Okomera est une start-up parisienne créée en 2020, qui développe un dispositif d’analyse de l'efficacité des traitements anticancéreux. Testé pour l'heure dans la recherche, il a vocation à devenir un outil certifié d’aide à la prise de décision et à la personnalisation des thérapies pour les médecins.
La biotech annonce ce 20 décembre 2023 avoir levé 10,2 millions d’euros. La somme comprend du capital risque fourni par Résonance, Polytechnique Ventures, Berkeley Skydeck Fund et des business angels historiques, et une part de subventions délivrée par Bpifrance et par le ministère de la Santé.
Des répliques de tumeurs
Pour 50% des patients soignés pour un cancer, la première ligne de traitement est un échec. Pour Sidarth Radjou, CEO et cofondateur d'Okomera, "il faut développer plus de médicaments parce que seuls 200 sont aujourd’hui approuvés sur tous les types de cancermais surtout il faut savoir quel traitement donner à quel patient".
Selon lui, le dispositif développé par Okomera pourrait contribuer à personnaliser les traitements. Il s’agit d’une technologie qui permet de produire des répliques de tumeurs cancéreuses à partir de quelques milligrammes d’échantillon prélevés lors de biopsies, puis de tester leurs réponses aux traitements. "Même en travaillant sur 20 patients, nous pouvons générer 1000 micro-clones de tumeurs", se targue le dirigeant.
Etablir un score d’efficacité des traitements
"Nous avons créé une machine dans laquelle le médecin doit placer ces échantillons. Elle traite automatiquement les cellules pour les mettre sous forme de gouttes et les stabiliser sur une puce microfluidique sur laquelle nous les mettons en culture pour les dupliquer. Sur ces répliques physiques de tumeurs (appelées organoïdes), nous pouvons injecter différents médicaments (aussi bien chimiothérapies qu’immunothérapie) pour tester leurs effets", détaille-t-il plus concrètement.

Ensuite, grâce à des technologies d’analyse d’image et de séquençage, un logiciel développé en interne exploite les résultats pour produire un score d’efficacité pour chaque traitement selon le type de cellule cancéreuse.
Des contrats de recherche
Le dispositif d’Okomera, qui comprend donc une machine et du software, est destiné à deux applications. En premier lieu, l’idée est d’améliorer la recherche et d’aider l’industrie pharmaceutique à développer des médicaments tout en évitant les tests sur les animaux. La jeune pousse compte bien en profiter pour engranger des données.
Pour l’instant, elle a signé des contrats de recherche avec le Cancer Research UK Cambridge Institute ainsi qu’avec Gustave Roussy, le premier centre européen de lutte contre le cancer en Europe. Ils ont remporté ensemble un contrat de recherche financé par le ministère de la Recherche. Un projet à plus de 9 millions qui devrait concerner 500 patients.
Et de petits contrats commerciaux
Elle travaille aussi "avec deux grands noms de la biopharma", selon les mots du CEO, qui préfère les garder secrets et précise qu’il s’agit de bêta tests et "de petits contrats commerciaux générant peu de revenus".
Durant les deux ans à venir, la société envisage d’installer ses machines dans des centres de R&D et des laboratoires de l’industrie pharmaceutique et de les louer via un système d’abonnement. Elle leur vendrait par ailleurs des consommables, à savoir les puces (qui sont à usages unique) et des deals comprenant le développement d’algorithmes d’analyse de données.
Obtenir le marquage de son dispositif de diagnostic d'ici 2029
Dans un second temps, l’objectif est de commercialiser son système aux hôpitaux comme un dispositif de diagnostic in vitro. Il regardera comment les médicaments agissent sur les clones de tumeurs pour donner des informations plus précises et personnalisées aux médecins : quel médicament marche le mieux pour quel type de tumeur ?
C’est certainement à partir de là que l’entreprise pourra commencer à penser à la rentabilité, mais cette phase ne pourra démarrer qu’avec l’obtention du marquage CE, et de son équivalent américain puisque l’entreprise veut s’établir sur les deux marchés. "Nous l’espérons pour 2029", a déclaré Sidarth Radjou. "Les essais cliniques vont devoir prouver aux autorités de santé que les cellules que nous cultivons répliquent précisément ce qui se serait passé dans le corps d’un vrai patient".
Il va falloir plus de fonds pour concurrencer les américains
Il précise que la start-up devra rapidement lever des fonds supplémentaires et prévoit un nouveau tour de table d’ici deux ans. "Dans le domaine des organoïdes, nos concurrents américains – Emulate et Xilis – ont levé entre 90 et 250 millions de dollars !" s’exclame-t-il. En Europe, le dirigeant estime qu’il n’y a pas encore d’acteur très développé et qu'Okomera est dans la course, aux côtés du néerlandais Mimetas.
Pour l’heure et avec les fonds actuels, l’entreprise vient d’ouvrir des bureaux à San Francisco, aux Etats-Unis, pour commencer à travailler avec des hôpitaux américains. Elle compte recruter deux personnes sur place et embauchera également 12 personnes en France qui s’ajouteront aux 22 salariés que l’entreprise compte à présent. Okomera commencera également à industrialiser sa machine à plus grande échelle alors qu’elle se contente pour l’heure d’une modeste usine de production à Paris au sein de l’hôpital de la Salpetrière.


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