Dilemme pour la presse : laisser Google aspirer ses contenus pour son IA ou se faire déclasser

Google a lancé en mai “AI Overviews”, une fonctionnalité permettant d’obtenir des résultats de recherche en langage naturel en haut d’une page. Cet outil est susceptible de faire perdre les médias en visibilité au cas où les internautes ne cliquent plus sur les liens affichés plus bas. Pire encore, si ces derniers refusent que leur contenu soit utilisé pour générer des réponses par IA, leurs articles pourraient disparaître de Google Discover.

Googleplex
Googleplex

La fonctionnalité “AI Overviews”, lancée par Google fin mai, fait grincer des dents les éditeurs de presse. Ce nouvel outil, inséré dans le moteur de recherche, permet aux internautes de recevoir un court résumé en langage naturel par rapport à une question posée, qui apparaît avant la liste de résultats sous forme de liens.

Quelques jours après l’activation de cette fonctionnalité, certains éditeurs ont constaté une baisse du trafic sur leurs sites. Ceci s’explique en partie par le fait qu’un bon nombre d’utilisateurs, satisfaits de la réponse générée par IA, n’aillent pas recueillir d’informations supplémentaires en cliquant sur les liens.

Un robot d’indexation au cœur du problème

Les éditeurs seraient alors, en principe, libres de refuser que leur contenu soit exploité par les robots de Google pour générer du contenu par IA. Or Bloomberg a révélé le 15 août que si les éditeurs n’autorisent pas le géant du web à extraire le contenu des articles, ils pourraient alors perdre toute visibilité dans Google Discover et ne plus voir leur contenu présent dans les snippets (bandeaux informatifs qui apparaissent en haut d’une page de résultats ou en-dessous d’un lien).

D’après les éditeurs, cette exclusion s’explique par la manière dont Google se sert de ses robots d’indexation. Googlebot, qui examine le contenu web pour fournir les réponses alimentées par IA, est le même que celui qui suit les pages web pour afficher les résultats classiques de recherche. À noter que Google utilise un autre robot pour son chatbot Gemini. Les éditeurs de presse sont donc contraints d’autoriser Google à extraire le contenu s’ils veulent subsister, le moteur de recherche de Google représentant 90% des parts de marché.

Google affirme que ses outils destinés aux éditeurs peuvent ne bloquer que certaines sections d’une page à partir d’ “AI Overviews”, mais que cela ne peut se faire intégralement. Un dilemme vital pour de nombreuses sociétés, qui a conduit de nombreux éditeurs, moteurs de recherche concurrents et autres start-up d’IA à engager des actions judiciaires pour briser les pratiques monopolistiques de la firme.

Google épinglé pour ses pratiques monopolistiques

La semaine dernière, le Wall Street Journal a rapporté que certains responsables du ministère de la Justice américain avaient demandé à un juge fédéral de prendre plusieurs mesures pour mettre fin au monopole. Parmi les pistes évoquées, la séparation de certaines parties de l’entreprise, en scindant par exemple son navigateur Chrome et son système d’exploitation Android. Ils suggèrent aussi de contraindre Google à mettre ses données à disposition des concurrents, ou même d’abandonner les accords passés avec différents fabricants de smartphone, dont Apple, pour mettre son moteur de recherche comme option par défaut sur leurs appareils.

Ces accords conclus avec plusieurs fabricants ont par ailleurs en partie motivé la justice américaine à déclarer au début du mois Google comme coupable de pratiques monopolistiques dans la recherche et la publicité sur Internet. Une décision qui n’implique pas pour l’heure de sanctions pécuniaires ou de mesures spécifiques, mais qui pourrait être le cas à l’avenir. Le géant du web pourrait alors être contraint de revendre certaines activités.

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