Altice France, la maison mère du deuxième opérateur télécom français SFR, publiait ce mardi 8 août ses résultats pour le deuxième trimestre 2023, en plein scandale de corruption à la suite de l'arrestation le 13 juillet au Portugal du bras droit de Patrick Drahi, Armando Pereira, accusé de corruption, fraude fiscale et blanchiment d'argent. Dans ce contexte, le milliardaire français Patrick Drahi, qui détient le groupe Altice, s'est exceptionnellement exprimé à l'adresse des investisseurs, comme il l'avait fait la veille à l'occasion des résultats d'Altice International.
24 milliards de dette en France
L'objectif était de faire passer un message rassurant concernant l'endettement de l'entreprise. En effet, le scandale de corruption qui éclabousse le groupe pourrait se transformer en dangereuse crise de confiance, alors que sa dette globale atteint 60 milliards d'euros, dont 23,9 milliards sur le périmètre Altice France (qui regroupe SFR mais aussi l'activité média, avec notamment BFM et RMC).
C'est par la dette et les effets de levier que Patrick Drahi a construit son empire, mais c'est aussi la dette qui pourrait le perdre si jamais ses créanciers perdaient confiance. Ce qui, à l'heure de la hausse des taux d'intérêts et à l'approche d'échéances de remboursement importantes qui arriveront dès 2025, rendrait compliqué les refinancements. Et ce bien que Patrick Drahi ne soit pas lui-même incriminé dans l'enquête portugaise. La presse a déjà rapporté que les obligations Altice se négociaient à l'heure actuelle avec une forte décote et dans des volumes inhabituels.
Vente des data centers
"Notre priorité absolue aujourd'hui, pour Altice France, est le désendettement", a affirmé ce mardi Patrick Drahi. L'entreprise compte notamment racheter sa propre dette, et revendre des actifs non stratégiques tels que ses datacenters (et pas les activités média). Elle prévoit également d'augmenter sa génération de cash flow afin de le consacrer au service de la dette. Les discussions sur la vente des datacenters se poursuivent, ont indiqué les dirigeants d'Altice France, et devraient aboutir "dans les prochaines semaines".
L'objectif est de faire passer le ratio d'endettement de 6,5 fois l'Ebitda (bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciations et amortissements) à 4,5 fois. L'Ebitda a reculé de 5,7% au deuxième trimestre, à 1,02 milliard d'euros. Le chiffre d'affaires était en recul de 2,6% sur la périoden à 2,77 milliards d'euros.
Xp Fibre, future vache à lait
Les dirigeants de SFR tablent sur un retour rapide de la croissance, grâce notamment à une montée en gamme de ses abonnés fixes et mobiles. Sur le mobile, l'opérateur assure que les deux tiers de la perte nette d'abonnés au deuxième trimestre correspondent aux forfaits les moins chers. "Nous sommes heureux de les laisser partir", a déclaré le PDG de l'opérateur.
Par ailleurs, Altice est également propriétaire de 50,01% de Xp Fibre, un opérateur d'infrastructure télécom, destiné selon les termes de Patrick Drahi à "devenir une vache à lait en 2025", lorsque le gros des investissements dans le réseau fibre sera terminé. Ainsi, les dépenses d'investissement (Capex) ne viendront plus grever le cash flow, qui deviendra "entièrement mobilisable" pour le paiement des intérêts de la dette. Dans le meilleur des cas, Altice espère exercer son option pour monter au capital de Xp Fibre en 2025 et consolider les revenus de l'opérateur.
Moins d'une dizaine de fournisseurs "pourris"
Altice est également revenu, lors de la présentation de ses résultats, sur la question des fournisseurs épinglés par l'enquête relative aux malversations d'Armando Pereira. En effet, ce dernier est accusé d'avoir mis en place un réseau de fournisseurs qui surfacturaient leurs prestations à Altice. Certaines de ces sociétés – moins d'une dizaine - travaillaient avec Altice France, mais pour une exposition inférieure à 2% des dépenses, assure le groupe, qui a cessé toute relation d'affaires avec elles.
Directeur général délégué de SFR de 2017 à début 2019, Armando Pereira avait été nommé en août 2022 conseiller opérationnel de SFR, au moment de l'arrivée de Mathieu Coq au poste de PDG. Depuis son arrestation en juillet, une quinzaine de cadres du groupe ont été suspendus de leurs fonctions, parmi lesquels, en France, la directrice exécutive des contenus, acquisitions et partenariats, Tatiana Agova-Bregou qui nie tout acte répréhensible.


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