Etude

Les petites entreprises françaises renâclent à adopter la fibre

La progression du nombre d'entreprises qui se convertissent à la fibre optique ralentit, selon le baromètre Ifop réalisé en 2023 pour Covage et Infranum. Les TPE, notamment, craignent – parfois à tort - les coûts engendrés par la migration.

fibre optique haut débit
fibre optique haut débit

Le nombre d'entreprises connectées à la fibre progresse en France. Elles sont désormais 63% à disposer d'un accès très haut débit par le biais de cette technologie, contre 55% en 2022 selon le dernier baromètre réalisé par l'Ifop pour Covage et Infranum, publié le 3 juillet. Cependant le rythme de croissance ralentit : +15% en 2023, contre +49% l'année précédente. Clairement, les entreprises ne migrent pas vers la fibre au fur et à mesure qu'elles y sont raccordables.

L'écart se creuse entre zones urbaines et rurales

Et pour cause, l'enquête montre que 41% des entreprises ne souhaitent pas le faire. Un chiffre équivalent à celui de 2022. Parmi elles, beaucoup de TPE. Il y a jusqu'à 25 points d'écart entre les pourcentages d'entreprises raccordées selon leur taille. 37% de ces réfractaires avancent le fait que le changement leur reviendra trop cher. "Pourtant, ça devient de moins en moins cher", contredit Denis Taissier, le directeur marketing et communication de Covage, un opérateur d'infrastructure de gros présent sur le marché des entreprises.

Mais comme 24% des entreprises qui ne souhaitent pas passer à la fibre ne font pas confiance au discours des opérateurs… Et puis, reste le budget nécessaire à la gestion du projet de migration, et au raccordement pur et dur si l'entreprise est située dans un territoire enclavé par exemple. Du reste, l'écart se creuse entre les zones urbaines et rurales : en région parisienne, 79% des entreprises sont fibrées. En zones rurales, 44% seulement.

Un besoin d'information sur les modalités de raccordement

Hexanet, un opérateur d'infrastructure plus petit que Covage, qui propose de la fibre aux entreprises, confirme que les prix de la fibre tendent à égaler ceux de l'ADSL. Nicolas Karp, Directeur de la BU télécoms de l'opérateur, reconnaît "qu'il y a une défiance, et elle fait mal. Les problèmes de qualité font peur aux chefs d'entreprises. De plus, parfois quand ils passent à la fibre, la garantie de temps de rétablissement est moins bonne".

Fibre et ADSL ne fonctionnent en effet pas de la même façon. Pour pouvoir bénéficier de toutes les garanties en termes de débits et de temps de rétablissement, il faut souscrire à des lignes dédiées (FTTO) pour l'entreprise, ce qui n'existait pas avec l'ADSL. Les offres de fibre mutualisée pour les professionnels de type FTTE (la fibre est mutualisée entre le nœud de raccordement et le point de mutualisation, puis dédiée jusqu'à l'entreprise), "se sont révélées être un peu contreproductives", observe Denis Taissier. "Cela ne correspond pas à ce que les entreprises attendent en termes de niveau de qualité".

40 000 entreprises concernées par l'extinction du cuivre en 2024

Il faudra pourtant bien effectuer cette migration, dans la mesure où Orange éteindra son réseau ADSL d'ici 2030. Rien qu'en 2024, environ 160 communes seront concernées, avec un impact sur 40 000 entreprises. Mais pour les TPE notamment, pour lesquelles l'ADSL fonctionne généralement très bien et qui ne voient pas l'intérêt de la migration dans les nouveaux usages plébiscités par les structures plus grandes – mode SaaS, externalisation… -, cette migration sera subie plus que choisie.

Du côté des entreprises qui veulent faire la bascule, elles cherchent à le faire le plus vite possible : 30% dès qu'elles seront éligibles. Et à cette occasion, 41% envisagent de changer d'opérateur (alors qu'elles ne sont que 9% à considérer cette option hors migration), avec comme critères de sélection principaux la fiabilité du service et la rapidité de réparation en cas de coupure.

Le passage à la fibre, un moment privilégié pour changer d'opérateur

Le développement la concurrence, sur ce marché encore largement dominé par Orange et SFR, est l'une des priorités du régulateur des télécoms. L'Arcep souhaite amplifier la concurrence particulièrement sur le marché des offres pour les TPE/PME. Pour les cinq prochaines années, l'Autorité compte notamment "maintenir l’obligation faite à Orange de fournir des offres d’accès passif à la boucle locale optique mutualisée adaptées aux besoins des opérateurs du marché entreprises".

"Environ un millier d’opérateurs en France se partage entre 5 et 10% du marché. Il faut stimuler le foisonnement de l’offre avec notamment une régulation efficace", abonde Philippe Le Grand, le président d'Infranum qui représente la filière des infrastructures télécoms.

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