En avril dernier, Bruxelles exposait son plan pour faire de l'Europe un continent "de premier plan" en matière d'intelligence artificielle. L'un des cinq piliers de ce programme n'est autre que les fameuses les "AI Factories" et les "AI Gigafactories". Si à ce jour, 13 usines d'IA sont déjà déployées dans les supercalculateurs européens, en France notamment, l'UE ne compte pas s'arrêter en si bon chemin et un appel à manifestation d’intérêt a été lancé par la Commission européenne et l'initiative EuroHPC.
Des soutiens privés et publics bientôt réunis sous un même consortium ?
Scaleway, la filiale cloud du Groupe iliad, a décidé d'en être. Pour ce faire, elle prévoit de s'associer à des partenaires publics, privés et académiques sous un consortium au nom d'AION. Plusieurs partenaires clés ont déjà manifesté leur soutien à cette initiative, assure Scaleway : VSORA, Kyutai, Sopra Steria, SiPearl, Artefact, Eviden Bull, ZML, Hugging Face et H company.
AION a également reçu le soutien de GENCI et d’Inria, co-pilotes du projet AI Factory France. Grâce à l’expertise d’OpCore, la joint-venture du Groupe iliad dédiée aux datacenters, l’infrastructure pourrait être hébergée en France, en tirant parti du mix énergétique bas carbone du pays et de l’efficacité de son réseau électrique.
L'équivalent de 288 000 H100
Pour rappel, ces giga-usines d'IA sont en fait des installations à grande échelle équipées "d'environ 100 000 puces d'IA de pointe", "soit quatre fois plus que les usines d'IA actuelles". Elles seront fédérées avec le réseau EuroHPC d'usines d'IA, "garantissant une intégration et un partage des connaissances fluides au sein de l'écosystème européen de l'IA".
L'initiative d’AION devrait être en capacité de déployer plusieurs clusters de GPUs de dernière génération "correspondant à plus de 288 000 GPU actuels (H100) – soit 200MW de capacité", comme le promet Scaleway. Le fournisseur de services cloud exploite depuis 2023 un cluster privé de calcul dédié à l’IA composé de 5 000 GPU mis à disposition des chercheurs et des start-ups.
L'ambition est forte
Le groupe de Xavier Niel a déjà investi 20 milliards d’euros dans les infrastructures en Europe au cours des dix dernières années. En se tournant vers les bons partenaires investisseurs, Scaleway espère donc remporter cet appel d'offre et offrir une maîtrise complète de la chaîne de valeur de l’IA – du matériel aux logiciels ouverts – afin de renforcer l’autonomie stratégique de l’Europe.
Un point que tient à souligner Damien Lucas, directeur général de Scaleway : "L’Europe ne peut plus se permettre de déléguer les fondations de son avenir en matière d’IA".
D'autres acteurs en lice
Scaleway n'est évidemment pas le seul à avoir fait part de son intérêt pour le projet de gigafactories. Plusieurs villes en Europe font la queue pour accueillir ces fameux centres de données d’IA de l’Union européenne, à l'instar de Vienne, la capitale autrichienne, Prague en République Tchèque et la ville espagnole de Mora la Nova. En Pologne, c'est le Poznan Supercomputing and Networking Center (PCSS) qui est en lice avec la capacité d'atteindre, à terme, 30 000 unités de traitement graphique, ce qui représente un investissement d'environ 5 milliards de PLN (environ 1,18 milliards d'euros), indique le ministère polonais du Numérique.
Aux Pays-Bas, un groupe connu sous le nom d'AI Gigafactory.NL a exprimé son intérêt pour héberger l'un des centres de données. Han de Groot, qui dirige le projet, a indiqué que Peter Wennink,ancien PDG d'ASML et Peter van Burgel, PDG d'AMS-IX(Amsterdam Internet Exchange) avaient apporté leur soutien au projet.
En Allemagne, la coalition ne semble pas avoir fonctionné. Deutsche Telekom, Ionos, et la filiale informatique du groupe Schwarz ont soumis des offres séparées à l'UE, les trois acteurs n'ayant pas réussi à se mettre d'accord sur un concept commun, a rapporté jeudi le journal allemand Tagesspiegel. En vertu d'un accord de coalition gouvernementale, les conservateurs du chancelier allemand Friedrich Merz et les sociaux-démocrates ont déclaré qu'ils souhaitaient qu'au moins un de ces centres soit construit en Allemagne.
20 milliards d'euros pour 5 consortiums
Toutefois, rappelons qu'à la fin, seuls cinq consortiums recevront un financement de l'UE (20 milliards d'euros à se partager), chaque consortium public-privé contribuant à la vaste mission de construire l'infrastructure nécessaire au développement d'une IA souveraine afin de rattraper le retard sur les États-Unis et la Chine.


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