formation et de l'innovation". Et il faudra certainement plus qu'une enveloppe de 73 millions d'euros et un supercalculateur pour y arriver.

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