Meta a payé des acteurs américains pour entraîner ses modèles d'IA pendant leur grève historique

Profitant d'un contexte de grève massive des acteurs d'Hollywood, Meta a rémunéré des comédiens pour les filmer sous plusieurs angles afin de rendre plus réalistes ses avatars créés à partir de l'intelligence artificielle. Alors même que ces acteurs demandaient des garanties vis-à-vis de l'IA générative.

Les fabricants de matériel de cinéma
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Présenté comme un simple "projet de recherche d'IA", Meta a fait passer ces derniers mois de drôles de casting à plusieurs comédiens professionnels. Objectif : pendant deux heures, "exprimer différentes émotions pour des avatars virtuels", lit-on sur l'annonce en ligne, laquelle ne mentionne aucunement le rôle de la firme de Mark Zuckerberg.

Celle-ci, comme le rapporte le MIT Technology Review, semble ici avoir allègrement profité du contexte de grève historique des acteurs hollywoodiens. Le mouvement social, entamé par le syndicat professionnel SAG-AFTRA en juillet, quelques semaines après le début d'une grève similaire des scénaristes (celle-ci s'est désormais achevée), vise pourtant notamment à contraindre les sociétés de production audiovisuelle dans leurs appétits en matière d'IA générative.

"Comprendre et exprimer les émotions humaines"

C'est ainsi que plusieurs acteurs, globalement de petite notoriété, ont participé de juillet à septembre aux castings pilotés par Meta et par une société britannique intitulée Realeyes, payés 150 dollars de l'heure. Une somme non négligeable en temps de grève et donc de salaires au plus bas pour des comédiens, qui visait à rémunérer l'utilisation de leurs apparences et de leurs voix "dans le but d'entraîner une base de données d'IA à mieux comprendre et exprimer les émotions humaines".

L'offre d'emploi précise que cette "image individuelle ne sera pas utilisée à des fins commerciales". Mais la réalité est un peu plus complexe : d'après des documents examinés par le MIT Technology Review, les acteurs "semblent avoir autorisé Realeyes, Meta et d'autres parties choisies par les deux sociétés à accéder et à utiliser non seulement leurs visages mais aussi leurs expressions et tout ce qui en découle, presque comme elles le veulent et quand elles le veulent, à condition qu'elles ne reproduisent pas ces apparences individuelles."

Un remplacement à venir

Pendant une session de deux heures, un jeune acteur a donc joué la colère et la peur, raconté une histoire triste, improvisant à chaque fois des situations dans lesquelles incarner de nouvelles émotions. Enregistrant ces dernières à l'aide de trois caméras, Meta peut ainsi améliorer le réalisme de ses avatars Codec, régulièrement mis en avant par Mark Zuckerberg en personne, et développer une technologie potentiellement utilisable au cinéma.

Les studios ont de leur côté déjà commencé à intégrer de tels avatars dans leurs films pour remplacer notamment des figurants. Dernièrement, le long-métrage Prom Pact produit et distribué par Disney s'est attiré les foudres de nombreux spectateurs après avoir ajouté dans plusieurs scènes de faux acteurs générés par l'intelligence artificielle. Au début du mois, de nouvelles négociations entre le syndicat professionnel SAG-AFTRA et l'alliance des producteurs de cinéma et de télévision, visant à mettre fin à la grève des comédiens, ont d'ailleurs échoué en partie à cause de désaccords sur l'IA générative.

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