« À l'approche de la période de Noël, l'offre en terme d'objets connectés n'a pas explosé par rapport à l'année dernière », observe Éric Fauxpoint, directeur marketing et communication EMEA du fabricant de matériel de tests et mesures Anritsu . La mode serait-elle déjà en train de s'essouffler? Pas du tout, selon lui « les problématiques techniques liées aux objets connectés suscitent un bouillonnement de créativité qui est pleinement d'actualité. Mais l'Internet des objets a besoin de temps. » L'intérêt du public envers certains objets, comme les bracelets connectés, a déjà pu s'émousser. Cependant, la vague de fond que représente l'Internet des objets professionnel, elle, n'en est qu'à son commencement. Ainsi, « le marché va évoluer vers le B2B, plutôt que vers les objets de loisir ou de confort », analyse Gérard Matheron, président d'Acsiel et directeur du site de Crolles de STMicroelectronics.
Dans l'industrie, les échanges de données en temps réel continueront de faciliter la gestion de production. D'autres applications à forte valeur ajoutée pourraient également contribuer à implanter les objets connectés, par des choix de société importants. « Cela pourrait passer la santé, avec des applications comme la surveillance de glycémie pour les diabétiques », imagine Éric Fauxpoint. « Si un système médical permet d'éviter certains problèmes de santé, il pourrait à terme être remboursé par la sécurité sociale. De plus, des innovations comme les véhicules autonomes bousculent les règles actuelles, et obligent à imaginer de nouvelles solutions. » Mais pour en arriver à des systèmes fiables et acceptés par tous, il faudra de solides garanties techniques.
« Il va falloir professionnaliser le secteur des objets connectés », prévient Gérard Matheron. Il reste en effet du chemin à parcourir, bien que de nombreux éléments de l'écosystème soient d'ores et déjà fonctionnels. « L'Internet des objets va entrainer une évolution des réseaux et standards de communication », ajoute-t-il. Certains, comme Sigfox ou LoRa, sont déjà bien implantés. Mais « la vague des grands standards internationaux est à venir », confirme Éric Fauxpoint. « Nous le voyons avec nos clients, qui fabriquent les briques de base des systèmes électroniques: ils ont besoin de solutions de test adaptées à des normes comme NBIoT ou LTE cat M1. » Ceux-ci seront suivis par la 5G, qui devrait contribuer à pérenniser les applications des objets connectés. « Il existe déjà une course pour prendre des positions dans ce domaine », constate Éric Fauxpoint. « Mais attention, cela ne signifie pas que nous aurons tous un téléphone connecté en 5G dès 2020! » En effet, le déploiement de la 5G aura un impact très lourd l'infrastructure du réseau: cela prendra donc du temps.
Comme pour les communications, de nouvelles solutions permettront d'améliorer la sécurité ou l'autonomie des objets connectés. Et la France est bien placée pour prendre part à tout cela: « Nous avons toute une palette de talents », se réjouit Gérard Matheron. « Des concepteurs au fabricants, nous devons mettre cette filière en réseau, afin de mobiliser les énergies disponibles. » C'était l'objectif d'un colloque dédié à l'Internet des objets, qui s'est déroulé fin octobre en marge du World Electronics Forum, à Angers. Cette journée a réuni tous les acteurs de la chaine de valeur, fabricants de cartes, assembleurs, et même utilisateurs. Elle a permis aux professionnels de partager des constats face à certaines difficultés, et de formuler des recommandations. Celles-ci seront remises en décembre aux pouvoirs publics sous la forme d'un livre blanc. « Il faudra laisser de côté les rivalités et partager des informations pour rationaliser la production », plaide Gérard Matheron. « Il existe une volonté partagée, y compris entre sociétés concurrentes, de travailler ensemble. » Les objets connectés nous mènent donc vers un nouveau paradigme. Mais il a encore besoin de temps pour se mettre en place.
Ce contenu vous est proposé par Acsiel




