La Chine investit 44,12 milliards d'euros dans l'industrie des semi-conducteurs

La Chine mobilise son véhicule d'investissement baptisé "Big Fund" pour soutenir le secteur des semi-conducteurs face aux restrictions américaines. Une troisième phase du fonds a été annoncée, largement financée par l'Etat et diverses banques.

Drapeau chinois
La Chine mobilise son troisième véhicule d'investissement avec un financement à hauteur de 344 milliards de yuans (soit 44,12 milliards d'euros) par l'Etat.

Pékin multiplie les fonds d'investissements dédiés aux semi-conducteurs. La cause ? L'augmentation des sanctions américaines – pour le moins agressives – qui mettent en péril la capacité du pays à rester dans la course. Reuters rapporte qu'il s'agit de la troisième phase du véhicule d'investissement soutenu par l'Etat à hauteur de 344 milliards de yuans, soit 44,12 milliards d'euros, selon un dossier déposé auprès d'un registre des sociétés géré par le gouvernement. La rumeur courait depuis septembre dernier mais aucun document n'avait jusqu'alors été dévoilé.

L'objectif est clair : il s'agit de respecter la volonté du président chinois Xi Jinping d'atteindre l'autosuffisance de la Chine en matière de semi-conducteurs. En raison de la pression exercée sur le secteur, le pays pourrait par ailleurs craindre un retard dans le domaine de l'intelligence artificielle, chose non envisageable pour Pékin. Rappelons que le pays est considéré comme le deuxième plus grand contributeur dans le domaine de l’IA après les États-Unis.

La souveraineté technologique au cœur des investissements

Depuis 2023, la Chine a approuvé plus de 40 modèles d’intelligence artificielle, dont 14 grands modèles de langage. L'intelligence artificielle est un marché pour le moins prometteur pour le pays. Dans la dernière édition de son rapport intitulé AI Index, l'Institut HAI (Institute for Human-Centered Artificial Intelligence) de l'Université de Stanford affirme que les investissements privés ont cumulé 7,76 milliards de dollars sur l'année 2023. Et si les Etats-Unis font près de neuf fois plus avec 67,22 milliards de dollars investis, l'empire du Milieu reste le concurrent le plus sérieux.

Le pays dispose de nombreux atouts pour devenir le pays le plus avancé sur l’IA. A commencer par une forte maturité numérique de la population et un accès facile aux données. Le soutien de l’État et la confiance des investisseurs en capital-risque se révèlent donc être un atout de taille pour soutenir l'écosystème.

L'Etat, premier investisseur mobilisé aux côtés des banques

Cette troisième phase du Fonds chinois d'investissement dans l'industrie des circuits intégrés également connue sous le nom de "Big Fund III" est considérée comme la plus importante à date. Pour mémoire, la première phase du fonds a été créée en 2014 avec un capital de 138,7 milliards de yuans (environ 17,7 milliards d'euros), et la deuxième phase a suivi en 2019 avec 204 milliards de yuans (environ 26 milliards d'euros).

Le ministère chinois des Finances est le plus grand actionnaire avec une participation de 17% et un capital versé de 60 milliards de yuans, selon Tianyancha, une société de base de données d'informations sur les entreprises chinoises. China Development Bank Capital est le deuxième actionnaire avec une participation de 10,5%. Parmi les autres investisseurs, cinq grandes banques chinoises sont répertoriées : la Banque industrielle et commerciale de Chine, la Banque de construction de Chine, la Banque agricole de Chine, la Banque de Chine et la Banque des communications, chacune contribuant à hauteur d'environ 6% du capital total.

Soutenir les équipementiers sur fond de tensions géopolitiques

Jusqu'à présent, le Big Fund a financé deux des plus grandes fonderies de puces de Chine, Semiconductor Manufacturing International Corporation (SMIC) et Hua Hong Semiconductor ainsi que Yangtze Memory Technologies (YMTC), fabricant de mémoire flash et un certain nombre de petites entreprises. La troisième phase du fonds se concentrera sur le soutien des équipementiers qui fournissent – entre autres – les machines nécessaires au processus de gravure des puces.

Rappelons que les Etats-Unis ont progressivement durci les sanctions internationales à l'encontre de la Chine, réduisant de facto la marge de manœuvre du pays, ses capacités de production et ses exportations à l'international. Washington a même réussi à convaincre les Pays-Bas et le Japon de suivre ces sanctions. Une décision qui n'a pas manqué d'assener un coup à Pékin, qui jusqu'alors, s'appuyait sur le néerlandais ASML, premier fabricant mondial de machines de photolithographie, et sur le japonais Tokyo Electric qui conçoit des machines essentielles en amont et en aval du processus de gravure.

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