Mise à jour du 12 octobre : Linda Yaccarino, CEO de X, a adressé une réponse de près de quatre pages à la lettre du commissaire de l'Union européenne Thierry Breton. Elle y rappelle et défend la politique de modération du réseau social et affirme avoir toujours collaboré avec les Etats membres de l'UE, comme l'exige le Digital Services Act (DSA) entré en application à la fin de l'été. "Jusqu'à présent, nous avons répondu avec diligence et objectivité à plus de 80 demandes de retrait reçues dans l'UE dans les délais impartis", écrit-elle. Elle dit avoir supprimé des "des centaines de comptes" affiliés au Hamas et collaborer avec des ONG spécialistes du terrorisme.
Linda Yaccarino évoque la possibilité pour les Européens de demander à ce que des contenus soient retirés spécifiquement vis-à-vis du DSA – une option "supprimer du contenu illégal dans l'UE" est en effet disponible et renvoie vers un formulaire dédié. La CEO de X vante également l'utilité et la rapidité des Community Notes, lesquelles apparaissent "dans un délai moyen d'environ 5 heures après la création" des publications concernant le conflit israélo-palestinien. Semblant prendre bien plus au sérieux les menaces de Thierry Breton qu'Elon Musk, elle propose d'organiser une réunion avec les équipes de la Commission européenne.
Thierry Breton a confirmé ce matin avoir bien reçu la réponse : "L'équipe chargée de l'application de la loi de la #DSA analysera la réponse et décidera des prochaines étapes."
Article originel : "Même si l'herbe n'est pas (toujours) plus verte ailleurs, le ciel est parfois... plus bleu. Restons en contact !" Dans un message publié mecredi 11 octobre sur le réseau social X (anciennement Twitter), le commissaire européen au marché intérieur Thierry Breton a laissé entendre, sur un ton sarcastique, qu'il serait prêt à rejoindre la plateforme sociale concurrente Bluesky qui fait régulièrement parler d'elle depuis le rachat de Twitter.
Des contenus violents et trompeurs à la pelle
Il faut dire que le responsable européen a de nouveaux griefs avec X. La veille, il a adressé un courrier à son patron et propriétaire Elon Musk, lui rappelant les obligations en matière de modération des contenus qui l'incombent sous le Digital Services Act (DSA). Ce règlement, rappelle Thierry Breton, oblige notamment "lorsque vous recevez des notifications de contenu illégal dans l'UE, [d']agir rapidement, avec diligence et objectivité et [de] retirer le contenu en question lorsque cela est justifié."
Il fait allusion aux attaques du Hamas sur Israël et à la riposte de l'Etat hébreu sur la bande de Gaza, dont des images parfois très violentes circulent depuis samedi dernier. De nombreuses fausses informations ont également été disséminées tous azimuts dans le même temps – Thierry Breton cite "des images anciennes de conflits armés sans rapport avec le sujet ou des séquences militaires provenant en fait de jeux vidéo". Dans un contexte politique international aussi tendu, les devoirs habituels du réseau social doivent plus que jamais être remplis, estime-t-il.
La responsabilité directe d'Elon Musk
Le commissaire européen a laissé 24 heures de délai de réponse à Elon Musk, rappelant au passage que des sanctions pourraient être prises si l'illégalité de ses règles était démontrée. Ce à quoi le principal intéressé a répondu dans un tweet laconique, qui sonne moins comme une justification que comme un défi adressé à des institutions politiques trop contraignantes dont il veut se défaire : "Veuillez énumérer sur X les violations auxquelles vous faites allusion afin que le public puisse les voir."
Cherchant toujours à prendre à partie ses nombreux soutiens en ligne dont il dit vouloir sauvegarder la liberté d'expression, Elon Musk joue avec l'Union européenne à un jeu qu'il n'est pas certain de gagner. L'homme le plus riche du monde sait pourtant ce qui lui est reproché. Il a d'ailleurs lui-même contribué activement à la prolifération sur sa plateforme de fausses informations au sujet du conflit israélo-palestinien en faisant la promotion de comptes connus pour leurs arrangements avec la véracité des faits. Il s'est également permis des commentaires douteux, notamment sur la "démographie" (comprendre l'accueil de populations immigrées) qui serait une "destinée" dangereuse.
La France menace d'un "bannissement"
De son côté, la France a elle aussi tenté de faire fléchir le milliardaire. Rappelant les récents changements de politique de modération de X, le ministre délégué chargé de la transition numérique et des télécommunications Jean-Noël Barrot s'est exprimé sur le sujet face à l'Assemblée nationale ce mardi. Le membre du gouvernement a affirmé avoir saisi la Commission européenne, cette saisine ayant donné lieu le soir-même au courrier cité plus haut de Thierry Breton à Elon Musk.
"Je veux lui dire que c'est le peuple européen souverain qui a décidé d'adopter ce règlement sur les services numériques, qui a prévu des amendes extrêmement lourdes, qui a prévu que le bannissement du territoire de l'Union européenne était possible, et que cela s'appliquera même à une plateforme comme X si elle ne respecte pas nos règles". Une position résolue mais qui détonne fortement avec le tapis rouge déroulé en juin dernier par le ministre (ainsi que par le président Emmanuel Macron en personne) lors de la visite parisienne d'un Elon Musk qui avait déjà montré son penchant ingouvernable.


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