Jensen Huang vient de poser les jalons du siècle de l'IA aux États-Unis. Le patron de Nvidia a frappé fort lors de son discours d'ouverture de la GTC qui se déroulait du 27 au 29 octobre à Washington DC. Présentée comme "le Super Bowl de l'IA", cette édition s'avère cruciale pour la firme : alors qu'elle cherche à relancer certaines de ses activités - en Chine notamment - elle n'a pas hésité à mettre les bouchées doubles sur son pays natal pour se faire bien voir du gouvernement américain.
Cette semaine, les objectifs étaient donc clairs : réindustrialiser l’Amérique grâce à l’IA physique et aux jumeaux numériques, établir des standards mondiaux avec la 6G dite "AI-native", ancrer le leadership quantique avec Nvidia NVQLink, moderniser l’administration avec des infrastructures IA sécurisées et prêtes au déploiement, constituer l’ossature des modèles ouverts américains grâce à des contributions quotidiennes mais aussi accélérer la conduite autonome avec un écosystème Drive Hyperion unifié. Et pour y parvenir et participer à l'économie nationale, le géant des puces n'a pas lésiné sur les moyens et sur le nombre de partenariats annoncés.
7 supercalculateurs pour les Etats-Unis
Il y a d'abord le contrat passé avec le département américain de l'Energie. Associé à Oracle, Nvidia va fournir 100 000 GPU Blackwell pour construire un supercalculateur taillé pour l'IA baptisé Solstice, soit plus du double du nombre d'accélérateurs d'El Capitan, actuellement en tête du classement Top500.
Un autre système, Equinox, comprendra 10 000 GPU Blackwell et devrait être disponible au cours du premier semestre 2026. Les deux systèmes seront interconnectés via les solutions de réseau Nvidia et offriront une performance combinée de 2 200 exaflops en IA. Les supercalculateurs Solstice et Equinox seront installés au Laboratoire national d’Argonne, installé au sud-ouest de Chicago, dans l'Illinois.
Trois autres infrastructures basés sur la technologie Nvidia, notamment Tara, Minerva et Janus, seront construits sur le même site. Pour l'instant, il n'a pas été précisé quelle plateforme utiliseront ces systèmes ni s'ils seront construits par HPE ou Oracle. De son côté, le laboratoire national Los Alamos (LANL) accueillera deux autres supercalculateurs, Vision et Mission, livrés avec des processeurs Vera Rubin, le tout conçu par HPE.
Si Vision est plutôt prévu comme système complémentaire dédié aux activités non classifiées du laboratoire et conçu pour la recherche scientifique ouverte, Mission a une toute autre fonction : lorsqu'il deviendra opérationnel en 2027, il fonctionnera exclusivement dans un environnement informatique classifié, soutenant les travaux de modélisation et de simulation qui constituent le fondement de la sécurité nucléaire américaine, a indiqué le LANL. Au total, ce sont donc pas moins de 7 supercalculateurs qui doivent sortir de terre dans les années à venir.
Le secteur de la tech privilégié
Les entreprises opérant dans le domaine de l'intelligence artificielle ne sont pas en reste. OpenAI, Palantir et CrowdStrike ont également signé un beau contrat avec le géant américain. Palantir va intégrer l'informatique accélérée de Nvidia, les bibliothèques Cuda-X et les modèles open source Nemotron dans son framework Ontology, qui constitue le cœur de sa plateforme d'IA.
De son côté, CrowdStrike met en commun son expertise en cybersécurité avec celle de Nvidia sur l'IA (notamment ses modèles ouverts Nemotron) pour concevoir des agents IA sophistiqués déployés sur la plateforme Charlotte AI AgentWorks de CrowdStrike. Pour rappel, cette dernière permet aux équipes de sécurité de construire, tester, déployer et orchestrer des agents de sécurité personnalisés, sans nécessiter de compétences en codage. Avec l'intégration d'agents spécialisés en cybersécurité, le spécialiste en la matière espère apporter à ses clients une meilleure détection et réponse aux menaces en temps réel dans les environnements cloud, data center et edge.
Enfin, OpenAI et Nvidia ont signé le mois dernier un contrat de taille portant sur des millions de GPU Nvidia, y compris Vera Rubin, sa plateforme dernière génération, pour une capacité énergétique totale de 10 gigawatts. En retour de cette commande passée, Nvidia va échelonner un investissement dans la start-up allant jusqu'à 100 milliards de dollars.
Les télécoms et l'automobile également embarqués
Dans le secteur des télécommunications, Nvidia n'est pas en reste puisqu'il a annoncé acquérir 166 millions de nouvelles actions émises par Nokia pour un milliard de dollars, ce qui représente 2,9% du capital de la société finlandaise. L'investissement s'accompagne d'un partenariat visant à construire conjointement des réseaux 6G optimisés par intelligence artificielle.
Enfin, l'automobile est également parmi les secteurs privilégiés bénéficiant de l'aura du géant des puces. Stellantis travaillera avec Nvidia et Foxconn pour mettre au point des taxis autonomes qui seront ensuite déployés sur la plateforme Uber. Le service sera lancé dans plusieurs villes à travers le monde dès qu'une flotte de 5000 véhicules sera constituée. La production doit débuter en 2028.
Une architecture NVQlink pour connecter GPU et processeurs quantiques
Nvidia renforce également son offre dans le domaine du quantique où il frappe fort avec NVQLink, une nouvelle architecture ouverte visant à connecter directement des processeurs quantiques (QPU) à des superordinateurs GPU pour créer ce que la firme nomme des systèmes quantiques-classiques hybrides. Cette architecture offre un interconnect ultra-basse latence et à très haut débit, essentiel pour la calibration, le contrôle et la correction d’erreurs quantiques.
Point clé de cette annonce : la solution est développée en collaboration avec 9 laboratoires nationaux américains (Brookhaven, Fermi, Berkeley, Los Alamos, MIT Lincoln, Oak Ridge, Pacific Northwest, Sandia) et prendra en charge, à terme, 17 constructeurs de QPU et 5 constructeurs de contrôleurs quantiques, ainsi qu’un vaste écosystème de partenaires.
"L'objectif est de construire des superordinateurs quantiques-accélérés, capables d’exécuter des applications en chimie, science des matériaux ou algorithmique quantique avancée", assure Nvidia. Le Département américain de l'Energie, représenté par le secrétaire Chris Wright, souligne qu’il s’agit d’un "passage essentiel vers l’entrée de l’Amérique dans l’ère du supercalcul quantique accéléré".
Une valorisation qui s'approche des 5000 milliards de dollars
Si Nvidia avait encore quelque chose à prouver, cette GTC au siège du gouvernement Trump a permis de faire passer un message capital : tous les systèmes sont désormais fabriqués en Amérique. Et de réitérer que Nvidia ne vend plus uniquement des puces : il s'associe avec des gouvernements, des équipementiers télécoms et des entreprises de tous secteurs pour construire l’infrastructure qui qui servir à maintenir en place tous les pans de l'économie de l'IA.
Le marché a d'ailleurs accueilli avec brio l'ensemble de ses annonces puisque les actions de l'entreprise ont augmenté de 3,6% lors des échanges avant l'ouverture du marché. Sa valorisation se rapproche dangereusement des 5000 milliards de dollars, à peine quatre mois après avoir franchi le cap des 4000 milliards. Par comparaison, cette valorisation dépasserait celle de l’ensemble du marché des cryptomonnaies et représenterait environ la moitié de la valeur de l’indice paneuropéen Stoxx 600.
Suite aux annonces, le gouvernement américain pourrait également faire un geste en faveur de la firme de Jensen Huang. La rumeur court que le président Donald Trump devrait discuter de la puce Blackwell avec le président chinois Xi Jinping jeudi, illustrant l’influence croissante de l’entreprise dans la rivalité technologique opposant les deux pays.


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